Affaire Vincent Lambert

20 mai 2019 09:34; Act: 20.05.2019 13:25 Print

«Un scandale: ils n'ont pas pu embrasser leur fils»

L'arrêt de la nutrition et de l'hydratation artificielles de l'ex-infirmier tétraplégique a commencé ce lundi matin.

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L'arrêt des soins de Vincent Lambert, patient tétraplégique en état végétatif depuis plus de 10 ans, a débuté lundi matin au CHU de Reims, a-t-on appris auprès de l'avocat des parents et de source familiale.

«C'est une honte, un scandale absolu, ils n'ont même pas pu embrasser leur fils», a réagi auprès de l'AFP Me Jean Paillot, avocat des parents, farouchement opposés à l'interruption des traitements, qui a commencé lundi matin à l'hôpital Sébastopol sur décision du médecin Vincent Sanchez.

Hospitalisé sous haute surveillance

Aucune information ne filtre sur le dispositif de sécurité concernant la mise en place de ce protocole au CHU de Reims, où est hospitalisé sous haute surveillance cet ancien infirmier en état végétatif et tétraplégique depuis un accident de la route en 2008.

Tragédie intime à l'origine, cette affaire est devenue le symbole du débat sur la fin de vie et déchire sa famille depuis six ans: d'un côté, les parents fervents catholiques, un frère et une soeur s'opposent à l'arrêt des soins; de l'autre, son épouse Rachel, son neveu François et cinq frères et soeurs du patient veulent mettent fin à cet «acharnement thérapeutique».

Vincent Lambert n'a pas laissé de directives anticipées. Mais son épouse et son neveu affirment qu'il avait pris position contre tout acharnement thérapeutique.

Les parents Viviane (73 ans) et Pierre (90 ans), qui considèrent leur fils comme lourdement handicapé et réclament à ce titre son transfert dans un établissement spécialisé, ont multiplié en vain les recours depuis que la plus haute juridiction a validé la procédure d'arrêt des soins, demandée par le CHU en avril 2018. La quatrième depuis 2013...

Seul le Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) de l'ONU est allé dans le sens des parents, demandant à la France maintenir les soins, dans l'attente d'un examen du dossier sur le fond, qu'il mènerait.

«Etat végétatif chronique irréversible»

Mais la France répète que ces mesures conservatoires «sont dépourvues de caractère contraignant» et met en avant le «droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable».

Samedi, Me Jean Paillot et Me Jérôme Triomphe ont donc imploré Emmanuel Macron de maintenir les traitements, qualifiant la mort programmée du patient de «crime d'Etat commis au prix d'un coup de force contre l'Etat de droit».

«Le président de la République ne veut pas aller à l'encontre de décisions de justice», a répondu Nathalie Loiseau, tête de liste de la majorité aux élections européennes.

«Cadre de la loi»

Faute de réaction, ces mêmes avocats ont promis «trois nouveaux recours dès lundi», refusant d'en dire plus.

Ils mettent en avant notamment le dernier rapport d'experts mandatés par la justice, rendu fin 2018. Ces derniers avançaient que la condition médicale de Vincent Lambert «n'appelle aucune mesure d'urgence» et qu'«il existe en France des structures pouvant l'accueillir jusqu'à sa disparition si le maintien au CHU de Reims s'avérait impossible pour des raisons autres que relevant de la simple technique médicale».

Ces mêmes experts affirmaient toutefois que son «état végétatif chronique irréversible» ne lui laisse plus «d'accès possible à la conscience».

Mes Paillot et Triomphe réclament aussi la radiation et des poursuites à l'encontre du docteur Vincent Sanchez, qui dirige le service des soins palliatifs et l'unité «cérébrolésés» de l'hôpital Sébastopol. C'est lui qui leur a annoncé l'arrêt des traitements pour la semaine du 20 mai. Saisiront-ils à cet effet le Conseil de l'ordre des médecins?

«S'il s'évertue à violer les mesures provisoires qui sont obligatoires comme l'a rappelé le Défenseur des droits et qui ont été rappelées deux fois par l'ONU, il sera seul à devoir assumer la responsabilité de cette violation», a en tout cas tonné auprès de l'AFP Jérôme Triomphe.

Dimanche, quelque 200 personnes ont manifesté devant l'hôpital Sébastopol dénonçant à l'instar de Viviane Lambert «une euthanasie déguisée».

«Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort ?», s'est aussi étonnée la Conférence des évêques. François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux élections européennes, a également demandé qu'on «se laisse le temps».

Père de la loi de 2016 régissant la fin de vie, Jean Leonetti, également premier vice-président LR, estime au contraire que l'arrêt des soins de Vincent Lambert s'inscrit bien «dans le cadre de la loi», affirmant que «dans les hôpitaux, presque 60% des patients lorsqu'ils meurent, ils meurent après une limitation ou un arrêt des traitements.»

(nxp/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Juste Stop le 20.05.2019 07:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Assez

    Laissez le partir. Cela fait aussi partie de l'amour.

  • Suzy le 20.05.2019 08:39 Report dénoncer ce commentaire

    Aimer

    C'est dur de perdre un enfant, même s'il est irréversiblement atteint dans sa santé. Parfois, "aimer" quelqu'un veut aussi dire se rendre compte de l'état de la personne et de la laisser partir s'il n'y a plus rien d'autre à faire.

  • Une Maman le 20.05.2019 08:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bon voyage

    Vincent j'espère que tu vas vite pouvoir rejoindre les étoiles et briller de là haut .... Bon voyage ....

Les derniers commentaires

  • gilgien maryse le 02.06.2019 20:40 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    non dits

    apres le recit des vies de ces deux parents de quel droit donnent ils des lecons ils devraient bien mieux baisser la tete vraiment tout petit personnage honte a vous

  • Chf le 23.05.2019 12:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Survie indéfinie

    S'il était à la maison, il serait mort naturellement. Sa vie est maintenue artificiellement. Dans ce cas il ne mourra jamais.

  • Chf le 23.05.2019 12:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Égoïsme des parents

    Parents égoïstes qui veulent garder leur fils pour eux-mêmes et non pour lui-même. Pauvre Vincent.

  • Sam Depasse le 20.05.2019 22:55 Report dénoncer ce commentaire

    Acharnement immoral

    @Peter Bishop j'ai vu une émission sur cette affaire il y a un peu plus de 4 ans déjà. L'épouse de Vincent communiquait avec lui et il répondait en clignant des paupières. Il s'avère que c'est lui qui demandait à son épouse de le laisser partir !! Cet acharnement de la part des parents de le maintenir à tout prix en vie est ignoble !! S'ils aiment leur fils, ils doivent respecter SON choix. Qui voudrait vivre une vie à regarder le plafond de la chambre d'hôpital ? Honnêtement ?Cet acharnement est immoral pour finir ! Honte aux parents qui ne pensent pas au bien être de leur fils !

  • Nikita le 20.05.2019 19:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vincent

    C est tellement difficile de se mettre dans la peau et le coeur des gens , et je ne le ferais pas . Par contre j espère que beaucoup de gens auront pris l importance des directives anticipées ... merveilleux voyage VINCENT