Présidentielle

21 février 2019 20:18; Act: 21.02.2019 20:23 Print

Macky Sall, «l'entêté», mise sur une réelection

Le président sortant Macky Sall est accusé par l'opposition d'avoir instrumentalisé la justice pour éliminer ses deux rivaux potentiels les plus dangereux, Karim Wade, et le maire déchu de Dakar.

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Macky Sall est père de deux garçons et une fille.

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Depuis dix ans, dans sa «longue marche» de dissident puis au pouvoir, il sillonne le Sénégal. Macky Sall s'est méthodiquement dégagé la route vers un second mandat présidentiel, quitte à utiliser la justice pour écarter ses concurrents, selon l'opposition.

Né le 11 décembre 1961 à Fatick (centre) dans une famille modeste originaire du nord du pays, cet ingénieur-géologue qui se définit comme un libéral social, après un épisode maoïste pendant sa jeunesse, veut amener le Sénégal «plus loin et plus haut», vers «l'émergence» à l'horizon 2035.

Depuis son élection en 2012 face à son ancien mentor Abdoulaye Wade, il se targue d'avoir amélioré les services d'eau et d'électricité, augmenté la production agricole et poursuivi une ambitieuse politique de grands travaux: nouvel aéroport, ville nouvelle de Diamnadio, ou encore un train express régional, inauguré en janvier plusieurs mois avant son entrée en service...

La litanie d'inaugurations d'ouvrages parfois inachevés, jusqu'à la veille de la campagne électorale, a d'ailleurs valu au président sortant les piques des quatre autres candidats, à l'image d'Issa Sall, proche de la mouvance religieuse, qui l'a affublé du sobriquet de «poseur de première pierre».

A son actif, Macky Sall peut également citer l'accalmie durable dans la région de Casamance (sud), en proie à une rébellion indépendantiste depuis 1982, et en Gambie voisine, le départ du président Yahya Jammeh, contraint par la pression militaire et diplomatique à reconnaître sa défaite électorale et à quitter le pays en 2017.

Celui qui a eu raison de l'obstination de l'ancien lutteur Yahya Jammeh, après 22 ans de pouvoir, compte bien terrasser ses adversaires dès le premier tour, se donnant même le luxe de leur faire la leçon.

«Sénégal des profondeurs»

Aucun d'entre eux n'a osé tenir un meeting dans un stade depuis le début de la campagne, a-t-il lancé, railleur: «Je sais qu'ils ne pensent pas au stade Senghor (de Dakar, 60'000 places NDLR), mais au moins, les stades municipaux devraient être à leur portée, s'ils se croient vraiment représentatifs».

Coïncidence ou piqué au vif? Le candidat Ousmane Sonko, l'un de ses plus féroces contempteurs, a annoncé un meeting jeudi, avant-dernier jour de la campagne, au stade Alassane Djigo, d'une capacité de quelque 3000 places, à Pikine, une banlieue populaire de Dakar.

Pour être élu, a répété au fil de la campagne Macky Sall qui, après une rapide ascension, a dû repartir pratiquement de zéro, «il faut aller dans le Sénégal des profondeurs, rencontrer les populations à la base».

En 2001, Macky Sall est directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen) quand le président Wade le fait entrer au gouvernement, comme ministre de l'Energie, des Mines et de l'Hydraulique.

Cet homme enrobé à la carrure solide, surnommé «Niangal» (visage fermé, ou sévère, en langue nationale wolof), deviendra ensuite ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre et directeur de campagne d'Abdoulaye Wade pour sa réélection en 2007, et président de l'Assemblée nationale au début du second mandat de celui-ci.

Un «casus belli» survient en 2008, quand Macky Sall convoque son fils, Karim Wade, alors chef d'une agence de travaux pour le sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) à Dakar, afin de s'expliquer devant les députés sur l'utilisation des fonds.

«Longue marche»

Malgré les pressions, il refuse de quitter son poste. Finalement chassé par un vote des députés en novembre 2008, il démissionne de tous ses mandats électifs acquis sous la bannière du parti au pouvoir et crée sa propre formation, l'Alliance pour la République (APR).

«C'est à ce moment que ma vie a pris un tournant essentiel», raconte Macky Sall dans son livre autobiographique «Le Sénégal au coeur» publié en novembre. Commence alors pour lui une «longue marche» dans les régions les plus reculées du pays, avec en ligne de mire la présidentielle de 2012.

Il s'ancre dans l'opposition et refuse tout compromis avec Wade. «Je suis issu d'une lignée de guerriers. Ils préfèrent mourir que de perdre la face», déclarait-il lors de la présentation du livre, où il revendique deux traductions de son nom de famille «entêté» et «qui refuse».

De fait, sous l'allure débonnaire de ce mari et père de deux garçons et une fille perce un homme d'Etat madré.

L'opposition accuse le président sortant d'avoir instrumentalisé la justice pour éliminer ses deux rivaux potentiels les plus dangereux, Karim Wade, et le maire déchu de Dakar, Khalifa Sall, dont les candidatures ont été invalidées en raison de condamnations pénales.

Il s'en défend, plaidant la stricte séparation des pouvoirs. Mais dans une interview en novembre à la télévision France 24, il affirme ne pas exclure une amnistie en faveur de Karim Wade et Khalifa Sall, cette hypothèse «dans la circonstance nouvelle d'une réélection».

(nxp/afp)