France

02 juillet 2014 19:34; Act: 02.07.2014 21:48 Print

Nicolas Sarkozy: «Il y a eu une volonté de m'humilier»

L'ancien chef de l'Etat français, mis en examen pour corruption active mercredi , a dénoncé une instrumentalisation de la justice dans un entretien accordé à des médias français.

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Bettencourt, Karachi, Libye, sondages de l'Elysée, écoutes de Nicolas Sarkozy, affaire Tapie: le point sur l'épais dossier judiciaire concernant l'ancien président de la République. Nicolas Sarkozy est visé par une nouvelle enquête liée aux comptes de sa campagne présidentielle de 2012. La justice française doit déterminer si le paiement par l'UMP de l'amende infligée à Nicolas Sarkozy après le dépassement de ses comptes de campagne est légal ou non. L'ancien président Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue mardi matin dans un dossier pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction sur la base d'écoutes téléphoniques. Une première pour un ancien chef de l'Etat français sous la Ve République. M. Sarkozy est arrivé peu avant 8h locales à bord d'une voiture noire aux vitres teintées au siège de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), à Nanterre, près de Paris. Son avocat, a été placé en garde à vue depuis lundi, tout comme deux hauts magistrats du Parquet général de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust.Thierry Herzog et Gilbert Azibert ont été inculpé mercredi de corruption et trafic d'influence. Les enquêteurs cherchent à établir si l'ancien chef de l'Etat, avec l'appui de Me Herzog, a cherché à obtenir des informations auprès d'un haut magistrat sur une enquête le concernant en échange de la promesse d'un poste de prestige. Les espoirs d'un rapide retour en politique de l'ancien président français Nicolas Sarkozy ont été douchés dans la nuit de mardi à mercredi 2 juillet 2014 par sa mise en examen pour pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d'influence actif. La corruption et le trafic d'influence sont des délits passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. La nouvelle est tombée après plus de 15 heures de garde à vue. L'affaire trouve sa genèse au printemps 2013. L'enquête avait été lancée sur la base de conversations téléphoniques entre Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy, placé sur écoute sur décision de juges financiers qui enquêtent sur des accusations de financement, par , de sa campagne présidentielle de 2007. Les enquêteurs soupçonnent également Nicolas Sarkozy d'avoir été informé qu'il était sur écoute dans l'enquête sur le financement libyen de sa première campagne présidentielle à l'issue de laquelle il avait été élu. L'ancien premier ministre Edouard Balladur est soupçonné d'avoir mis en place un système de rétrocommissions sur des ventes d'armes à l'Arabie saoudite et au Pakistan afin de financer la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Alors ministre du Budget, Nicolas Sarkozy aurait avalisé la création dune société écran au Luxembourg, Heine SA, utilisée pour verser ces commissions. Les juges ont préconisé son audition comme témoin assisté en février 2014 dans cette affaire. Aussi présent dans d'autres affaires, le Franco-Libanais aurait servi d'intermédiaire entre le Gouvernement français, le Pakistan et l'Arabie saoudite. Le un attentat a provoqué la mort de 14 personnes, dont 11 employés français, à Karachi (Pakistan). Des juges français chargés de l'affaire privilégient l'hypothèse de représailles contre la France, organisées par une partie des services secrets pakistanais. Du temps de Nicolas Sarkozy, la présidence de la République aurait passé sans appel d'offres plusieurs marchés pour la réalisation de sondages d'opinion auprès de cabinets dirigés par des proches comme... ... , ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et directeur de la société de conseil Publifact. Ce dernier a aussi admis en mars 2014 avoir enregistré de nombreuses conversations politiques ou privés de Nicolas Sarkozy. Des soupçons de financement illicite de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 existent aussi. Au coeur de l'affaire «Bygmalion», la société qui a organisé la campagne 2012, les relations financières entre cette société de communication, l'UMP et l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Des révélations font état de possibles surfacturations de services par cette société fondée par des proches de l'ancien patron de l'UMP , qui a démissionné de la présidence de l'UMP à la suite de cette affaire. L'enquête, qui couvrira l'année 2012, a été ouverte notamment pour «faux et usage de faux», une incrimination qui concerne les fausses factures émises par Event & Co, la filiale événementielle de Bygmalion. L'abus de confiance concernerait l'éventuel détournement de fonds au préjudice de l'UMP. Une enquête pour détournement de fonds publics a été ouverte en octobre 2013 par le Parquet de Paris sur le financement d'un . Ce meeting n'avait pas été inscrit dans les dépenses de campagne, ce qu'avait épinglé le Conseil constitutionnel. En juillet 2008 à l'issue d'un arbitrage, l'Etat verse 403 millions d'euros, dont 45 au titre du préjudice moral, à pour régler un vieux litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas. La ministre de l'Economie Christine Lagarde accepte cette décision. La justice enquête sur les liens entre Tapie et les «arbitres» ainsi que sur l'implication de l'exécutif (Nicolas Sarkozy était alors président), soupçonné d'avoir favorisé l'homme d'affaires. L'affaire a été déclenchée en juillet 2010 par l'ex-comptable des Bettencourt, qui avait alors déclaré à la police s'être vu réclamer 150'000 euros en liquide par leur ancien homme de confiance, Patrice de Maistre, début 2007. Celui-ci lui avait assuré, selon la comptable, vouloir les donner à l'ancien ministre Eric Woerth, alors trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Des membres de l'entourage de la milliardaire ont déclaré avoir vu Nicolas Sarkozy plusieurs fois pendant cette période. Les juges cherchaient à établir si M. Sarkozy a commis un abus de faiblesse aux dépens de Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal alors âgée de 84 ans, en lui demandant de l'argent pour financer sa campagne. Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un non-lieu.

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Une faute?

L'ex-président français Nicolas Sarkozy a affirmé mercredi n'avoir «jamais» commis «un acte contraire à l'Etat de droit».
Il a dénoncé «une instrumentalisation politique d'une partie de la justice» après sa mise en examen pour «corruption active» de magistrat.

«Il y a eu une volonté de m'humilier en me convoquant sous le statut de la garde à vue qui n'est pas un statut normal», a déclaré M. Sarkozy. Il a affirmé n'avoir «jamais trahi la confiance» de personne lors d'un entretien diffusé en début de soirée par la radio Europe 1 et la chaîne de télévision privée LCI du groupe TF1. «Ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges? Devais-je absolument avoir rendez-vous à deux heures du matin avec les deux dames qui m'ont convoqué?», a-t-il aussi demandé.

«Dans notre pays, qui est le pays des droits de l'Homme et de l'Etat de droit, il y a des choses qui sont en train d'être organisées. Les Français doivent les connaître et, en leur conscience et en toute liberté, doivent juger de ce qu'il en est», a aussi affirmé l'ancien chef de l'Etat (2007-2012). Nicolas Sarkozy a par ailleurs qualifié de «grotesques» les chefs d'accusation retenus par la justice : «Où est le trafic d'influence ? Où est la corruption ?» Il a aussi mis en cause l'impartialité de l'une des juges qui l'a mis en examen, Claire Thépaut, en soulignant qu'elle appartenait au Syndicat de la magistrature (SM), classé à gauche.

«Est-il normal qu'on choisisse (...) un magistrat qui appartient au SM?» et «dont l'obsession politique est de détruire la personne contre qui il doit instruire à charge et à décharge?», s'est interrogé l'ancien président.

Procédure coercitive

La contre-attaque de Nicolas Sarkozy est intervenue quelques heures après sa mise en examen pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d'influence actifs. La garde à vue de M. Sarkozy, qui a duré quinze heures, est une procédure coercitive inédite en France à l'encontre d'un ancien président.

La corruption et le trafic d'influence sont des délits passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. M. Sarkozy a qualifié de «grotesques» les trois chefs d'accusation pour lesquels il a été mis en examen.

Deux autres inculpés

Deux autres personnes ont été inculpées en même temps que Nicolas Sarkozy. Ce sont son avocat et ami Thierry Herzog et un avocat général à la Cour de Cassation, Gilbert Azibert.

Les juges d'instruction cherchent à établir si l'ancien président a essayé d'obtenir des informations couvertes par le secret auprès de M. Azibert sur une décision de justice le concernant. Cela en échange de la promesse d'une intervention pour un poste de prestige à Monaco, poste «qu'il n'a pas obtenu», a signalé M. Sarkozy mercredi soir.

Espoirs de l'UMP douchés

Cette mise en examen est venue doucher les espoirs dans son camp UMP (droite, opposition) d'un prochain retour en politique de l'ex-chef d'Etat. Ce dernier est en outre menacé par une demi-douzaine d'autres affaires judiciaires.

Malgré sa défaite contre le socialiste François Hollande en 2012, Nicolas Sarkozy, 59 ans, restait convaincu de pouvoir revenir au premier plan en «sauveur» de la France. Cela notamment dans la perspective de la prochaine présidentielle de 2017.

«Acharnement disproportionné»

Lors du Conseil des ministres hebdomadaire, le président socialiste François Hollande a rappelé les principes de l«indépendance de la justice» et de la «présomption d'innocence».

Certains sarkozystes ont dénoncé un «acharnement totalement disproportionné», mettant en cause l'impartialité d'un des juges, qui «nourrit des sentiments de haine» à l'égard de Nicolas Sarkozy, selon le député-maire de Nice (sud-est), Christian Estrosi. Une des juges qui ont mis en examen M. Sarkozy, Claire Thépaut, a été membre du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche).

Mais les ténors de droite sont restés prudents. L'ancien Premier ministre François Fillon a jugé «urgent que la lumière soit faite». Alain Juppé, autre prétendant virtuel à la présidentielle de 2017, a souhaité mercredi que l'«innocence» de Nicolas Sarkozy soit démontrée par la justice.

Placement sur écoutes

L'inculpation de Nicolas Sarkozy fait suite à son placement sur écoutes en septembre 2013. La mesure avait été décidée dans une enquête sur des accusations, pour l'heure non étayées, d'un financement de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi.

La corruption suspectée «ne repose que sur des écoutes que nous contestons et dont la légalité sera fortement combattue», a affirmé le conseil de Thierry Herzog, Paul-Albert Iweins.

Outre les dossiers de financement libyen et de trafic d'influence, le parquet de Paris a confié à des juges financiers une enquête sur le financement de la campagne de 2012 de Nicolas Sarkozy. Ses meetings semblent avoir été en grande partie financés par l'UMP afin de masquer un dépassement du plafond des dépenses de campagne autorisé par la loi.

Extraits diffusés par Europe 1

Nicolas Sarkozy : "Je suis profondément choqué" par Europe1fr

L'intégralité de l'interview

EXCLUSIF - Interview de Nicolas Sarkozy sur... par Europe1fr

(20 minutes/ats/afp)