Chef de l'opposition élu

15 décembre 2008 06:05; Act: 15.12.2008 11:40 Print

Nouveau premier ministre en Thaïlande

Abhisit Vejjajiva, chef de l'opposition thaïlandaise, a été désigné lundi par le Parlement 27e premier ministre du royaume. Cette élection met fin dix mois de pouvoir chaotique des lieutenants de Thaksin Shinawatra.

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Cette élection, consécutive à un renversement d'alliance, a été ponctuée par quelques incidents devant le Parlement où des partisans de M. Thaksin, vêtus de rouge, se sont heurtés à la police. Ils ont tenté de bloquer l'entrée du complexe en jetant des barrières en fer devant la principale entrée et des pierres sur les véhicules qui en sortaient.

M. Abhisit, 44 ans, leader du Parti démocrate, a été élu avec le soutien de 235 députés, contre 198 à Pracha Promnog, candidat des partisans de M. Thaksin, l'ex-premier ministre en exil. Le roi Bhumibol Adulyadej doit encore confirmer la nomination d'Abhisit Vejjajiva, né en Grande-Bretagne et diplômé d'Oxford.

Renversement d'alliance

C'est la première fois depuis huit ans qu'un dirigeant du Parti démocrate devient premier ministre. Toutes les élections législatives depuis 2001, y compris les dernières en décembre 2007, ont été remportées par les partisans de M. Thaksin.

La nomination de M. Abhisit fait suite à un renversement d'alliance consécutif à la dissolution le 2 décembre par la Cour constitutionnelle du Parti du pouvoir du peuple (PPP, pro-Thaksin), alors que les aéroports de Bangkok étaient occupés par des opposants.

Dès le 6 décembre, M. Abhisit avait déclaré être en mesure de diriger une nouvelle coalition après la défection de députés de quatre formations précédemment alliées à M. Thaksin et d'une faction rebelle du PPP.

Message de Thaksin

Samedi, dans un message vidéo à plus de 50 000 partisans rassemblés dans un stade de Bangkok, Thaksin Shinawatra avait lancé un appel à la réconciliation nationale et a invité les militaires à ne pas interférer dans le vote du parlement. «Laissons le pays aller de l'avant. Ne faisons pas souffrir le peuple davantage», avait-il déclaré.

M. Thaksin, puissant homme d'affaires de 59 ans renversé par des généraux royalistes en 2006, vit en exil pour échapper à une condamnation et diverses enquêtes pour corruption dans son pays.

Détesté par l'aristrocratie et une partie des classes moyennes de Bangkok, il est admiré par les masses rurales et les couches défavorisées de la population, en particulier dans le nord de la Thaïlande.

M. Abhisit est le troisième homme politique à devenir premier ministre ces derniers mois. Samak Sundaravej, allié de M. Thaksin, avait été élu chef du gouvernement en février à l'issue des législatives de décembre 2007 qui avaient mis fin à quinze mois d'administration militaire.

Destitution d'un passionné de cuisine

M. Samak, un passionné de cuisine, avait été destitué en septembre par la Cour constitutionnelle pour avoir continué de présenter des émissions culinaires à la télévision.

Il avait été remplacé par Somchai Wongsawat, beau-frère de M. Thaksin qui a lui-même été forcé de démissionner le 2 décembre sur ordre de la Cour constitutionnelle, dans le cadre d'un dossier de fraude électorale visant le PPP.

Le passage au pouvoir des lieutenants de M. Thaksin a été marqué par des manifestations incessantes des militants royalistes de «l'Alliance du peuple pour la démocratie» (PAD), qui ont occupé en août le siège du gouvernement avant de prendre d'assaut fin novembre les deux aéroports de Bangkok. Cette action piégé en Thaïlande quelque 350 000 passagers, dont de nombreux touristes étrangers.

Le Parti démocrate est la plus vieille formation politique de Thaïlande (62 ans d'existence). Il dispose de puissants relais dans l'establishment conservateur de Bangkok, que ce soit dans l'armée, dans l'administration ou au palais royal.

(ats)