Consommation

18 octobre 2018 21:07; Act: 18.10.2018 21:07 Print

L'Europe a peur pour ses frites

Trop petite, ou de mauvaise qualité, la pomme de terre a souffert de la sécheresse cet été. Le prix des frites pourrait s'en ressentir.

storybild

Les vendeurs de frites constatent «une augmentation des tarifs de 23% pour un sac de cinq kilos».

Sur ce sujet
Une faute?

«Il manque de la tête, des gros calibres, de la maturité...», déplore Régis Dumont en ramassant une pomme de terre: dans le nord de la France, la sécheresse estivale a sévèrement affecté la récolte, touchant l'ensemble du marché jusqu'aux vendeurs de frites.

Bassin historique de la culture des patates, la région des Hauts-de-France, qui concentre à elle seule les deux tiers de la production nationale, a connu cet été un épisode de canicule avec des records de températures.

Résultat: la pomme de terre «a d'abord manqué d'eau et des pluies en juillet ont entraîné un phénomène de repousse», explique à l'AFP M. Dumont, qui exhibe un tubercule difforme sur une parcelle de champ de Warhem, à trois kilomètres de la frontière belge.

«La première pomme de terre se décharge alors de son amidon et se liquéfie», ce qui affecte la qualité du tubercule et compromet sa conservation, ajoute l'agriculteur de 65 ans.

Au moment où la récolte touche à sa fin, l'inquiétude grandit sur la qualité des stocks. D'autant que la chaleur - jusqu'à 37°C en août - a aussi fait fondre les quantités. Dans l'entrepôt familial de Rexpoëde, M. Dumont constate, dépité, que l'amas de pommes de terre est bien plus maigre que l'an passé.

«On observe une baisse sensible, entre 10 et 15%, du rendement en France, par rapport à la moyenne des cinq dernières années», confirme François-Xavier Broutin, chargé de mission à l'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT).

Et faute d'eau, «elles sont toutes petites, ce qui va pénaliser le marché et les recettes des agriculteurs», prévient Régis Dumont.

Bains de sel

Premiers touchés, les transformateurs de pommes de terre et vendeurs de frites, l'un des produits phare de la région au même titre que les beffrois, les pavés ou le fromage maroilles.

Comme d'autres poids lourds du secteur, l'entreprise de frites surgelées McCain a été contrainte de s'adapter.

«Nous devons procéder à des bains de sel en réceptionnant la marchandise pour éliminer les mauvaises pommes de terre», indique à l'AFP Christian Vanderheyden, directeur en approvisionnement en pommes de terre pour les usines McCain en France.

«Cela demande des équipements et génère donc un coût supplémentaire», déplore-t-il.

Et les baraques à frites, présentes dans pratiquement chaque commune de la région, observent déjà une flambée des prix.
Mickaël Orgaer, employé de la friterie Herzeeloise-Berguoise, constate ainsi «une augmentation des tarifs de 23% pour un sac de cinq kilos».

«C'est énorme. On avait déjà connu des petites augmentations, mais jamais une aussi forte», relève cet employé de 47 ans en faisant bouillir de l'huile dans son camion aménagé à Steenvoorde.

Il assure avoir été obligé d'augmenter de 20 centimes le tarif de ses barquettes. «On essaye de l'expliquer aux clients, qui comprennent», assure-t-il, notant toutefois que la qualité n'est pas au rendez vous.

«Comme les pommes de terre ne sont pas assez mûres, elles recrachent de l'eau. Et avec leur taille, elles donnent de toutes petites frites», lâche-t-il, résigné.

Phénomène européen

Le phénomène ne se cantonne pas à l'Hexagone: «les cinq pays qui font le marché européen - Belgique, Allemagne, Pays-Bas, France et Angleterre - connaissent des problèmes de rendement ou de qualité. Pas un seul n'est épargné par l'impact de la météo», affirme M. Broutin.

«On estime que la production sera au mieux autour de 24 millions de tonnes produites, alors qu'on dépassait les 29 tonnes l'an dernier et qu'on est à 27 millions en moyenne».

Et le réchauffement climatique n'incite pas à l'optimisme.
«C'est un phénomène anormal, mais qui commence à se répéter d'une année à l'autre», constate M. Dumont en laissant s'écouler de la terre sèche et sableuse entre ses doigts.

«On est mi-octobre, et impossible de faire une motte avec la terre. Normalement, ça fait une boule. Ici, on n'a que de la poussière...»

(afp)

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Inconnu le 18.10.2018 21:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Cest pareil en Suisse

    Tiens.. on sintéresse au monde agricole.. mais pas en suisse!! Vous savez que cest pareil chez nous? Mais qui va écrire un article sur les pommes de terre suisses? Qui va sinquiéter pour les agriculteurs suisses qui vous fournissent à manger!!

  • Marto le 18.10.2018 21:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    J'ai pas la frite

    J'ai peur pour les rentiers AVS qui ne touchent que 1600fr par mois après avoir travaillé 40 ans de leur foutue vie. S'ils n'ont pas de 2e ou 3e pilier ça craint.

  • Plusquemarre le 18.10.2018 21:55 Report dénoncer ce commentaire

    Rien ne change

    Que se soit fruits. légumes, alimentaire, assurances, 2ème pilier, piscine, ski, état, domaine publique ou privé...qu'il pleuve, neige, vente, que se soit la canicule ou comme à la Brévine...quand tout va bien les prix stagnent et ils s'en foutent plein les poches (privatisation des bénéfices en silence) et quand ça va plus trop c'est l'augmentation des prix (sociabilisation des dettes) en gros continuer à être des bon CONsommateur (aveugle et aucune mémoire).

Les derniers commentaires

  • sylstem le 19.10.2018 11:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    prêter pour un rendu.

    J'espère que l'on ne vas pas exporté nos pdt en Europe, ils n'en ont plus, c'est comme les produits pharmaceutiques, ils ne partage pas, et bien nous non plus, à ce jeux là je pense que l'on va être gagnant. A la frontière nous Suisse on a pas le droit de passer plus d'un klg de viande, on fait de même avec les pdt..

  • Matougris le 19.10.2018 11:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bon App

    Aïe... cette news ne me donne pas la Frite....

  • L'Intondable des Alpages le 19.10.2018 10:23 Report dénoncer ce commentaire

    suffit de s'adapter

    À la place du schnitzel/steak frites, on mangera de la raclette. Mais il est vrai qu'à long terme, ça présage une nouvelle famine. Faites des réserves, prenez du poids. ça vous permettra de souffrir de la faim plus longtemps.

  • Jo Bélix le 19.10.2018 09:46 Report dénoncer ce commentaire

    Pas logique...

    Si les cultures de p.d.t ont souffert de la sécheresse, pourquoi donc seules les frites devraient augmenter ? C'est les p.d.t. en général, soient-elles en robes des champs, en rondelles, en cube, au four, en purée ou même en quinconce qui augmenteront, et pas seulement les frites.

  • en passant le 19.10.2018 09:27 Report dénoncer ce commentaire

    tout simple

    producteur 0.60 cts revendeurs 1.60 frs portion frites 100gr. 5.- ce commentaire = c'est juste une info qui ne demande qu'à être contre-dite si vous avez d'autres chiffres