Heurts en Grèce

10 décembre 2008 15:53; Act: 10.12.2008 21:09 Print

Nouveaux affrontements devant le palais de justice d'Athènes

Des échauffourées ont éclaté mercredi devant le palais de justice d'Athènes, où comparaissaient deux policiers soupçonnés de la mort d'un adolescent de 15 ans, à l'origine des émeutes qui embrasent la Grèce depuis le week-end.

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La Grèce a vécu mercredi une grève générale dans un climat rendu explosif par plusieurs jours de violences urbaines. Des heurts se sont poursuivis durant toute la journée à Athènes.

La crise, déclenchée par la mort d'un adolescent de 15 ans abattu samedi à Athènes par un policier, s'installait dans la durée, malgré les appels au calme du premier ministre conservateur Costas Caramanlis.

Mercredi, de nouveaux affrontements ont opposé manifestants et police à Athènes et Salonique, la deuxième ville du pays.

Politique contestée

Les accrochages à Athènes ont eu lieu alors que plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées devant le Parlement, à l'appel de centrales syndicales qui observaient une grève générale de 24 heures. Convoqué de longue date, le mouvement dénonçait la politique d'austérité du gouvernement.

Selon les syndicats, les réformes menées par le gouvernement ont aggravé la situation sociale dans le pays. Près d'un cinquième de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, ont-ils souligné.

«Il y a une demande pour un changement social, économique et politique», a expliqué un manifestant de 25 ans, contraint d'avoir deux emplois pour vivre. «Il n'est pas rare ici d'avoir deux boulots pour simplement gagner 800 ou 1000 euros par mois.»

En fin d'après-midi, plusieurs heures après la fin du rassemblement syndical, des lycéens lançaient des projectiles sur les forces de l'ordre devant l'Ecole Polytechnique, dans le quartier d'Exarchia. Le face-à-face se poursuivait aussi sur la place Syntagma.

Quatre personnes ont été blessées à Athènes, dont deux ont été hospitalisées, un mineur de 16 ans et une femme, a précisé une source médicale.

Un pays au ralenti

En raison de la grève, le trafic aérien intérieur a été interrompu, les banques et les écoles sont restées fermées et les hôpitaux fonctionnaient en service restreint. De nombreux Grecs ont été obligés de se rendre à leur travail à pied.

D'autres affrontements ont émaillé une manifestation à Salonique, dans le nord de la Grèce, à laquelle participaient environ 2000 personnes, dont de nombreux élèves et étudiants. Au total, la police a arrêté 108 personnes en Grèce depuis le début des affrontements, la plupart pour pillage.

Selon une estimation provisoire, les dégâts occasionnés à 435 entreprises et commerces dans la capitale sont évalués à 50 millions d'euros.

Elections exigées

Dans un souci de reprendre la main, M. Caramanlis a adressé mardi soir un nouveau message à la nation condamnant les fauteurs de trouble comme «des ennemis de la démocratie».

Il s'est engagé «à rétablir le sentiment de sécurité et la légalité», et lancé de nouveau un appel à l'unité nationale. M. Caramanlis n'a pas répondu au chef de l'opposition socialiste Georges Papandréou, qui avait demandé dans la journée un recours «au verdict populaire» pour résoudre la crise.

L'opposition estime que le parti de la Nouvelle démocratie (au pouvoir), qui dispose d'un siège de majorité seulement au parlement, ne jouit plus de la confiance de la population.

Une mort accidentelle?

La colère des jeunes, signe selon des observateurs d'un profond malaise et d'une radicalisation de la jeunesse grecque minée par l'insécurité économique et le chômage, avait repris de plus belle mardi après les obsèques, dans une banlieue d'Athènes, du jeune Alexis Grigoropoulos.

Selon les premiers résultats de l'autopsie, l'adolescent a été tué par le ricochet d'une balle tirée par un policier. L'avocat de ce dernier a ainsi parlé mercredi d'une mort accidentelle.

Reste que la justice a formellement inculpé mercredi soir d'homicide volontaire le policier auteur du tir. Son collègue a été inculpé de «complicité». Les deux hommes ont été placés en détention provisoire en vue du procès.

(ap)