Géopolitique

06 avril 2019 13:43; Act: 06.04.2019 13:43 Print

Les puissants soutiens des deux camps rivaux libyens

D'un côté le Golfe, l'Egypte et de façon ambiguë la France, de l'autre l'Italie ou la Turquie: le maréchal Haftar et le chef du gouvernement de Tripoli bénéficient chacun de puissants appuis étrangers.

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(Photo: AFP/Mahmud Turkia)

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Les camps rivaux du maréchal Khalifa Haftar et du chef du gouvernement de Tripoli Fayez al-Sarraj bénéficient chacun de puissants appuis étrangers en Libye. Il y a d'un côté des pays du golfe Persique, l'Egypte et de façon ambiguë la France et de l'autre, l'Italie et la Turquie.

Homme fort de la Cyrénaïque (est), le maréchal libyen Khalifa Haftar, dont les forces sont engagées dans une offensive pour prendre la capitale Tripoli, jouit du soutien de l'Egypte, des Emirats arabes unis, et plus récemment de l'Arabie saoudite, s'accordent les experts.

«Auparavant, l'Arabie soutenait discrètement le général Haftar tout en soutenant publiquement le gouvernement de Tripoli reconnu par la communauté internationale, mais fin mars, de manière significative, le roi Salman a invité le chef militaire libyen à Ryad», rappelle à l'AFP Neil Partrick, spécialiste des pays du golfe Persique.

Alliés de la première heure, «les Emirats et l'Egypte ont tous deux fourni des armes» à M. Haftar au nom de la lutte contre l'islam radical, ajoute-t-il.

Jeu ambigu de Paris

«Le duo Arabie saoudite-Emirats arabes unis est en train de procéder à une normalisation autoritaire dans le monde arabe, du Yémen jusqu'à la Libye en passant par l'Egypte», commente Ali Bensaâd, professeur à l'institut français de géopolitique à l'université Paris 8.

Quant à la France, qui entretient des liens étroits avec Ryad, Abou Dhabi et Le Caire, elle se pose en médiateur entre les deux camps libyens, mais est accusée de favoriser sur le terrain le camp du maréchal Haftar.

En juillet 2016, Paris avait dû annoncer la mort de trois de ses militaires dans un accident d'hélicoptère en Libye, où ils menaient une mission de renseignements auprès de forces de l'homme fort de l'Est libyen.

«La position française est ambiguë: Paris a formellement signé cette semaine un communiqué commun avec Washington, Londres, Rome et Abou Dhabi [appelant les parties libyennes à la retenue, ndr], mais soutient de facto M. Haftar», affirme Arturo Varvelli, de l'institut d'études politiques internationales (ISPI) de Milan.

Paris n'est plus un médiateur

Le gouvernement d'union nationale de M. Sarraj s'est implanté à Tripoli en 2016 avec le soutien de l'ONU et des pays occidentaux dont la France. Depuis, Paris a endossé un habit de médiateur politique et a organisé deux rencontres entre les dirigeants libyens rivaux, en juillet 2017 puis en mai 2018.

Malgré tout, le maréchal Haftar semble conserver les faveurs de la France, dont le président Emmanuel Macron a fait de la lutte antiterroriste une priorité de son quinquennat. Ainsi, Paris a récemment salué les «progrès significatifs» accomplis par les forces de Khalifa Haftar dans le sud du pays contre les djihadistes et les groupes criminels.

«La France ne joue plus le rôle de médiateur», déplore Ali Bensaâd. «Je m'inquiète de cette nouvelle posture de la France en Libye: son alliance stratégique avec les pays du Golfe la pousse à épouser leurs stratégies géopolitiques».

Italie, Turquie et Qatar

Le gouvernement d'union nationale (GNA), dirigé de Tripoli par Fayez al-Sarraj et reconnu par la communauté internationale, bénéficie du soutien de l'Italie, ex-puissance coloniale jalouse de son influence et de ses intérêts économiques. «Ce soutien a pour priorité l'assèchement des flux de migrants» en provenance des côtes libyennes, explique Arturo Varvelli.

En outre, «historiquement, les Italiens ont toujours entretenu de très bons rapports avec Tripoli et sa région», renchérit Ali Bensaâd, en pointant «les intérêts pétroliers» de Rome en Libye, pays riche en hydrocarbures où les géants pétroliers italien Eni et français Total bataillent pour des gisements près de Syrte et dans l'ouest du pays.

Du côté des puissances régionales, M. «Sarraj a le soutien de la Turquie et du Qatar, mais un Qatar affaibli actuellement par son isolement» diplomatique vis-à-vis de ses voisins du golfe Persique, notamment l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, commente l'universitaire.

«Le conflit en Libye a viré à une guerre par procuration entre ces pays du Golfe et le Qatar, qui soutient le gouvernement de Tripoli dominé par les islamistes», estime James Dorsey, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour.

(ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • PoisonTwD le 06.04.2019 14:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et c'est reparti

    youhouuu le peuple lybien qui a déjà assez pris cher avec le changement de régime vont avoir droit à l'after.... c'est fou comme la communauté internationale se soucient des peuples.... Certainement encore une histoire de fric

  • Pinpon le 06.04.2019 15:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ONU où es-tu ?????

    Pendant que les grands du monde jouent au jeu de stratégie, la population serre les fesses et s'attend à faire les frais de ces va t'en guerre ...En attendant la prochaine vague de réfugiés qui profiteront de la cohue pour tenter la grande traversée.

  • Christian le 06.04.2019 14:39 Report dénoncer ce commentaire

    L'or noir est maudits!

    Les puissants? c'est Total pour la France, Eni pour l'Italie et la Turkish Stream! Je parie que la Chine est avec eux! Tandis que les américains se fiche vue qu ils ont l'Irak après avoir mis l'embargo et fichu dehors les sociétés françaises et les Émirats arabes dans leur bourse géopolitique! Le peuple lui ils s'en fiche et vivaient mieux sous Kadafi!

Les derniers commentaires

  • ptit rapporteur le 06.04.2019 21:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    pourquoi censuré?

    merci aux grands reporters de vous justifier sur la censure de mon commentaire. J'ai peine à comprendre. Je pense que mon commentaire était trop riche de vérités et pertinent! Vous avez raison d'abrutir les lecteurs avec vos articles stériles sur les peoples

    • tu vote pour qui? le 07.04.2019 03:23 Report dénoncer ce commentaire

      @gros rapporteur

      Le Golfe, l'Égypte, la France, l'Italie et la Turquie, pays démocratiques très unis pour sauver la Libye de Kadhafi?

  • Roche Ylde le 06.04.2019 19:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    + 0,5 % pour les actionnaires et les banques

    Ce sera une guerre du genre Iran Irak ou plutôt celle du Liban? De toute façon cela importe peu car le seul but de tout cela c'est de ramasser un maximum de pognon entre petits copains! Pauvre peuple!

  • Moije le 06.04.2019 17:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    noussavons tous que l ONU ne fera rien

    Et les Russes ils sont où ?

  • Turtschi & Turtschi le 06.04.2019 16:44 Report dénoncer ce commentaire

    Bon pour les affaires

    L'essentiel est que tout le monde puisse écouler le surstock d'armement car ces produits ont aussi une date de péremption

  • Yaka le 06.04.2019 16:39 Report dénoncer ce commentaire

    Quelle alternative ...

    La peste ou le choléra ??