Etats-Unis

22 février 2019 07:56; Act: 22.02.2019 07:59 Print

Les démocrates hésitent sur la conduite à tenir

Les candidats démocrates à l'investiture pour la présidentielle américaine en 2020 hésitent entre attaques frontales et propos plus raisonnés face à Donald Trump.

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Le président américain Donald Trump ne semble pas craindre la multitude de candidats démocrates qui se dressent contre lui. (Photo: Keystone)

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«Raciste», «sexiste», «menteur pathologique»: Bernie Sanders est entré mardi dans la course à la Maison-Blanche avec des mots très durs contre le président américain Donald Trump. D'autres candidats démocrates prennent en revanche plus de précautions.

Face au républicain, habile communicant qui dégaine facilement les surnoms, Bernie Sanders, l'air solennel, n'a pas attendu 20 secondes dans la vidéo annonçant sa candidature pour qualifier Donald Trump de «président le plus dangereux de l'histoire moderne américaine».

«C'est un raciste, un sexiste, un homophobe, un xénophobe», a asséné le sénateur de 77 ans. Dans le même souffle, l'ex-candidat malheureux à l'investiture démocrate en 2016 a présenté les grandes lignes de son programme.

Attaquer Donald Trump, maître dans l'utilisation de Twitter, tout en offrant une vision d'avenir: c'est le délicat jeu d'équilibriste que la dizaine de candidats à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre 2020 vont devoir maîtriser.

«Bernie le dingue»

«Nous disons depuis longtemps qu'il est très important pour les démocrates de ne pas simplement s'opposer à M. Trump, mais aussi d'offrir une vision positive et un programme bien à eux», soulignait récemment Jon Favreau, ex-responsable des discours du président démocrate Barack Obama, dans son influent podcast «Pod Save America».

«Bernie le dingue vient d'entrer dans la course. Je lui souhaite bien du succès!», a répondu le président républicain sur Twitter mercredi matin.

Si la salve abrasive de Bernie Sanders contraste avec les débuts de campagne moins offensifs d'autres candidats, c'est que ce dernier peut se le permettre, car il bénéficie déjà d'une grande notoriété après sa bataille survoltée contre Hillary Clinton en 2016. Il caracole également en tête des premiers sondages.

Le meneur «doit agir comme s'il était déjà le seul dans l'arène», c'est pourquoi Bernie Sanders s'est «présenté comme s'il était seul contre le président», remarque Dante Scala, professeur de sciences politiques à l'université du New Hampshire.

Vision positive

Face à Donald Trump et un électorat particulièrement divisé, les candidats moins connus que Bernie Sanders tâtonnent encore, optant souvent pour un message optimiste, plus loin du ring politique. «Ce n'est jamais une mauvaise stratégie de commencer sur une note positive, surtout quand on se présente» aux électeurs, reconnaît Dante Scala.

Mais s'ils n'ont pas encore déployé d'attaque aussi frontale, certains n'ont pas hésité pour autant à tacler le président, à la grande joie de la base démocrate, très remontée.

A Donald Trump qui moquait son annonce de candidature sous la neige, en mettant en doute au passage la réalité du changement climatique, la sénatrice plutôt centriste Amy Klobuchar, qui a des origines suisses, a répondu directement sur Twitter: «La science est de mon côté», avant de lancer avec humour: «Et je me demande comment vos cheveux s'en tireraient dans le blizzard».

Quant à Elizabeth Warren, la sénatrice progressiste, elle n'a pas épargné les coups lors de son annonce de candidature, elle qui fait régulièrement les frais des railleries de Donald Trump. Le républicain la surnomme «Pocahontas», moquant les très lointaines origines amérindiennes qu'elle revendique.

Coups bas

«Nous savons tous que le gouvernement Trump est le plus corrompu de mémoire récente», a-t-elle notamment dit, même si les critiques du président n'ont pas occupé une aussi grande place que chez Bernie Sanders.

«Tôt ou tard, ils attaqueront tous M. Trump», prédit Tobe Berkovitz, professeur en communication à l'université de Boston. «A ce stade, il n'y a pas de raison de choisir la voie la plus noble, mais, en même temps», la défaite de la démocrate Hillary Clinton face au milliardaire en 2016 «a démontré que ce n'était pas une stratégie gagnante de ne faire qu'attaquer M. Trump à 100%», insiste-t-il.

La politique américaine a toujours été très dure, même sous Barack Obama, explique Tobe Berkovitz, qualifiant de «mythe» le message de Michelle Obama, qui avait appelé en 2016 à s'élever face aux coups bas de Donald Trump.

«Les Obama aussi faisaient dans les coups bas. Ils le faisaient juste de façon plus présentable», estime-t-il. Mais Donald Trump «a traîné une scène politique déjà malséante encore plus bas que ce l'on pensait possible».

(nxp/ats)