Postérité

11 janvier 2016 07:13; Act: 11.01.2016 07:30 Print

Les héritiers de Tito attendent toujours leur dû

L'héritage de Josip Broz Tito, leader incontesté de l'ex-Yougoslavie, est toujours, 35 ans après sa mort, au milieu d'un imbroglio juridique dont ses sept descendants font les frais.

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(Photo: AFP)

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Le tribunal belgradois en charge du dossier devrait cependant rendre une décision d'ici la fin janvier.

L'instance devrait trancher sur le volume de l'héritage et la manière de répartir entre les héritiers les objets et effets personnels, notamment des fusils de chasse, des tableaux, des uniformes et même une pierre lunaire offerte par le défunt président américain Richard Nixon.

Durant son règne, de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à 1980, année de son décès, Tito et son épouse Jovanka savouraient un niveau de vie envié par la star hollywoodienne Richard Burton lors de sa visite au couple en 1971.

Buckingham surclassé

«Le luxe dans lequel ils vivent est sans comparaison, je comprends ce que veut dire la princesse Margaret (d'Angleterre) lorsqu'elle affirme qu'à côté de cela, le palais royal de Buckingham fait plutôt classe moyenne», écrira l'acteur américain dans son journal.

L'héritage de Tito, quelque 200'000 objets selon la famille, d'une valeur estimée à des dizaines de millions de dollars, reste néanmoins une zone grise.

En 1985, a été adoptée une loi stipulant que tous les avoirs du défunt leader étaient propriété de l'Etat, mais, contestée ultérieurement par la veuve de Tito, cette loi a fini par être annulée. Jovanka Broz est décédée en 2013 sans avoir vécu la fin de la procédure concernant l'héritage de son époux.

Objets volés ou exposés

«Il n'existe aucun document écrit précisant le volume de l'héritage qui doit être partagé, nous ne saurons rien avant de recevoir le jugement du tribunal», affirme Svetlana Broz, petite-fille de Tito.

La disparition de la Yougoslavie de Tito, dans une série de guerres sanglantes dans les années 1990, n'a pas accéléré le processus, et les héritiers eux-mêmes ont contribué à la confusion en proférant des accusations de vols des avoirs du leader. «Des montres d'une valeur faramineuse, voitures, armes et autres trésors ont disparu», a écrit dans ses mémoires Toma Fila, l'avocat de Jovanka Broz.

Tito, héros de la résistance communiste à l'occupant allemand nazi, leader qui s'est opposé à Staline et fondateur du Mouvement des non-alignés, ne possédait pas de résidence. Il vivait dans nombre d'entre elles, réparties dans tout le pays, mais elles appartenaient à l'Etat.

La plupart des 70'000 objets sont conservés dans un entrepôt du Musée de l'histoire yougoslave, jouxtant le mausolée où sont enterrés Tito et son épouse, à Belgrade.

Là-bas, des costumes et uniformes de maréchal ayant appartenu à Tito sont accrochés au plafond, des étagères sont remplies de tableaux, d'horloges, de maquettes d'avions et de navires, de statuettes, dont une offerte par Staline juste avant la rupture entre l'URSS et la Yougoslavie en 1948.

L'attention est également attirée par une impressionnante collection de fusils de chasse - Tito était un passionné de chasse - et par la fameuse pierre lunaire, cadeau remis au leader yougoslave par l'astronaute Neil Armstrong lors de sa visite en 1969.

«N'importe quel souvenir»

«Nous n'avons aucun dilemme, ces objets sont la propriété de l'Etat en accord avec la loi, la procédure concernant son héritage est liée à ses effets personnels, une question complexe et délicate», déclare note Momo Cvijovic, un employé du musée. Il mentionne un porte-cigarettes en or «qui lui a été offert par le roi Paul de Grèce ou l'empereur Haïlé Selassïé d'Ethiopie».

M. Cvijovic, employé au musée depuis 1978, rejette les accusations de vols, notamment celles de la famille affirmant que les deux-tiers d'une collection de quelque 3000 tableaux, des livres et des collections de timbres ont disparu.

Résignés

Mais pour certains héritiers - un des deux fils de Tito, Miso Broz, est toujours en vie ainsi que six petits-enfants -, les espoirs se résument à obtenir quelque chose en souvenir de leur illustre ancêtre. «J'aimerais avoir sa carte d'identité d'avant la Deuxième Guerre mondiale et peut-être aussi les jumelles qu'il portait lorsqu'il dirigeait l'armée qui a défait Hitler», dit Svetlana Broz.

Joska Broz et sa soeur Zlatica, petits-enfants du leader, espèrent obtenir un des uniformes et ne serait-ce que des copies des décorations que Tito a reçues. Mais à force d'attendre, ils se sont résignés. Joska précise qu'aujourd'hui, ils seraient heureux «d'avoir n'importe quel souvenir de lui».

(nxp/ats)