Renvoi vers l'Italie

31 décembre 2010 13:43; Act: 31.12.2010 15:02 Print

Lula refuse d'extrader Battisti

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a décidé vendredi de ne pas extrader vers l'Italie l'ex-activiste d'extrême-gauche Cesare Battisti.

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Cesare Battisti ne sera pas renvoyé vers l'Italie. (Photo: AFP)

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«Le président de la République a pris aujourd'hui la décision de ne pas extrader le citoyen italien Cesare Battisti, sur la base d'un rapport du procureur général» du Brésil, a annoncé le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim en lisant un communiqué officiel.

L'extradition de Battisti, 56 ans, était réclamée avec force par Rome où il a été condamné par contumace en 1993 à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres commis en 1978 et 1979, crimes dont il se dit innocent.

La décision de Lula, 24 heures avant la fin de son mandat, «ne représente pas un affront envers un autre Etat», a souligné le ministre, tentant de désamorcer une crise avec Rome.

Colère de Rome

Toutefois, l'Italie a vivement réagi vendredi à la décision attendue de Lula, la qualifiant d'«injuste et gravement offensante». Le ministère italien des Affaires étrangères a annoncé qu'il allait rappeler pour consultations l'ambassadeur d'Italie au Brésil.

«Les pires prévisions se sont avérées», a dit le ministre italien de la Défense, Ignazio La Russa, à l'agence Ansa.

Peu avant, le Brésil avait déjà rejeté les critiques italiennes faites la veille, trouvant «très étranges les termes du communiqué de la Présidence du Conseil des ministres d'Italie du 30 décembre 2010» et qualifiant «d'impertinentes» les références au président Lula.

Le gouvernement italien avait affirmé qu'un rejet de l'extradition de Battisti de la part de Lula serait «absolument incompréhensible et inacceptable».

L'Italie «tentera tout»

Vendredi, le ministre italien de la Défense a souligné que l'Italie «tentera absolument tout» afin que le Brésil revienne sur sa décision, laissant augurer de nouvelles péripéties judiciaires.

Ainsi, la décision prise par Lula, qui doit passer le relais samedi à Dilma Rousseff, ne signifie pas pour autant une sortie immédiate de prison de Battisti, incarcéré depuis mars 2007 près de Brasilia.

La Cour suprême doit en effet vérifier que le refus d'extrader l'ancien militant est bien conforme au traité d'extradition entre les deux pays, selon des déclarations du président de la Cour Cezar Peluso à la presse.

Les juges de la Cour, actuellement en vacances judiciaires, ne doivent se réunir à nouveau qu'en février.

A Lula de décider

Les plus hauts magistrats brésiliens avaient remis en question, en novembre 2009, l'octroi de l'asile accordé à Battisti et donné le feu vert à l'extradition de l'Italien, jugeant que ses crimes n'étaient pas de nature politique.

Ils avaient néanmoins laissé le président Lula décider en dernier ressort, et avaient précisé ultérieurement que sa décision devrait respecter le traité d'extradition liant le Brésil et l'Italie.

Battisti a été arrêté dans son pays en 1979, quand il militait dans le groupuscule des «Prolétaires armés pour le communisme» (PAC). Condamné à douze ans de prison, il s'évade en 1981.

Commence alors une longue cavale: après un passage par le Mexique, il a trouvé refuge en France de 1990 à 2004, puis au Brésil. En 2007, il est arrêté à Rio de Janeiro où il vivait depuis trois ans et il est incarcéré près de Brasilia.

(afp)