Russie

24 décembre 2011 11:50; Act: 24.12.2011 18:42 Print

Manifestation anti-Poutine à Moscou

A l'appel de l'opposition plus de 20'000 personnes se sont rassemblés dans les rues de Moscou pour protester contre le résultat des dernières législatives.

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Une foule immense a participé samedi à Moscou à la plus importante manifestation contre le régime de Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir il y a douze ans.
La mobilisation contre les fraudes aux législatives du 4 décembre remportées par le parti au pouvoir Russie unie a été supérieure à celle enregistrée au grand rassemblement d'il y a quinze jours et a cette fois clairement visé l'homme fort de la Russie, candidat à la présidentielle de mars 2012.

«Poutine démission !», «Russie sans Poutine !», ont scandé à plusieurs reprises les opposants, soutenant les personnalités qui ont pris la parole pour affirmer que les jours dans la vie politique de l'actuel Premier ministre étaient comptés.

Aucun chiffre de source indépendante n'était disponible.

L'opposition a assuré que 120.000 manifestants avaient répondu présent pour contester la victoire aux législatives du 4 décembre de Russie unie (contre 70.000 le 10 décembre), tandis que la police a évalué leur nombre à 29.000. Aucun chiffre de source indépendante n'était disponible.

Néanmoins, les forces de l'ordre semblent avoir sous-évalué l'ampleur de la manifestation. En effet, la police a indiqué à l'agence de presse Interfax que son calcul partait du principe qu'un manifestant occupait deux mètres carrés. Or, la foule était bien plus compacte.

Par ailleurs, d'après un policier interrogé par l'AFP, l'avenue Sakharov, où a eu lieu la manifestation, peut contenir quelque 55.000 à 60.000 personnes. Or, cette artère était noire de monde samedi et de nombreux manifestants ont afflué pour remplacer ceux qui partaient.

Un dirigeant de la contestation promet un millions de manifestants lors du prochain rassemblement

La manifestation s'est achevée sans incidents peu après 13H00 GMT par l'adoption d'une déclaration réclamant notamment «des législatives anticipées» et «la libération des prisonniers politiques».

L'un des dirigeants du mouvement de contestation, Alexeï Navalny, a promis «un million» de manifestants à Moscou à la prochaine manifestation d'opposants, dont la date n'a pas encore été fixée.

Soutien de Koudrine, ex-ministre des finances, au manifestant

Des appels ont été lancés sur Facebook à un nouveau rassemblement le 14 janvier contre un troisième mandat de Vladimir Poutine qui a été président en 2000-2008. L'opposant Boris Nemtsov a jugé opportun d'organiser une manifestation en février, à l'approche de la présidentielle du 4 mars.

«Nous continuerons de sortir dans la rue, tant qu'ils ne nous restitueront pas ce qui nous appartient. L'année prochaine, le pouvoir appartiendra au peuple», a proclamé Alexeï Navalny, célèbre blogueur dénonçant la corruption.

Les manifestants ont par ailleurs reçu samedi le soutien de l'ex-ministre des Finances, Alexeï Koudrine, que M. Poutine décrivait la semaine dernière comme «un ami».

«Il faut une plateforme de dialogue sinon ce sera la révolution»

Il s'est rendu à la manifestation et a réclamé des «législatives anticipées». L'ex-ministre a ensuite appelé à un dialogue entre le pouvoir et l'opposition pour éviter une «révolution».

«Il faut une plateforme de dialogue sinon ce sera la révolution, sinon nous perdons la chance qui se présente à nous d'un changement pacifique» en Russie, a-t-il dit.

Les manifestants brandissaient de nombreuses pancartes dénonçant le régime politique russe et des ballons blancs, la couleur du mouvement de protestation.

«Rôle central d'internet»

Ce mouvement de contestation sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 a été largement organisé sur l'internet et rassemble des gens d'horizons très divers : militants de partis nationalistes, d'extrême gauche, libéraux, membres d'associations, d'ONG et célébrités du monde de la culture ou de la télévision.

Samedi, le Conseil consultatif pour les droits de l'Homme auprès du Kremlin a appuyé leur revendication d'«élections législatives anticipées» en raison notamment de «bourrages d'urnes» et de «falsifications».

Des rassemblements moins importants ont aussi eu lieu dans une vingtaine d'autres villes, avec 4.000 personnes à Saint-Pétersbourg et de 1.000 à 2.000 à Nijni-Novgorod (Volga), Tcheliabinsk (Oural), Samara (Volga), Tomsk et Krasnodar (sud-ouest).

«Le pouvoir rejette les accusations de fraude»

Cette vague de mécontentement intervient alors que Vladimir Poutine compte se faire réélire à la présidence russe qu'il avait laissée en 2008 à son dauphin désigné, Dmitri Medvedev, faute de pouvoir accomplir un troisième mandat consécutif.

«Les chances de Poutine de se faire élire sont élevées, mais il ne pourra pas enrayer sa chute de popularité. Il lui faudra changer ce système» politique très personnalisé, estime l'analyste du centre Carnegie, Nikolaï Petrov, «mais je ne crois pas qu'il en soit capable».

Le pouvoir, qui rejette les accusations de fraudes, a annoncé certaines réformes visant en particulier à faciliter l'enregistrement de partis politiques.

(ats)