Prise à partie par un élu

16 octobre 2019 16:57; Act: 16.10.2019 16:57 Print

Mère voilée: «Sincèrement, ils ont détruit ma vie»

La mère de famille voilée, qui accompagnait un groupe d'enfants au conseil régional de Bourgogne Franche-Comté vendredi dernier, a dû quitter la salle avec son fils après avoir été prise à partie par un élu. Elle raconte.

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Elle était restée muette depuis l'incident très médiatisé survenu vendredi dernier. Fatima E., 35 ans, la femme voilée prise à partie par un élu du Rassemblement national (extrême droite) en pleine séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, a décidé de réagir, quatre jours après les faits.

Enfants «choqués et traumatisés»

Présente dans le public comme accompagnatrice d'un groupe d'enfants venu de Belfort pour assister à l'assemblée plénière, elle n'était pas censée être là: «Mon fils a insisté pour que je vienne et m'a dit que tous ses copains attendaient ma venue, car il est vrai que je participe régulièrement aux sorties scolaires. D'ailleurs la veille, la maîtresse m'a laissé un mot dans le carnet pour me demander d'y participer, car aucune autre maman n’était disponible», raconte-t-elle dans une interview publiée mardi sur le site du Collectif contre l'islamophobie en France.


«Les Russes vont arriver!»

«On était dans un coin; je pensais même que personne ne pouvait nous voir. Et là j’entends quelqu’un dire: 'Au nom de la laïcité', puis j’entends des personnes qui commencent à crier, s’énerver. Franchement, j'étais là sans être là. La seule chose que j’ai vue, c'était la détresse des enfants. Ils étaient vraiment choqués et traumatisés», se rappelle la trentenaire. «Je souriais. Ce n'était pas pour narguer, comme j'ai pu entendre certains le dire. Je souriais d'abord à sa bêtise», poursuit-elle à propos de Julien Odoul, l'élu RN l'ayant prise à partie devant l'Assemblée. «Et il ne fallait pas que je cède: si moi je paniquais, les enfants auraient été encore plus traumatisés.»


Si Fatima E. a décidé de rester dans la salle dans un premier temps, elle finit par se raviser: «Mais quand j’ai vu mon fils en train de craquer, je leur ai dit que je ne pourrai plus rester. J’avais aussi besoin de me retrouver toute seule. Je tremblais de la tête aux pieds et je me sentais en train de tomber. Je ne voulais pas craquer devant les enfants, donc je suis sortie.»

«Un rejet que je n'avais pas senti avant»

La suite de l'histoire est tout aussi choquante. Dans les couloirs du conseil régional, la jeune femme est à nouveau prise à partie par une élue d'extrême-droite. «Vous êtes contente?! Vous avez réussi votre coup?», lance-t-elle à la mère de famille avant d'ajouter: «Vous allez voir, on va gagner. Les Russes vont arriver!». «Elle gesticulait beaucoup (...) En y réfléchissant, je suis sûre qu'elle voulait me provoquer physiquement pour que je réagisse. J’ai gardé mon calme (...) Elle avait un regard… Quand je ferme les yeux, je le vois. Cette image, elle me hante.»

Après coup, Fatima se dit «fatiguée» et explique avoir «peur de tout». «Sincèrement, ils ont détruit ma vie, avoue-t-elle. Moi je suis une adulte, je peux encore encaisser tout ça. Devant mes enfants, je fais comme si tout allait bien.» Si elle passe de mauvaises nuits depuis vendredi, son fils a été davantage traumatisé par l'incident et fait des nombreux cauchemars. Il est désormais suivi par un psychologue. La mère de famille dit «comprendre maintenant pourquoi les autres mamans voilées ne participent pas aux sorties scolaires. J'ai senti un rejet que je n'avais pas senti avant. (...) Aujourd'hui, j'ai une opinion négative de ce qu'on appelle la République».

(cga)