Scandales en France

09 février 2011 16:55; Act: 09.02.2011 17:11 Print

Ministres privés de vacances à l'étranger

Nicolas Sarkozy a demandé aux membres du gouvernement de «privilégier la France» pour leurs vacances.

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Nicolas Sarkozy a adressé mercredi un rappel à l'ordre aux membres du gouvernement, leur demandant «désormais» de «privilégier la France» pour leurs vacances, alors que le Premier ministre François Fillon et la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie sont sous le feu des critiques pour leurs séjours respectifs en Egypte et en Tunisie, à la fin de l'année 2010.

«Pour leurs vacances, désormais, les membres du gouvernement devront privilégier la France», a déclaré le chef de l'Etat en conseil des ministres, selon le texte transmis par l'Elysée.

«Les invitations à l'étranger seront autorisées par le Premier ministre, en accord avec la cellule diplomatique de la présidence de la République, pour examiner leur compatibilité avec la politique étrangère de la France. Leurs modalités seront examinées par le secrétariat général du gouvernement, qui les autorisera ou les interdira», a poursuivi le président.

Désapprobation

Sans jamais citer François Fillon ni Michèle Alliot-Marie, le chef de l'Etat a ainsi exprimé sa désapprobation, à la veille de son intervention télévisée sur TF1 face à une dizaine de citoyens français, où il se sait attendu sur le sujet.

«Ce qui était commun il y a encore quelques années peut choquer aujourd'hui», a constaté Nicolas Sarkozy.

«Cela doit donc être strictement encadré. C'est ce qui m'a conduit dès mon élection à demander à la Cour des comptes de vérifier tous les ans les comptes et les pratiques de l'Elysée, pour la première fois dans l'histoire de la Cinquième République», a-t-il rappelé.

Ainsi, pendant le conseil des ministres, «l'ambiance n'était pas aux vacances», a ironisé le porte-parole du gouvernement François Baroin. Nicolas Sarkozy est lui-même concerné par ces règles, «c'est absolument évident», a-t-il souligné.

Le Premier ministre a présenté une communication sur la prévention des conflits d'intérêt, destinée à mettre en oeuvre le rapport remis le 26 janvier par Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d'Etat. Cette intervention, qui n'était pas à l'ordre du jour du conseil des ministres diffusé mardi soir par l'Elysée, était prévue depuis quinze jours, a assuré M. Baroin.

Règles et principes déontologiques

Un projet de loi détaillant «les règles et les principes déontologiques» s'appliquant notamment aux membres du gouvernement sera présenté «dans les toutes prochaines semaines», a déclaré François Fillon.

Le «principal instrument» sera «la déclaration d'intérêt, qui fera apparaître les conflits éventuels entre les fonctions exercées et incitera à les éviter ou à les résoudre», a-t-il expliqué.

«Sans attendre le projet de loi, cette procédure pourra être rapidement mise en oeuvre pour les membres du gouvernement et les conseillers des cabinets ministériels. Dans un souci de transparence, les déclarations des membres du gouvernement seront rendues publiques», a-t-il précisé.

Hébergé en Egypte

Mardi, François Fillon a admis avoir été «hébergé» lors de ses vacances de fin d'année 2010 en Egypte «par les autorités égyptiennes» et avoir «emprunté un avion de la flotte gouvernementale égyptienne pour se rendre d'Assouan à Abou Simbel», dans un communiqué transmis par Matignon à la veille de la parution du «Canard Enchaîné», qui publie un article à ce sujet.

La polémique a débuté il y a une semaine au sujet des vacances de Michèle Alliot-Marie en Tunisie, cette dernière ayant emprunté l'avion privé de l'homme d'affaires tunisien Aziz Miled à deux reprises, une information elle aussi révélée par l'hebdomadaire satirique.

Tradition diplomatique

«Il n'y a rien d'illégal dans ce qui a été fait. Il y a des éléments qui reposent sur ce que l'on appelle la tradition diplomatique», a commenté François Baroin, rappelant que «lorsqu'un chef d'Etat ou de gouvernement sollicite la France pour quelques jours de repos dans notre pays (...) il est normal de l'accueillir avec le principe de bonne éducation».

République irréprochable

Pendant la campagne électorale de 2007, Nicolas Sarkozy avait prôné une «République irréprochable». Le 28 juin 2010, il avait dû demander au gouvernement un «effort d'exemplarité» dans une lettre adressée au Premier ministre, après une série de polémiques liées à des dépenses jugées excessives.

«La France est la risée du monde», a réagi mercredi Jean-Louis Roumégas, porte-parole d'Europe Ecologie-Les Verts.

«Le système de Sarkozy a effacé les limites entre le pouvoir et l'argent», dénonce-t-il dans un communiqué, regrettant qu'«aujourd'hui, un ministre ne trouve rien d'anormal dans le fait de prendre l'avion d'un oligarque ou de se faire payer des vacances par un dictateur».

«Les turpitudes d'hier ne peuvent justifier les turpitudes d'aujourd'hui», a estimé le député socialiste Alain Vidalies.

«La République irréprochable ne peut pas exister que dans le temps des campagnes électorales. Alors que les Français vivent de plus en plus durement, vous leur donnez le spectacle d'un pouvoir coupé des réalités quotidiennes, dans la confusion permanente de l'intérêt général et des intérêts privés», a-t-il déploré devant les membres du gouvernement, à l'Assemblée nationale.

(ap)