France

08 novembre 2018 15:20; Act: 08.11.2018 15:24 Print

Macron veut balayer la polémique sur Pétain

Macron a annoncé vouloir célébrer le maréchal Pétain, qui avait collaboré avec l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

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Le président français voulait honorer les combattants de la Première Guerre mondiale. (Photo: AFP)

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Emmanuel Macron s'est efforcé jeudi de désamorcer la polémique, à ses yeux «inutile», née de ses déclarations sur Philippe Pétain. Il a assuré qu'il n'avait jamais voulu lui rendre d'hommage individuel, mais l'inclure dans les cérémonies honorant collectivement les combattants de la Première Guerre mondiale.

«Vous avez quand même le goût des polémiques inutiles», a-t-il répondu à des journalistes en marge de la visite d'une usine à Maubeuge (Nord), étape de son «itinérance mémorielle» organisée pour le centième anniversaire de la fin du conflit.

«Je pense que sur ces sujets, le pays a besoin d'autre chose que de la boîte à folie dans laquelle vous vous êtes collectivement installés», a-t-il ajouté. Mercredi, Emmanuel Macron avait jugé légitime d'honorer les maréchaux et qualifié le vainqueur de Verdun de «grand soldat».

«Cérémonie militaire»

Face à la polémique, l'Elysée a fait savoir mercredi soir que «seuls les maréchaux présents aux Invalides» seraient honorés samedi lors de la cérémonie orchestrée par l'état-major des armées et le gouverneur militaire de Paris.

Des gerbes seront successivement déposées sur les tombeaux du maréchal Foch et du maréchal Lyautey, puis au caveau des gouverneurs, où sont inhumés les maréchaux Maunoury, Fayolle et Franchet d'Esperey, a précisé la présidence.

La cérémonie devait initialement rendre hommage à l'ensemble «des chefs militaires, du caporal au général» ayant contribué à la victoire. Mercredi matin, l'état-major a fait savoir qu'il s'agissait d'une «cérémonie militaire» et que seuls les cinq maréchaux inhumés aux Invalides seraient nommément cités, n'excluant pas l'hommage à Philippe Pétain.

«Gommer les personnes sur les photos»

«Il est évidemment hors de question de rendre hommage au maréchal Pétain, il n'a jamais été question de cela», a souligné le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer jeudi sur BFM TV. «Par contre, quand on parle de 14-18, il est évident qu'il a eu un rôle, on ne va pas faire comme les dictatures qui gomment les personnes sur les photos pour faire comme s'ils n'avaient pas existé.»

Pour le ministre de la Culture Franck Riester, invité de LCI, c'est une «polémique vaine» et «on voit bien que beaucoup d'adversaires du président de la République tentent tout pour essayer de le décrédibiliser».

Chef de l'Etat français de 1940 à 1944, Philippe Pétain est mort en détention à l'âge de 95 ans. Le vainqueur de la bataille de Verdun en 1916 avait été condamné à mort après la Seconde Guerre mondiale pour «intelligence avec l'ennemi» et «haute trahison», mais sa peine avait été commuée en réclusion criminelle à perpétuité en raison de son âge.

«Ne faisons pas dire au président de la République ce qu'il n'a pas dit, le président a bien dit qu'il y a une période effectivement où le maréchal Pétain a emmené la France dans une voie néfaste et il l'a dit très clairement», a jugé la ministre des Transport, Elisabeth Borne, sur France 2.

Critiques à gauche

Dans les rangs de la gauche, les critiques fusent. «L'histoire n'isole pas une étape, même glorieuse d'un parcours militaire», a réagi l'ancien président socialiste François Hollande mercredi. «Elle juge l'immense et indigne responsabilité d'un maréchal qui a délibérément couvert de son nom et de son prestige, la trahison, la collaboration et la déportation de milliers de juifs de France.»

Aux yeux du député de La France Insoumise Alexis Corbière, «l'erreur qu'a faite hier Emmanuel Macron, c'est de dire qu'il est légitime qu'on rende hommage au maréchal Pétain».

Soutien de Klarsfeld

Emmanuel Macron a reçu le soutien indirect de Serge Klarsfeld, président de l'association «Fils et filles de déportés juifs de France», qui a estimé qu'on ne «pouvait effacer quelqu'un de l'histoire quand il y a joué un rôle».

«Le président ne sera pas présent à la cérémonie des Invalides avec laquelle il prend ainsi ses distances», a-t-il souligné dans un communiqué. «Il a marqué sa différence avec ses prédécesseurs, en particulier avec de Gaulle et Mitterrand, en ne fleurissant pas la tombe de Pétain.»

(nxp/ats)