Crise migratoire

03 juillet 2018 20:19; Act: 04.07.2018 08:05 Print

Merkel sauve son siège mais ébranle l'Europe

L'accord gouvernemental en Allemagne provoque des réactions négatives en Autriche et en Italie, qui craignent de devoir en assumer les coûts.

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L'accord Horst Seehofer et Angela Merkel fait des vagues en Europe.

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L'accord d'Angela Merkel pour sauver son gouvernement, qui prévoit de refouler de nombreux migrants arrivant en Allemagne, a provoqué mardi critiques et interrogations en Autriche et en Italie. Beaucoup craignent un effet domino en Europe.

Face à la pression de l'aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale qui menaçait de claquer la porte, la chancelière allemande a de facto accepté lundi soir de clore définitivement sa politique migratoire généreuse de 2015-2016, lorsque son pays avait accueilli 1,2 million de demandeurs d'asile.

Le compromis trouvé après des semaines de conflit, menaçant l'avenir politique d'Angela Merkel, prévoit au bout du compte de renvoyer les demandeurs d'asile déjà enregistrés ailleurs dans l'UE vers le pays d'entrée et à défaut de les refouler vers l'Autriche voisine, gouvernée par une coalition réunissant l'extrême droite et les conservateurs.

Vienne a immédiatement accusé mardi Berlin de l'avoir mis devant le fait accompli. «A aucun moment nous n'avons été consultés», s'est agacée au Luxembourg la chef de la diplomatie autrichienne, Karin Kneissl, selon des propos rapportés par la presse autrichienne. Le gouvernement autrichien s'est dit dans un communiqué «prêt à prendre des mesures pour protéger» ses «frontières sud en particulier», avec l'Italie et la Slovénie, pour faire la même chose que l'Allemagne.

«Centres de transit»

L'accord conclu en Allemagne entre le parti de centre-droit (CDU) de la chancelière et le parti bavarois très conservateur CSU, prévoit de placer les migrants arrivant en Allemagne, mais déjà enregistrés dans un autre pays de l'UE, dans des «centres de transit» à la frontière avec l'Autriche. Il ne seront plus, comme c'est le cas actuellement, répartis dans des foyers dans toute l'Allemagne.

Cela concerne en moyenne un quart des demandeurs d'asile, appelés à être expulsés dans le cadre d'accords bilatéraux. Au cours des cinq premiers mois de 2018 leur nombre s'est élevé à environ 18'000, sur un nombre total de demandeurs d'asile arrivés dans le pays de près de 69'000, selon les statistiques officielles.

Afin de tenter d'arrondir les angles avec Vienne, le ministre de l'Intérieur allemand, le très conservateur Horst Seehofer, à l'origine de la fronde contre Mme Merkel, a annoncé mardi son intention de rendre visite «dès que possible» au chancelier Sebastian Kurz.

L'Italie, principal pays d'entrée des migrants en Europe via la Méditerranée, ne veut pas être en reste. «Si l'Autriche veut faire des contrôles, elle en a tout le droit. Nous ferons la même chose», a prévenu mardi le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini.

SPD plutôt optimiste

Le risque d'un effet domino en Europe surgit au pire moment pour l'Autriche, qui vient de prendre la présidence tournante de l'Union européenne pour six mois. Les concessions octroyées par Angela Merkel sous la pression de sa droite dure risquent en effet de remettre en cause les grands principes du tout récent sommet de l'UE sur les migrants: promesse de privilégier des solutions européennes face aux tentations nationales et aide à l'Italie.

En Allemagne même, Angela Merkel n'est pas encore sortie d'affaire pour sa crise gouvernementale. Si elle est parvenue à amadouer M. Seehofer, elle va devoir encore convaincre son autre partenaire gouvernemental, cette fois de centre-gauche, d'avaliser l'accord.

Ce dernier s'est montré plutôt optimiste: sa présidente Andrea Nahles a assuré que des «progrès» avaient été enregistrés après une première rencontre pour discuter de ce plan avec Mme Merkel et M. Seehofer mardi soir à la chancellerie. Ils doivent se retrouver de nouveau jeudi soir.

«Nous ne sommes pas encore tout à fait» à un accord, a souligné Mme Nahles. Le SPD est réservé et critique notamment l'appellation des «centres de transit», concept qu'il avait rejeté en 2015 au plus fort de la vague migratoire.

(nxp/ats)