Venezuela

25 février 2019 00:19; Act: 25.02.2019 07:01 Print

Le président Maduro de plus en plus isolé

La pression internationale s'accentue sur Nicolas Maduro, pour qui «les jours sont comptés» selon Washington.

Sur ce sujet
Une faute?

Quelques escarmouches ont encore opposé dimanche manifestants et forces de sécurité aux frontières du Venezuela, les premiers réclamant le passage de l'aide humanitaire toujours bloquée en Colombie, mais la pression internationale s'accroit désormais sur le régime de Nicolas Maduro, dont «les jours sont comptés» affirme Washington.

Le régime s'est félicité d'avoir bloqué les convois organisés par l'opposant Juan Guaido samedi, au prix de violents affrontements qui ont fait au moins deux morts et près de 300 blessés: «Pas une camionnette n'est passée,» a lâché, ravi, le président de l'Assemblée constituante Diosdado Cabello.

Un cargo d'aide en provenance de Porto Rico a également dû rebrousser chemin sous la menace de la marine vénézuélienne et est arrivé dans la baie de Curaçao dimanche. Pour le président Maduro, cette aide qui provient principalement des Etats-Unis masque une tentative d'intervention militaire de leur part.

Sur CNN, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a qualifié le président socialiste de «pire du pire des tyrans» et s'est dit «certain que, grâce aux Vénézuéliens, les jours de Maduro sont comptés».

«Usage de la force»

Le Groupe de Lima, créé en 2017 et composé de 14 pays du continent majoritairement hostiles à Nicolas Maduro, se réunira lundi à Bogota en présence du vice-président américain Mike Pence. Juan Guaido, président vénézuélien autoproclamé avec le soutien d'une cinquatine de pays y fera officiellement son entrée.

Pour le député d'opposition Julio Borges qui le représentait jusqu'à présent, il «sollicitera un renforcement des pressions diplomatiques et l'usage de la force contre Maduro». La Haute Commissaire aux Droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet, a condamné dimanche «le recours excessif à la force contre des manifestants désarmés». Egalement «choqué», et face aux risques d'escalade, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé «au calme» et insisté sur la nécessité d'éviter le recours «à la force létale quelles que soient les circonstances».

Dimanche à la frontière avec la Colombie, dans les rues d'Urena, des petits groupes de manifestants tentaient de forcer le passage des ponts fermés par la garde nationale sur ordre de la présidence. Mais face aux lacrymogènes et aux balles en plastique des forces armées, et surtout face aux milices du pouvoir, les redoutés «colectivos», tous se sont repliés.

Des dizaines de Vénézuéliens sont bloqués côté colombien par la fermeture des ponts tandis que ceux qui traversent d'ordinaire pour aller travailler en Colombie ou y acheter les produits de première nécessité pour les revendre ont perdu leur gagne-pain.

Appel à la fermeté

Le président colombien Ivan Duque, ferme soutien de M. Guaido, s'est rendu dimanche matin à Cucuta sur les ponts Francisco de Paula Santander et Simón Bolívar pour constater les dégâts. Il a salué à cette occasion l'arrivée de M. Guaido au sein du «groupe de Lima».

«Le gouvernement légitime du Venezuela intègre formellement le Groupe de Lima et (...) nous lui souhaitons la bienvenue». Ulcéré par l'implication de M. Duque, Nicolas Maduro a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec «le gouvernement fasciste de Colombie» et prévenu: «Je ne m'inclinerai jamais, je n'abandonnerai jamais».

En fin de journée dimanche, l'AFP a vu le consul colombien dans la ville de Valencia traverser le pont Simon Bolivar avec ses employés pour quitter le pays. Après l'échec de son opération humanitaire et alors qu'une centaine seulement de membres des forces armées ont fait défection, M. Guaido a appelé la communauté internationale à «envisager toutes les éventualités». L'opposant s'est rendu vendredi en Colombie malgré son interdiction de sortir du Venezuela.

Mike Pompeo a pour sa part averti dès samedi soir que «les Etats-Unis vont passer aux actes contre ceux qui s'opposent à la restauration pacifique de la démocratie au #Venezuela». «Maintenant, le temps est venu d'agir pour soutenir les besoins du peuple vénézuélien désespéré», a ajouté M. Pompeo sur Twitter, qualifiant de «brutes» les forces de sécurité vénézuéliennes.

L'Union européenne s'est dite prête dimanche à accroître son aide humanitaire, condamnant la violence et le recours à des groupes armés irréguliers par le régime pour empêcher l'entrée de l'aide. Le Canada, membre du Groupe de Lima, a réclamé samedi «l'accès sûr et sans restriction» de l'aide au Venezuela, se disant «profondément préoccupé» par les violences visant à l'entraver.

Malgré la mobilisation des partisans de M. Guaido, l'aide humanitaire reste bloquée aux portes du Venezuela, dont la population subit de plein fouet la crise, de graves pénuries et une hyperinflation qui devrait atteindre 10'000'000% en 2019 selon le FMI. Depuis 2015, au moins 2,7 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays vers les pays de la région.

(nxp/afp)