Affaire Grégory

17 février 2019 10:58; Act: 17.02.2019 10:59 Print

Murielle Bolle fixée mardi sur sa garde à vue

La Cour de cassation dira mardi quel sort elle réserve à la garde à vue de Murielle Bolle en 1984, que le Conseil constitutionnel a récemment frappée d'inconstitutionnalité.

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Ses propos ne lui avaient pas valu de poursuites à l'époque. (Photo: MaxPPP)

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Placée en garde à vue quelques jours après la mort de Grégory Villemin, retrouvé dans une rivière des Vosges le 16 octobre 1984, Murielle Bolle, alors mineure, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir kidnappé le petit garçon de 4 ans en sa présence.

L'adolescente avait ensuite répété ses propos devant le juge d'instruction, avant de se rétracter en dénonçant la pression des gendarmes. Aujourd'hui encore, cette volte-face reste au coeur de l'enquête.

Celle-ci a connu un rebondissement spectaculaire en juin 2017 avec les mises en examen de Mme Bolle et du couple Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, pour le rapt mortel de l'enfant -- poursuites annulées depuis pour des questions de procédure.

L'accusation privilégie désormais la thèse d'un «acte collectif» avec Bernard Laroche. Ce dernier a été abattu par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, en 1985.

Inconstitutionnel

Désireuse de gommer définitivement ses déclarations d'adolescente du dossier, Murielle Bolle, qui clame son innocence ainsi que celle de Bernard Laroche, avait obtenu en novembre une grande victoire devant le Conseil constitutionnel.

Les «Sages» lui avaient donné raison en estimant que ses droits fondamentaux de mineure n'avaient pas été respectés en 1984, la loi d'alors ne prévoyant pas de garanties telles que la notification du droit de se taire ou la présence d'un avocat en garde à vue. «C'est un miracle», avait-elle réagi auprès du Parisien.

Il appartient désormais à la Cour de cassation de tirer les conséquences de cette déclaration d'inconstitutionnalité sur le plan judiciaire.

Savoir la vérité

Si les hauts magistrats suivent le Conseil constitutionnel, ce qui apparaît probable, les procès-verbaux de cette garde à vue de 1984 devraient in fine être annulés.

Dans cette hypothèse, la Cour de cassation devrait renvoyer le dossier devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel pour que celle-ci réexamine la requête en annulation de la garde à vue et de tout élément du dossier s'appuyant sur les déclarations de l'adolescente.

Sur le plan juridique, l'avocat de Murielle Bolle, Emmanuel Piwnica, demande à la Cour d'annuler partiellement un arrêt de la cour d'appel de Dijon du 16 mai 2018, en ce qu'il refusait d'annuler les procès-verbaux de cette garde à vue.

Lors de l'audience, le 22 janvier, l'avocat général s'était également prononcé pour une telle annulation.

L'avocate des parents de Grégory Villemin avait demandé le rejet des recours de Murielle Bolle. «Les Villemin n'ont rien contre Murielle Bolle. Tout ce qu'ils veulent, c'est la vérité», avait plaidé Me Claire Waquet, .

Carnets intimes du juge

Une annulation de cette garde à vue de 1984 affaiblirait encore l'une des plus célèbres enquêtes criminelles françaises, déjà minée par d'innombrables errements, sans toutefois y mettre un terme.

Les propos de Murielle Bolle en 1984, qui ne lui avaient pas valu de poursuites à l'époque, apparaissent toutefois sans incidence sur sa mise en examen en 2017, celle-ci résultant selon la cour d'appel d'«éléments nouveaux».

Cette mise en examen et celle des Jacob, annulées en mai 2018, pourraient être de nouveau ordonnées une fois tous les recours purgés.

Murielle Bolle demande par ailleurs à la Cour de cassation de reconnaître «la partialité avérée» du juge Simon, qui a enquêté entre 1987 et 1990.

Une «partialité» contre les Bolle qui «suinte», selon son avocat, des «carnets» intimes du juge versés au dossier après sa mort. Les Bolle y étaient qualifiés de «voyous». Murielle Bolle cherche en conséquence à faire annuler tous les actes d'enquête du juge Simon, mais aussi un arrêt de non-lieu qui, en 1993, avait notamment innocenté la mère de Grégory Villemin.

De quoi faire bondir l'avocate des parents Villemin: Murielle Bolle «voudrait qu'on refasse complètement l'Histoire parce que l'Histoire lui pèse», avait estimé Claire Waquet.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Monsieur Ouille le 17.02.2019 11:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Triste

    Quelle triste affaire... Et la vérité ne sera sans doute jamais connue. Pauvre Grégory.

  • gari le 17.02.2019 11:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    SVP... ouvrir une nouvelle fois

    le commentaires, sur sur tragédie pareille, ne peut rien apporter de constructif... Seule la passion, dans le strict sens du terme, c'est à dire l'impuissance face à quelque chose qui nous dépasse, la soumission à notre impuissance ne fera sortir des commentaires que des choses horribles, une fois de plus, et nous n'en avons pas besoin... Que cet enfant, emporté si vite chez les anges, par la folie d'un entourage frustre, sache tout seul faire un jour éclater la vérité... Nous ne serons plus là pour le savoir...

  • Truth Prevail le 17.02.2019 13:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Adulte et menteuse

    La vérité ne sort que de la bouche d'un enfant

Les derniers commentaires

  • justice le 18.02.2019 09:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    noeud de vipères

    le père du petit a voulu faire sa justice. il a tué bernard laroche. Pourquoi veut-il la vérité. Il l'a.

  • Ella le 18.02.2019 01:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La tête de l'emploi

    Il faut se méfier des gens stupides. Les pires !

  • Gnouffe56 le 17.02.2019 18:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Parlez

    On ne sait pas qui c'est mais de toute évidence cela vient de cette famille et c'est plein de mensonges et de jalousies. Pour ce cas-là, j'aimerais que la justice soit autorisée á faire du chantage... tous enfermés ensemble jusqu'á ce qu'ils disent la vérité... ou remise partielle de peine á celui qui avoue...etc

  • Sqizz le 17.02.2019 18:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Trop tard

    Que le petit Gregory repose en paix au paradis des anges. La vérité on ne la connaîtra jamais, comme pour l'affaire Dominici.

    • Jean-Louis Vincent le 18.02.2019 09:36 Report dénoncer ce commentaire

      Dominici

      Pour Dominici, il n'est pas interdit de lire des ouvrages sérieux. On y voit plus clair ensuite. "Dominici, la contre-enquête" chez Vendémiaire.

  • gart le 17.02.2019 17:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    "Huis clos" (Sartre)

    Qui a lu ou vu la pièce de théâtre "Huis clos" ? 3 personnes viennent de mourir et se retrouvent dans l'anti-chambre de l'enfer, car les trois sont responsables de la mort, chacun la sienne, d'une personne. Dans le déni, ils leur faudra du temps pour comprendre, par le jeu d'un système où chacun devient tour à tour bourreau ou victimes des autres, dans leurs discussions, leur implication et leur responsabilité... Ils finissent alors par céder. Mettons tous les protagonistes encore en vie de cette tragédie dans un pièce, tous, y -compris les parents de Grégory, filmons-les, sans qu'ils ne le sachent... la vérité éclatera, obligatoirement. Mais je pense que cette procédure n'est pas légale, zut...

    • Marcelle Ratafia le 17.02.2019 19:24 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @gart

      Remarquable cette pièce de théâtre !