Carnet noir

14 juillet 2014 16:04; Act: 14.07.2014 16:25 Print

Mort de l'écrivain sud-africain Nadine Gordimer

La romancière sud-africaine Nadine Gordimer, Prix Nobel de littérature en 1991 et engagée dans la lutte contre l'apartheid, est morte dimanche à l'age de 90 ans.

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Depuis l'avènement de la démocratie en 1994 en Afrique du Sud, elle n'hésitait pas à pointer les défauts du nouveau pouvoir des successeurs de Nelson Mandela. (Photo: Keystone/Alejandro Ernesto)

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Un communiqué de la famille précise que Mme Gordimer est décédée paisiblement durant son sommeil, dans sa maison de Johannesburg. «Ses plus grandes fiertés», rappellent ses enfants dans leur communiqué, «n'était pas seulement d'avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1991, mais aussi d'avoir témoigné (à un procès) en 1986, contribuant à sauver la vie de 22 membres de l'ANC, tous accusés de trahison».

Cette femme chaleureuse, de la communauté anglophone blanche, débordant d'amour pour sa terre, incarnait la conscience littéraire de la littérature sud-africaine. Même si plusieurs de ses oeuvres furent longtemps interdites par le régime d'apartheid.

Son oeuvre est composée de quinze romans, environ 200 nouvelles et de nombreux essais et critiques, d'un style très personnel excluant la bien-pensance. Elle dénonce avec force la politique d'apartheid de son pays. Elle raconte également l'inégalité sociale et les difficultés affectives des hommes et des femmes qui vivent dans l'Afrique du Sud contemporaine.

Membre de l'ANC

Membre du Congrès national africain (ANC) depuis 1990, elle fut longtemps l'une des dirigeantes du Congrès des écrivains sud-africains (COSAW).

Née le 20 novembre 1923, de père juif lituanien et d'une mère chrétienne anglaise, chrétienne elle-même, Nadine Gordimer vit une enfance conformiste dans le milieu petit-bourgeois de Springs, cité minière de la banlieue de Johannesburg.

Arrivée à l'écriture à l'âge de 15 ans, c'est pour le besoin d'enraciner ses personnages dans leur contexte qu'elle s'intéresse à l'ordre social sud-africain. Elle découvre alors la ségrégation raciale sous la «South-African way of life».

Ecrivain de langue anglaise, elle se fait connaître en publiant dans des magazines américains des nouvelles réunies en recueil en 1949, «The Soft Voice of the Serpent». A 30 ans, on la qualifie déjà de «Katherine Mansfield» sud-africaine et elle ne cessera pas ensuite d'écrire des nouvelles, genre dans lequel elle excelle.

Premier roman en 1953

Son premier roman «The Lying Days» paraît en 1953. Son engagement dans la cause de la liberté des Noirs lui vaudra d'être censurée par le régime de Prétoria, qui cédera seulement face aux protestations anglo-américaines. En 1974, Nadine Gordimer reçoit le Booker Prize pour «The Conservationist» qui lui confère une renommée internationale.

Essayiste, elle traite dans «The Essential Gesture» de son inévitable engagement contre la politique d'apartheid, au nom de sa liberté d'écrivain et de son identité d'Africaine blanche. Elle n'aime pas pour autant passer pour un écrivain politique.

Mariée à un antiquaire, Reinhold Cassirer, et mère de trois enfants, Nadine Gordimer affirme que le marxisme peut encore être utilisé et que la pensée occidentale reste marquée par Marx, par Lénine mais aussi par Freud et Gandhi.

(ats)