Russie

09 mai 2015 14:39; Act: 09.05.2015 17:50 Print

Moscou étale sa puissance pour fêter «sa victoire»

Snobé par les Occidentaux qui lui reprochent son soutien aux séparatistes prorusses en Ukraine, Vladimir Poutine a loué la «contribution» des Alliés dans la victoire en 1945 contre l'Allemagne nazie.

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Moscou a fait étalage de sa puissance militaire samedi pour ce 70e anniversaire. «Il faut rappeler que c'est l'Armée rouge qui, au terme d'un assaut dévastateur sur Berlin, a mis un point final à la guerre contre l'Allemagne hitlérienne», a déclaré le président russe lors d'un discours devant 16'000 soldats rassemblés sur la place Rouge, en prélude à une grande parade militaire.

«L'Union soviétique a pris part aux batailles les plus sanglantes. Ici, les nazis ont concentré leur puissance militaire», a ajouté Vladimir Poutine, en référence aux quelque 25 millions de Soviétiques tués pendant la guerre.

«Je remercie les peuples de Grande-Bretagne, de France et des Etats-Unis pour leur contribution à la victoire. Je remercie les différents pays antifascistes qui ont pris part aux combats contre les nazis dans les rangs de la résistance et dans la clandestinité», a ajouté M. Poutine.

Une minute de silence a ensuite été observée en mémoire des victimes de la guerre. Il s'agissait d'une première dans l'histoire des cérémonies du 9 mai en Russie.

Un Poutine apaisant

Le président russe s'est ainsi montré plutôt apaisant, faisant un geste en direction des Occidentaux en les remerciant et en se gardant pour une fois d'évoquer la menace «fasciste» ukrainienne.

«Soixante-dix ans plus tard, l'Histoire nous appelle à être à nouveau vigilants», a-t-il estimé, rappelant que les croyances en «une supériorité raciale avaient entraîné une guerre sanglante» et qu'il ne fallait pas commettre les mêmes erreurs.

Malgré le boycott occidental, M. Poutine peut se targuer d'avoir accueilli les dirigeants de puissances émergentes: les présidents chinois Xi Jinping et indien Pranab Mukherjee, son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi ou cubain Raul Castro, ainsi que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. La parade militaire à l'ampleur inédite a fait la part belle aux nouveaux armements russes.

Le char Armata T-14, présenté comme le plus puissant du monde par son constructeur, des missiles balistiques intercontinentaux de près de 50 tonnes, 16'000 soldats ainsi que des troupes serbes, indiennes et chinoises: la vingtaine de chefs d'Etat invités ont assisté à une démonstration de la puissance de feu de la Russie, revenue sur le devant de la scène un quart de siècle après la chute de l'URSS.

«Grande Guerre Patriotique»

Le président Vladimir Poutine a marché sur la place Rouge, un portrait de son père ancien combattant à la main. Il était à la tête d'un cortège estimé à 250'000 personnes par la police pour célébrer la mémoire des «défenseurs de la Patrie» contre l'Allemagne nazie.

«Je suis heureux que mon père - je tiens son portrait dans mes mains - puisse être sur la place Rouge avec moi» au moment où la Russie célèbre le 70e anniversaire de la victoire sur Hitler, a-t-il déclaré, selon les images de la télévision russe.

Vladimir Poutine se soucie peu du boycott des Européens et Américains. Il est plus populaire que jamais dans un pays qui a élevé la victoire de 1945 au rang de mythe fondateur du patriotisme et de la grandeur russe. Depuis plusieurs jours, Moscou et les grandes villes de Russie vivent à l'heure de la «Grande Guerre Patriotique», comme les Russes appellent la Seconde Guerre mondiale.

Des millions de rubans de Saint-Georges aux rayures orange et noires, symbole du nouveau patriotisme que prône le Kremlin, sont arborés du sommet de l'Etat aux administrations, guichetières de métro ou simples citoyens.

Moustache de Staline

Avec cette ferveur populaire encouragée par le pouvoir, la moustache de Staline fait un retour remarqué. Responsable de la mort de millions de Soviétiques, l'ancien dictateur fait l'objet d'une réhabilitation rampante, près de 60 ans après la vague de déstalinisation qui avait mis fin au culte de sa personnalité.

Des affiches représentant le «Généralissime» Staline, vainqueur de l'Allemagne nazie, ainsi que des bustes ont fait leur apparition dans plusieurs villes de Russie, notamment en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en mars 2014.

Hors de Russie, l'Est séparatiste prorusse de l'Ukraine a aussi connu sa parade militaire. A Kiev, les autorités pro-occidentales ont organisé une «Marche pour la paix».

(afp)