Présidentielle haitienne

04 février 2011 06:51; Act: 04.02.2011 07:03 Print

Mise à l'écart du candidat du pouvoir

Les Haïtiens devront choisir au deuxième tour de la présidentielle, le 20 mars, entre une ancienne Première dame, Mirlande Manigat, et le chanteur populaire Michel Martelly.

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Jude Célestin, le candidat du pouvoir, a été écarté par le Conseil électoral provisoire (CEP) jeudi soir. La décision n'a pas causé de troubles.

Au terme de près deux mois de crise post-électorale, Jude Célestin, rétrogradé à la troisième place, ne participera pas donc au second tour, le CEP ayant finalement décidé jeudi d'inverser des résultats provisoires entachés de fraudes.

Le parti au pouvoir, Inité, «accepte les résultats», a déclaré à l'AFP le sénateur Joseph Lambert, coordonnateur national du parti, alors qu'on redoutait des violences de la part des partisans du candidat malheureux.

Des casques Bleus de la mission de l'ONU et des agents de la police nationale étaient déployés dans plusieurs points stratégiques de la capitale, selon un journaliste de l'AFP, qui a cependant constaté que la situation était calme.

Les partisans de Michel Martelly, que les résultats provisoires du premier tour avaient d'abord donné troisième, l'écartant d'un second tour, criaient victoire aux abords du siège du CEP.

«Martelly tèt kale (tête tondue), Martelly président», scandaient des partisans du chanteur au crâne rasé, laissant éclater leur joie, les klaxons des voitures témoignant aussi de l'ambiance de fête.


«Victoire de peuple» selon Martelly

Le chanteur s'est félicité d'»une victoire du peuple» lors d'une conférence de presse: «On est là pour dire au monde qu'un nouveau jour s'est levé sur Haïti, c'est un jour qui apporte l'espoir et le changement».

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a «salué» l'annonce du CEP et les Etats-Unis, qui avaient plaidé pour un tel scénario, ont parlé d'»une bonne journée» pour le pays. Le Canada a accueilli «favorablement» les résultats, y voyant «une étape positive» pour «un nouveau gouvernement crédible».

Haïti était plongé dans une grave crise politique depuis la publication début décembre des résultats provisoires du premier tour du 28 novembre. Ils avaient provoqué des violences de la part des partisans de M. Martelly qui accusaient M. Célestin de fraude.


Une ex-Première dame face à un chanteur

Le CEP a finalement suivi les recommandations de l'Organisation des Etats américains (OEA) et écarté du scrutin M. Célestin, le candidat soutenu par le président sortant René Préval, dont le mandat arrive à terme le 7 février mais qui devrait rester jusqu'à l'issue du processus électoral.

L'OEA a annoncé jeudi l'envoi d'une équipe d'observateurs pour le 2e tour. La lourde tâche de reconstruire le pays le plus pauvre des Amériques après le séisme du 12 janvier 2010 reviendra donc désormais soit à Michel Martelly, 49 ans, alias «Sweet Micky», soit à Mirlande Manigat, 70 ans, une intellectuelle diplômée de la Sorbonne.

M. Martelly a fait preuve d'optimisme quant à ses chances pour la suite. «Je vous garantis qu'avec la popularité, et une bonne structure, on peut gagner à 70-80%», a-t-il dit.

«C'est un adversaire que je prends très au sérieux», a réagi Mme Manigat, soulignant que M. Martelly était devenu le «symbole de l'anti-Préval». Elle a toutefois estimé qu'il devra faire plus pour convaincre: «L'anti-Préval ne peut pas consolider une popularité».

Mme Manigat rêve de devenir la première femme élue d'Haïti, promettant de rompre avec la corruption. Mariée au président Leslie Manigat, qui a dirigé le pays quelques mois en 1988 avant d'être renversé par un coup d'Etat, elle n'a cependant pas une grande expérience politique.

(ats)