Hongrie

21 juin 2017 10:03; Act: 21.06.2017 19:30 Print

Les trafiquants du «camion charnier» jugés

71 migrants ont trouvé la mort dans un camion frigorifique retrouvé en Autriche en août 2015. Les passeurs responsables de cette tragédie risquent la prison à vie.

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Au centre de l'accusation, un Afghan de 30 ans, considéré comme le chef du réseau. Il s'est présenté au tribunal avec un sourire hilare semblant défier les juges (Mercredi 21 juin 2017) L'Afgan a brandi un écriteau rédigé en pachtoune assurant n'être «ni un assassin, ni un oppresseur» et qualifiant le procureur général hongrois de «gros menteur». (Mercredi 21 juin 2017) Le président de la cour, Janos Jadi, mène le déroulement du procès. La cour espère rendre son verdict «cette année». (Mercredi 21 juin 2017) Le parquet va requerrir la réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour «homicides avec circonstance aggravante de cruauté particulière» à l'encontre de quatre des accusés. (Mercredi 21 juin 2017) Le procureur Gabor Schmidt s'adresse au tribunal dans la salle de la cour d'assises de Kecskemét, ville du sud de la Hongrie où le camion avait été loué. (Mercredi 21 juin 2017) Encadrés par des agents des forces spéciales hongroises, dix des onze accusés, tous sous les verrous depuis plusieurs mois, écoutent les premiers échanges (Mercredi 21 juin 2017) La presse est au rendez-vous Le procès des trafiquants, responsables du tragique transport survenu en août 2015, a débuté mercredi, en Hongrie. Onze personnes sont accusées. Dix d'entre elles sont arrivées au procès encadrés par les forces spéciales hongroises. (Mercredi 21 juin 2017) Les photos des 11 suspects dans la mort de 71 migrants en Autriche en août 2015 ont été affichées lors de la conférence de presse tenue peu après le drame par la police autrichienne. (Mercredi 4 septembre 2015) Le camion frigorifique abandonné sur une autoroute à Parndorf, près de la frontière hongroise, avec sa macabre cargaison à bord. Entassés dans 14 mètres carrés, avec moins de 30 mètres cubes d'air pour respirer, les migrantss avaient succombé alors que le véhicule se trouvait encore sur le territoire hongrois, Le drame avait provoqué une onde de choc en Europe et favorisé l'ouverture momentanée des frontières aux centaines de milliers de migrants désireux de rejoindre l'ouest du continent. L'image de l'un des passeurs lors de son arrestation. La dépouille d'une victime dans un cercueil est amené à la morgue. Parmi les victimes découverts dans le camion frigorifique figurent 59 hommes, huit femmes et quatre enfants. (Vendredi 28 août 2015) Un policier autrichien procède à un contrôle dans un camion venant de Hongrie sur une autoroute près de Nickelsdorf. (Dimanche 30 août 2015). La camion de 7,7 tonnes frigorifique où les corps décomposés de réfugiés, probablement syriens, a été séquestré dans un ancien poste-frontière vétérinaire. (Vendredi 28 août 2015) Au bord d'une autoroute autrichienne, un camion frigorifique chargé de cadavres de migrants. Il a été repéré jeudi 27 août sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute A4 dans l'Etat du Burgenland, proche de la Hongrie. (Jeudi 27 août 2015) La «terrible» découverte des corps de 20 à 50 migrants dans un camion en stationnement en Autriche est «un avertissement» pour l'Europe, qui doit résoudre la crise des migrants, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel. (Jeudi 27 août 2015) Les corps de plusieurs dizaines migrants, probablement syriens, ont été découverts dans un camion frigorifique abandonné portant une plaque d'immatriculation hongroise. (Jeudi 27 août 2015)

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Vingt-deux mois après la mort atroce de 71 migrants dans un camion frigorifique retrouvé en Autriche en août 2015, le procès fleuve des trafiquants responsables de ce tragique transport s'est ouvert mercredi en Hongrie. Les principaux accusés risquent la prison à vie.

Cinquante-neuf hommes, huit femmes et quatre enfants, dont un bébé, originaires de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan, étaient morts étouffés dans le compartiment hermétiquement clos du véhicule, sans être secourus par les passeurs.

Défi aux juges

Au centre de l'accusation, un Afghan de 30 ans au visage fin, considéré comme le chef du réseau. L'homme s'est présenté au tribunal avec un sourire hilare semblant défier les juges, avant de créer un esclandre avec son interprète.

Entre ses mains entravées à l'entrée dans la cour d'assises, il a brandi un écriteau rédigé en pachtoune assurant n'être «ni un assassin, ni un oppresseur» et qualifiant le procureur général hongrois de «gros menteur».

Ses complices présumés, essentiellement des Bulgares sous les verrous depuis plusieurs mois, ont écouté sans broncher la lecture de l'acte d'accusation dans la salle surchauffée de la cour d'assises de Kecskemét, la ville du sud de la Hongrie où le gang s'était procuré le camion.

Tortures et homicides

Tous doivent répondre de «tortures» et pour certains d'homicides. Le parquet a d'ores et déjà annoncé qu'il requerrait la réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour «homicides avec circonstance aggravante de cruauté particulière» à l'encontre de quatre des accusés: le chef présumé du réseau, son adjoint (31 ans), le chauffeur du camion (26 ans) et son accompagnateur (39 ans).

Des peines allant jusqu'à vingt ans de prison ferme seront requises à l'encontre des sept autres membres du réseau, six Bulgares et un Libanais. Un onzième accusé, bulgare, est jugé par défaut.

Les accusés seront entendus à partir de jeudi. Le procès s'appuie sur 59'000 pages de procédure et doit se dérouler sur plusieurs mois, à raison de quelques jours d'audience par mois. La cour espère rendre son verdict «cette année».

Pendant cinq heures, le procureur Gabor Schmidt a dressé la liste des chefs d'accusation et raconté dans le détail le déroulé des événements ayant conduit au drame. Il a déclaré que les accusés profitaient alors du pic de la crise migratoire en 2015 pour maximiser leurs profits, transportant jusqu'à 100 personnes par jour, la plupart via l'autoroute M1 qui relie Budapest à Vienne.

Avant l'incident du mois d'août, de nombreux migrants avaient déjà été transportés dans des conditions extrêmes ayant provoqué «d'importantes souffrances physiques et mentales», a souligné le procureur.

M. Schmidt a expliqué que le prévenu afghan avait promis 3500 euros (3800 francs) à l'un des prévenus bulgares pour conduire un camion frigorifique de la frontière serbo-hongroise à l'Allemagne. Les 71 migrants ont été entassés à l'arrière du véhicule dépourvu de ventilation, dont les portes ne pouvaient s'ouvrir que de l'extérieur.

Les migrants ont commencé à frapper sur les parois du véhicule 30 à 40 minutes après le départ. Selon Gabor Schmidt, le chauffeur du camion a plusieurs fois prévenu son chef afghan mais a reçu ordre de ne pas ouvrir les portes, et obéi.

«Qu'il les laisse plutôt mourir. C'est un ordre», avait-il intimé à son adjoint, qui lui demandait quelle consigne donner au chauffeur. «S'ils meurent, qu'il les décharge dans une forêt en Allemagne», avait-il ajouté.

Le gang de passeurs s'est arrêté à deux reprises pour vérifier le niveau de liquide de refroidissement du véhicule et faire le plein d'essence, sans ouvrir les portes du camion. A un arrêt, ils n'ont plus entendu aucun cri. Le convoi a franchi la frontière autrichienne et le camion a été abandonné près de la commune de Parndorf.

«Toutes les victimes sont mortes trois heures, au plus tard, après le début du voyage», a déclaré le représentant de l'accusation.

De 1000 à 1500 euros par personne

L'organisation avait généré d'importants profits en convoyant en sept mois au moins 1106 migrants à qui il était demandé de 1000 à 1500 euros (1085 à 1628 francs) chacun pour passer en Autriche, selon le parquet.

(nxp/afp)