France

20 février 2019 22:47; Act: 20.02.2019 23:22 Print

Macron: «L'antisémitisme tue en France»

Dans un discours très attendu, le président français a dénoncé la montée de l'antisémitisme et a par ailleurs annoncé un projet de loi pour lutter contre la haine sur internet.

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Emmanuel Macron s'est exprimé ce mercredi soir devant devant les représentants de la communauté juive après une série d'incidents antisémites en France ces derniers jours.

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Emmanuel Macron a annoncé mercredi soir vouloir tracer de «nouvelles lignes rouges» pour lutter contre la «haine» antijuive sur internet ou dans les écoles publiques, au lendemain d'une mobilisation en France contre la flambée des actes antisémites.

«Notre pays - comme d'ailleurs l'ensemble de l'Europe et la quasi-totalité des démocraties occidentales - est confronté à une résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde guerre mondiale», a déclaré le chef de l'État lors du dîner annuel du Conseil représentatif des organisations juives de France (Crif) réuni à Paris, auquel participaient plusieurs membres du gouvernement (Christophe Castaner, Nicole Belloubet, Benjamin Griveaux...) et l'ancien Premier ministre Manuel Valls.

«À nouveau, depuis plusieurs années, l'antisémitisme tue en France», a-t-il poursuivi, alors que la France a connu en 2018 une flambée de 74% des actes antisémites. «La honte doit changer de camp», a martelé le chef de l'État, ajoutant, ému: «Nous sommes chez nous. Nous tous.».

Définition de l'antisémitisme élargie à l'antisionisme

Face à cette poussée d'antisémitisme, le chef de l'Etat a décrété que le temps des «actes» était venu, réitérant la promesse qu'il avait faite mardi en se rendant à Quatzenheim (Bas-Rhin), où une centaine de tombes du cimetière juif ont été recouvertes de croix gammées.

Le président a notamment annoncé le dépôt «en mai» d'une proposition de loi pour contrer la prolifération des propos racistes et antisémites sur le net en «renforçant la pression sur les opérateurs».

Répondant au voeu des instances juives et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Emmanuel Macron a également annoncé que la France allait «mettre en oeuvre» une définition de l'antisémitisme élargie à l'antisionisme, sans toutefois modifier le code pénal. Car «l'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme», a-t-il affirmé.

Déplorant que des élèves juifs de certains quartiers soient «trop souvent» obligés de «quitter l'école publique», le chef de l'Etat a également chargé son ministre de l'Education de lancer un audit de tous les établissements touchés par ce phénomène, afin que l'école joue à plein «son rôle de rempart républicain». «Quand une telle déscolarisation se passe, elle dit quelque chose, parfois de ce que nous voulions ou ne pouvions voir, de ce qui ne se disait plus», a-t-il estimé.

«Le problème de la République»

Emmanuel Macron a enfin demandé la dissolution d'«associations ou groupements» racistes ou antisémites, à commencer par les organisations d'extrême droite Bastion social, Blood and Honour Hexagone et Combat 18.

«Parce que la période met en cause ce que nous sommes, la France doit tracer de nouvelles lignes rouges», s'est-il justifié. «L'antisémitisme n'est pas le problème des Juifs, c'est le problème de la République», a martelé le chef de l'Etat.

Dans son discours, le président du Crif, Francis Kalifat, avait lancé un appel aux musulmans et aux imams à lutter contre l'antisémitisme et à «en finir avec la justification religieuse de la haine des juifs». Il avait également dénoncé «l'antisémitisme de certains musulmans, l'antisémitisme de certains gilets jaunes». Ce dîner intervient au lendemain d'une mobilisation en demi-teinte dans plusieurs villes de France.

«La masse n'était pas là, la foule n'était pas là», avait regretté sur CNews Serge Klarsfeld. «Ceux qui n'étaient pas juifs étaient en général absents», a-t-il estimé. «L'antisémitisme, ça ne se guérit pas facilement, c'est un travail très long. Il faut une société où les inégalités soient réduites, des sociétés pacifiées», a-t-il observé. Selon le ministre de l'Intérieur, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018, un chiffre en forte hausse mais qui reste inférieur aux pics de 2014 (851) et 2004 (974).

(nxp/ats)