émeutes en Grèce

09 décembre 2008 15:59; Act: 09.12.2008 16:04 Print

Les violences urbaine révèlent le malaise de la jeunesse

Les trois jours de violences urbaines qui ont embrasé les grandes villes grecques ont révélé le malaise et la radicalisation d'une jeunesse minée par l'insécurité économique et les défaillances de l'Etat.

Une faute?

«Le chaudière était sous pression, la bavure meurtrière de samedi a juste été le détonateur», estime l'analyste Théo Livanios, de l'institut de sondage Opinion.

«Au delà des quelques centaines de casseurs qui ont mené la danse des vandalismes, il y a une explosion de colère de la jeunesse, contre la police d'abord, qui, à l'image de l'Etat, n'est pas perçue comme oeuvrant au bien commun, mais aussi contre l'absence de toute perspective», ajoute-t-il.

«Avec sa modernisation économique, la Grèce a perdu en cohésion sociale, les solides structures familiales» qui remédiaient jusque là «aux faiblesses de l'Etat providence cèdent, et du coup, les frustrations s'accumulent», relève pour sa part le politologue Manolis Hairetakis.

Système éducatif déséquilibré

Comme beaucoup d'enseignants et parents grecs, il est très sévère sur l'état du système éducatif public, qui absorbe à peine 3,5 % du PIB, et reste selon lui fondé sur l'apprentissage par coeur de notions prémâchées et impose aux familles de coûteux cours privés du soir pour décrocher l'entrée en faculté.

«Rien n'est fait pour ouvrir l'esprit des jeunes, les préparer à affronter le monde extérieur, dont la Grèce n'est désormais plus coupée» dénonce M. Livanios, qui ajoute que le climat politique et les retombées attendues de la crise économique mondiale ont encore accru le malaise des jeunes.

Le gouvernement conservateur au pouvoir avait été élu en 2004 sur la promesse de lutter contre la corruption et d'améliorer le quotidien des services publics de santé, de protection sociale et d'éducation. Mais il est embourbé depuis des mois dans une série de scandales, dont le dernier porte sur la cession controversée de terrains à un monastère orthodoxe aussi influent qu'affairiste.

La moitié des diplômés sans travail

«Nous ne tolérons plus ce gouvernement. On a 25 ans, on a fini nos études, on n'a pas de boulot, notre seule solution est de partir à l'étranger», se lamentait dans la matinée la sociologue Anastassia Kotzamani, 25 ans, interrogée dans un centre ville ravagé par les violences.

«Le marché du travail n'absorbe que la moitié des quelque 80 000 diplômés qui sortent tous les ans des universités, le choix c'est le chômage, l'émigration ou la surexploitation», abonde Petros Rombolis, chercheur à l'Institut du travail de la grande confédération syndicale GSEE.

«Comment cette nouvelle génération qui gagne 400 ou 500 euros par mois peut-elle tenir le coup, alors que les prix ici sont du niveau de ceux d'Allemagne ou de France ?», demande-t-il.

Ces inquiétudes concernent également les jeunes immigrés, auxquels la Grèce n'offre que très peu d'occasion d'intégration et qui, soulignent les analystes, se sont joints pour la première fois aux fauteurs de trouble pour piller des magasins des quartiers populaires lundi soir.

(ats)