Israël

17 septembre 2019 04:20; Act: 17.09.2019 06:29 Print

Netanyahu le «magicien» joue son va-tout

Le Premier ministre israélien, au pouvoir depuis dix ans, cherche à garder son poste à l'issue des législatives de ce mardi.

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Benjamin Netanyahu le 15 septembre 2019 en Cisjordanie. (Photo: AFP)

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Premier ministre le plus longtemps en exercice dans l'histoire d'Israël, Benjamin Netanyahu est un «magicien» passé maître dans l'art de la survie politique, qui joue le tout pour le tout dans les législatives de mardi.

Voix rauque de ténor, cheveux argentés inamovibles, souvent vêtu d'un complet-cravate bleu sur une chemise blanche, Benjamin Netanyahu s'est imposé au coeur du système politique israélien comme s'il en avait toujours fait partie. Ce fin stratège, habitué du louvoiement, est pourtant le seul Premier ministre d'Israël à être né après la création de l'Etat en mai 1948.

Né le 21 octobre 1949 à Tel-Aviv, Benjamin Netanyahu a longtemps défendu l'idée d'un «Grand Israël», une idéologie héritée de son histoire personnelle. Son père, Benzion Netanyahu, a en effet été l'assistant personnel de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite «révisionniste», qui souhaitait non seulement un Etat juif en Palestine, mais un «Grand Israël» intégrant la Jordanie.

Benjamin Netanyahu effectue son service militaire dans un commando prestigieux. Le Proche-Orient est alors dans l'après-guerre des Six Jours, qui a vu en 1967 Israël s'emparer des territoires palestiniens de Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza, ainsi que du Golan syrien et du Sinaï égyptien.

Côté arabe la défaite est amère. Hors du champ des armées classiques, de nouveaux acteurs s'imposent comme l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui regroupe des groupes armés palestiniens.

L'ascension

En 1972, le soldat Netanyahu est blessé dans le sauvetage d'un avion détourné par des Palestiniens. Quatre ans plus tard, son frère Yoni, commandant de l'unité chargée de libérer les otages d'un vol Tel-Aviv/Paris détourné en Ouganda, est tué pendant l'assaut israélien.

La mort de son frère aîné ébranle profondément Benjamin Netanyahu, qui fera de la «lutte contre le terrorisme», qu'il associe souvent aux Palestiniens, l'un des fils conducteurs de sa carrière politique.

Orateur né, pugnace, il devient diplomate à Washington, puis ambassadeur à l'ONU dans les années 1980. De retour en Israël, il est élu député en 1988 sous la bannière du Likoud, grand parti de droite dont il devient, avec son style à l'américaine, l'étoile montante.

Pendant la guerre du Golfe de 1991, qui expose Israël à une pluie de missiles Scud irakiens, le nouveau membre du Parlement défend le point de vue israélien sur CNN. A l'aise devant la caméra, il connaît les codes des médias et maîtrise l'anglais, pour avoir déjà étudié au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Il continue son ascension jusqu'à une première consécration en 1996. A 47 ans, Benjamin Netanyahu triomphe du doyen Shimon Peres et devient le plus jeune Premier ministre de l'histoire d'Israël. Mais son règne est de courte durée. Trois ans. Après une brève retraite, il retourne à sa passion, reprend la tête du Likoud et redevient Premier ministre en 2009.

Le pouvoir

Depuis, Israël n'a connu que «Bibi». Lui se présente comme le grand défenseur de l'Etat hébreu face à l'Iran, nouvel «Amalek», ennemi mortel des Hébreux dans la Bible. Ses adversaires décrivent plutôt un autocrate prêt à tout pour rester au pouvoir.

Idéologue ou pragmatique? «Bien que Benjamin Netanyahu sympathise avec la politique de son père (...), ses actions comme Premier ministre sont avant tout motivées par des considérations pragmatiques», livre l'universitaire Neill Lochery dans une biographie récente.

Marié et père de trois enfants, il est désormais dans le collimateur de la justice pour corruption, fraude et abus de confiance dans des affaires de dons reçus de la part de milliardaires, d'échanges de bons procédés avec des patrons d'entreprises, et de tentatives de collusion avec la presse.

Le principal intéressé, qui doit être auditionné le mois prochain par la justice, dénonce une «chasse aux sorcières». Et multiplie les déclarations fortes afin de mobiliser son électorat, comme en promettant récemment l'annexion d'un pan stratégique de la Cisjordanie occupée s'il est reporté au pouvoir.

Pour Gideon Rahat, professeur de sciences politiques à l'Université Hébraïque de Jérusalem, Benjamin Netanyahu oscille entre «faucon extrémiste» et «modéré». Mais «depuis les accusations de corruption, il est plus à droite, plus enclin au populisme et à des lois antidémocratiques (...) Il se bat pour sa survie, pour éviter les tribunaux, c'est une guerre personnelle», dit-il. Après l'ascension et le pouvoir, ses adversaires attendent désormais la chute du «roi Bibi». Mais ils savent bien qu'il pourrait encore garder sa couronne.

(nxp/afp)