Algérie

26 février 2019 16:59; Act: 26.02.2019 17:22 Print

Manifestation contre le candidat Bouteflika

Les étudiants algériens se sont à leur tour mobilisés en masse mardi, dans tout le pays, contre la perspective d'un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

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Alger, ce 26 février 2019. (Photo: AFP)

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La mobilisation contre le cinquième mandat potentiel du chef de l'Etat algérien, au pouvoir depuis 1999, ne faiblit pas. Les manifestations se multiplient à Alger mais aussi dans les grandes villes du pays.

Après les manifestations de masse de vendredi dernier, puis de nouveaux cortèges de moindre ampleur dimanche et lundi, les étudiants ont pris le relais mardi, avec une multiplication des rassemblements à Alger, mais aussi dans la plupart des grandes villes du pays.

En matinée, dans la capitale, environ 500 étudiants se sont regroupés aux cris de «Non au 5e mandat!», «Bouteflika dégage!», «Algérie libre et démocratique», à l'intérieur de la «fac centrale».

Les agents de sécurité de l'université ont alors cadenassé les grilles pour les empêcher de sortir, ont constaté des journalistes.

Des milliers à Alger

«Policiers et étudiants sont des frères», ont aussi crié ces étudiants aux membres des forces de l'ordre, déployés en nombre dans la rue.

«Pour éviter la confrontation avec la police, les étudiants de plusieurs facultés d'Alger ont décidé de se rassembler dans l'enceinte de l'université», où les policiers «n'ont pas le droit d'entrer», a expliqué Raouf, étudiant en master de journalisme.

Quelque 100 à 200 autres étudiants, munis de pancartes et scandant des slogans contre le 5e mandat, se sont malgré tout regroupés à l'extérieur du campus, de l'autre côté de la grille, a constaté une journaliste.

Dans l'après-midi, ceux-ci ont débuté une marche et ont été rejoints par d'autres groupes jusqu'à former un cortège de plusieurs milliers de personnes, en plein centre-ville. Après s'être contentée d'observer -comme vendredi dernier-, la police a finalement fait usage de gaz lacrymogène pour tenter de les disperser, et quelques heurts -avec des jets de pierre- ont été brièvement signalés.

D'autres rassemblements ont été rapportés par des médias locaux ou sur les réseaux sociaux dans l'agglomération algéroise. Environ 500 étudiants en journalisme se sont réunis sur leur campus, tandis que quelques centaines d'autres étaient regroupés à l'extérieur, selon une journaliste locale sur place.

Hors de la capitale, de multiples rassemblements ont été rapportés, via notamment le hashtag «Non au 5e mandat» sur les réseaux sociaux, sans qu'il soit possible de déterminer précisément leur nombre et leur ampleur.

Le site d'information TSA (Tout sur l'Algérie) a évoqué les cas des villes de Constantine (400 km à l'est d'Alger), Tizi Ouzou (100 km à l'est d'Alger), Ouargla (est), ou encore Annaba (nord-est). D'autres images -authentifiées- ont été publiées à Oran (ouest), par exemple.

«Pas en mon nom»

«Pas en mon nom!», est un des mots d'ordre de la contestation de mardi, lancée sur les réseaux sociaux après le soutien affiché par 11 associations estudiantines à la candidature de Abdelaziz Bouteflika.

«Nous organisons une démonstration de force afin de montrer que ces 11 associations n'ont pas parlé en notre nom», a expliqué Hakim, 23 ans, étudiant en génie civil à l'université des sciences et technologie de Bab Ezzouar (USTHB), près d'Alger.

Des enseignants et universitaires avaient appelé leurs collègues à se joindre aux étudiants «contre un système politique devenu une véritable menace pour notre avenir». Face au mouvement, le directeur de campagne de Abdelaziz Bouteflika, Abdelmalek Sellal, a annoncé que le dossier de candidature du président sortant serait déposé le 3 mars, date butoir prévue par la loi.

Comme le Premier ministre Ahmed Ouyahia lundi, Abdelmalek Sellal a fait valoir que le choix devait se faire dans les urnes. Ahmed Ouyahia avait également mis en garde «contre les risques de dérapages sérieux». A ce titre, face à la contestation, plusieurs membres du camp présidentiel ont agité ces derniers jours le spectre de la «décennie noire» de guerre civile en Algérie (1992-2002), à laquelle Abdelaziz Bouteflika est largement crédité d'avoir mis fin.

Réélu sans discontinuer depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika n'apparaît plus que très rarement en public depuis qu'il a subi un AVC en 2013. Il se trouverait actuellement en Suisse pour des «examens médicaux».

Plusieurs étudiants rencontrés lundi avaient résumé leur état d'esprit, soulignant n'avoir «connu que Abdelaziz Bouteflika comme président». Il «a fait de bonnes choses pour l'Algérie mais il est temps qu'il jette l'éponge», a déclaré Sid Ahmed Hanoun, étudiant en mathématique informatique (MI).

En Algérie, selon des données de la Banque mondiale, plus d'un tiers de la population (soit 15 millions) a moins de 20 ans. Cette frange de la population est particulièrement touchée par un chômage massif.

(nxp/afp)