France

01 juillet 2014 22:43; Act: 02.07.2014 08:48 Print

Nicolas Sarkozy inculpé de trafic d'influence

L'ancien président, placé en garde à vue mardi par la justice française, a été mis en examen. Son avocat a, lui, déjà été inculpé.

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Bettencourt, Karachi, Libye, sondages de l'Elysée, écoutes de Nicolas Sarkozy, affaire Tapie: le point sur l'épais dossier judiciaire concernant l'ancien président de la République. Nicolas Sarkozy est visé par une nouvelle enquête liée aux comptes de sa campagne présidentielle de 2012. La justice française doit déterminer si le paiement par l'UMP de l'amende infligée à Nicolas Sarkozy après le dépassement de ses comptes de campagne est légal ou non. L'ancien président Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue mardi matin dans un dossier pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction sur la base d'écoutes téléphoniques. Une première pour un ancien chef de l'Etat français sous la Ve République. M. Sarkozy est arrivé peu avant 8h locales à bord d'une voiture noire aux vitres teintées au siège de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), à Nanterre, près de Paris. Son avocat, a été placé en garde à vue depuis lundi, tout comme deux hauts magistrats du Parquet général de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust.Thierry Herzog et Gilbert Azibert ont été inculpé mercredi de corruption et trafic d'influence. Les enquêteurs cherchent à établir si l'ancien chef de l'Etat, avec l'appui de Me Herzog, a cherché à obtenir des informations auprès d'un haut magistrat sur une enquête le concernant en échange de la promesse d'un poste de prestige. Les espoirs d'un rapide retour en politique de l'ancien président français Nicolas Sarkozy ont été douchés dans la nuit de mardi à mercredi 2 juillet 2014 par sa mise en examen pour pour recel de violation du secret professionnel, corruption et trafic d'influence actif. La corruption et le trafic d'influence sont des délits passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison. La nouvelle est tombée après plus de 15 heures de garde à vue. L'affaire trouve sa genèse au printemps 2013. L'enquête avait été lancée sur la base de conversations téléphoniques entre Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy, placé sur écoute sur décision de juges financiers qui enquêtent sur des accusations de financement, par , de sa campagne présidentielle de 2007. Les enquêteurs soupçonnent également Nicolas Sarkozy d'avoir été informé qu'il était sur écoute dans l'enquête sur le financement libyen de sa première campagne présidentielle à l'issue de laquelle il avait été élu. L'ancien premier ministre Edouard Balladur est soupçonné d'avoir mis en place un système de rétrocommissions sur des ventes d'armes à l'Arabie saoudite et au Pakistan afin de financer la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Alors ministre du Budget, Nicolas Sarkozy aurait avalisé la création dune société écran au Luxembourg, Heine SA, utilisée pour verser ces commissions. Les juges ont préconisé son audition comme témoin assisté en février 2014 dans cette affaire. Aussi présent dans d'autres affaires, le Franco-Libanais aurait servi d'intermédiaire entre le Gouvernement français, le Pakistan et l'Arabie saoudite. Le un attentat a provoqué la mort de 14 personnes, dont 11 employés français, à Karachi (Pakistan). Des juges français chargés de l'affaire privilégient l'hypothèse de représailles contre la France, organisées par une partie des services secrets pakistanais. Du temps de Nicolas Sarkozy, la présidence de la République aurait passé sans appel d'offres plusieurs marchés pour la réalisation de sondages d'opinion auprès de cabinets dirigés par des proches comme... ... , ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et directeur de la société de conseil Publifact. Ce dernier a aussi admis en mars 2014 avoir enregistré de nombreuses conversations politiques ou privés de Nicolas Sarkozy. Des soupçons de financement illicite de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 existent aussi. Au coeur de l'affaire «Bygmalion», la société qui a organisé la campagne 2012, les relations financières entre cette société de communication, l'UMP et l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Des révélations font état de possibles surfacturations de services par cette société fondée par des proches de l'ancien patron de l'UMP , qui a démissionné de la présidence de l'UMP à la suite de cette affaire. L'enquête, qui couvrira l'année 2012, a été ouverte notamment pour «faux et usage de faux», une incrimination qui concerne les fausses factures émises par Event & Co, la filiale événementielle de Bygmalion. L'abus de confiance concernerait l'éventuel détournement de fonds au préjudice de l'UMP. Une enquête pour détournement de fonds publics a été ouverte en octobre 2013 par le Parquet de Paris sur le financement d'un . Ce meeting n'avait pas été inscrit dans les dépenses de campagne, ce qu'avait épinglé le Conseil constitutionnel. En juillet 2008 à l'issue d'un arbitrage, l'Etat verse 403 millions d'euros, dont 45 au titre du préjudice moral, à pour régler un vieux litige avec le Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas. La ministre de l'Economie Christine Lagarde accepte cette décision. La justice enquête sur les liens entre Tapie et les «arbitres» ainsi que sur l'implication de l'exécutif (Nicolas Sarkozy était alors président), soupçonné d'avoir favorisé l'homme d'affaires. L'affaire a été déclenchée en juillet 2010 par l'ex-comptable des Bettencourt, qui avait alors déclaré à la police s'être vu réclamer 150'000 euros en liquide par leur ancien homme de confiance, Patrice de Maistre, début 2007. Celui-ci lui avait assuré, selon la comptable, vouloir les donner à l'ancien ministre Eric Woerth, alors trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Des membres de l'entourage de la milliardaire ont déclaré avoir vu Nicolas Sarkozy plusieurs fois pendant cette période. Les juges cherchaient à établir si M. Sarkozy a commis un abus de faiblesse aux dépens de Liliane Bettencourt, l'héritière de L'Oréal alors âgée de 84 ans, en lui demandant de l'argent pour financer sa campagne. Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un non-lieu.

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L'ex-président français Nicolas Sarkozy a été inculpé, dans la nuit de mardi à mercredi, de trafic d'influence actif, corruption active et recel de violation de secret professionnel, à l'issue d'une garde à vue sans précédent pour un ex-chef de l'Etat. Il encourt dix ans de prison.

Avant de recevoir l'ancien président, les juges d'instruction avaient déjà inculpé dans la soirée son avocat, Me Thierry Herzog, et un haut magistrat, Gilbert Azibert, pour les mêmes motifs. S'y ajoute, pour Me Herzog, celui de violation de secret professionnel, a précisé le parquet.

Nicolas Sarkozy, qui dit en être au stade de la «réflexion» quant à un éventuel retour en politique pour la présidentielle de 2017, s'est vu notifier sa mise en examen au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris après environ 15 heures de garde à vue dans les locaux de l'office anticorruption. Il n'est pas soumis à un contrôle judiciaire.

Ces développements judiciaires interviennent au moment où les rumeurs sur sa volonté de reprendre la tête du parti de droite UMP se font de plus en plus précises. Si quelques-uns de ses supporteurs avaient dénoncé, dans la journée de mardi, son placement en garde à vue, aucun ténor de la droite n'est monté au créneau pour le défendre.

Obtention d'informations

Dans cette procédure, trois autres personnes avaient été placées en garde à vue lundi: son avocat Me Thierry Herzog, l'avocat général à la cour de cassation Gilbert Azibert et un autre avocat général à la cour de cassation, Patrick Sassoust, qui n'a toutefois pas été présenté aux juges d'instruction.

Ceux-ci cherchent à établir si celui qui a été chef de l'Etat entre 2007 et 2012 a essayé d'obtenir des informations couvertes par le secret auprès de Gilbert Azibert sur une décision de justice le concernant, en échange de la promesse d'une intervention pour un poste de prestige à Monaco.

Les informations convoitées portaient sur l'affaire Bettencourt. La cour de cassation devait se prononcer sur la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy, susceptibles d'intéresser les juges enquêtant sur d'autres dossiers. Dans le dossier Bettencourt, Nicolas Sarkozy avait finalement bénéficié d'un non-lieu.

Dossier libyen

A l'origine de l'affaire qui vaut ses nouveaux déboires à Nicolas Sarkozy, on trouve son placement sur écoute, en septembre 2013, dans l'enquête sur les accusations, pour l'heure non étayées, d'un financement par la Libye de Mouammar Kadhafi de sa campagne électorale victorieuse de 2007.

Dans ce dossier libyen, plusieurs de ses proches avaient été placés sur écoute avant lui: les anciens ministres Claude Guéant et Brice Hortefeux, mais aussi Michel Gaudin, ancien patron de la police nationale et ex-préfet de police de Paris.

Ce dernier, devenu son directeur de cabinet après la défaite de 2012, avait entretenu, au printemps 2013, plusieurs conversations qui ont interpellé les enquêteurs. Il semblait vouloir, en vain, se renseigner sur l'enquête libyenne auprès d'un responsable policier.

Les juges avaient alors décidé de placer à son tour l'ex-président sur écoute, en particulier le téléphone qu'il utilise sous l'identité d'emprunt de Paul Bismuth pour converser avec Me Herzog. Or des échanges entre les deux hommes peuvent laisser croire qu'ils ont cherché à obtenir des informations confidentielles auprès de Gilbert Azibert.


(ats/afp)