Hong Kong

16 juin 2019 06:17; Act: 17.06.2019 06:49 Print

Deux millions de manifestants dans les rues

Malgré le recul du gouvernement, les manifestants étaient des centaines de milliers à envahir les rues de l'ancienne colonie britannique.

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Près de deux millions de manifestants vêtus de noir ont défilé à nouveau dimanche à Hong Kong pour réclamer le retrait pur et simple du projet de loi sur l'extradition vers la Chine. Une pression de la rue qui a forcé le gouvernement pro-Pékin à présenter des «excuses» pour avoir provoqué «conflits et querelles».

Les organisateurs exigeaient de Carrie Lam, la cheffe de l'exécutif de Hong Kong qui a suspendu samedi le projet de loi, qu'elle le remise définitivement au placard. Ils réclamaient en outre sa démission ainsi que des excuses pour les violences policières.

«Retirez la loi maléfique!», ont scandé les protestataires, qui étaient «près de deux millions», a indiqué aux journalistes Jimmy Sham, un représentant du Front des droits humains civiques (CHRF). C'est près du double du nombre de manifestants revendiqué par eux dimanche dernier. Les manifestants ont défilé dans le coeur de l'île de Hong Kong pour gagner le Conseil législatif (LegCo: le parlement local).

Selon ses détracteurs, le projet de loi placerait la population de l'ancienne colonie britannique à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Les milieux d'affaires craignent que la réforme nuise à l'image internationale et l'attractivité du centre financier.

Pourquoi les habitants manifestent

Pires violences depuis 1997

Accusée d'autoritarisme, Mme Lam a dû présenter dimanche soir «ses excuses» et reconnu que «les lacunes dans le travail du gouvernement ont entraîné beaucoup de conflits et de querelles dans la société hongkongaise». Celle-ci avait justifié la répression des manifestations par les actes de violence perpétrés par certains participants. Mais l'opposition l'accuse de s'être servie des agissements d'une infime minorité pour se déchaîner sur l'ensemble des protestataires, en grande majorité pacifiques.

Mercredi, Hong Kong avait connu les pires violences depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, quand des dizaines de milliers de personnes avaient été dispersées par la police à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. «Police de Hong Kong, tu dois nous protéger, pas nous tirer dessus», pouvait-on lire sur une banderole. Des manifestants brandissaient les photos des affrontements.

Des fleurs pour un mort

Près de 80 personnes, dont 22 policiers, avaient été blessées mercredi. Samedi, un homme de 35 ans est mort en tombant du toit d'un luxueux centre commercial du centre-ville, d'où il tenait depuis plusieurs heures une banderole. Il aurait chuté lorsque des sauveteurs ont tenté de le secourir. D'immenses files se sont formées pour déposer des bouquets de fleurs et des grues en origami sur les lieux du drame ainsi que des messages d'hommage au défunt.

Malgré le recul gouvernemental, la foule ne décolère pas. Jimmy Sham, du Front des droits humains civiques (CHRF), a comparé le projet de loi à un «couteau» s'étant abattu sur Hong Kong. «Il a presque atteint notre coeur. Maintenant le gouvernement dit qu'il ne l'enfoncera pas davantage, mais il refuse aussi de le ressortir».

L'opposition au projet de loi est très large, réunissant avocats, organisations juridiques influentes, capitaines d'industrie, chambres de commerce, journalistes, militants, religieux et diplomates occidentaux. En vertu du principe «un pays, deux systèmes», l'ancienne colonie britannique jouit de libertés inconnues en Chine, théoriquement jusqu'en 2047.

Ressentiment plus large

Mais le mouvement dépasse la question des extraditions et exprime un ressentiment beaucoup plus large contre le gouvernement et contre Pékin, accusés de rogner depuis des années les libertés du territoire semi-autonome. Ces derniers jours, la cheffe du gouvernement s'était retrouvée de plus en plus isolée, les députés pro-Pékin prenant eux-mêmes leurs distances par rapport au texte au motif qu'il porterait atteinte à l'environnement économique de Hong Kong.

Son recul représente toutefois une volte-face rare de la part d'autorités qui avaient refusé de céder le moindre pouce de terrain aux protestataires de l'immense mouvement de l'automne 2014. Ils n'avaient pas obtenu l'élection du chef du gouvernement au suffrage universel, et des figures-clés du mouvement sont aujourd'hui en prison.

Militant prodémocratie libéré

Par ailleurs, le leader étudiant Joshua Wong, qui était devenu en 2014 le visage du mouvement prodémocratie à Hong Kong, va être libéré de prison lundi, a annoncé son parti dimanche soir. Le militant de 22 ans avait été condamné à une peine de prison pour son rôle dans la «Révolte des parapluies».

En Chine, les médias d'Etat et les réseaux sociaux gardaient le silence sur le mouvement de protestation, sans faire mention de la reculade du gouvernement de Hong Kong. Toute référence à la manifestation avait été expurgée de l'internet.

A Washington, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a indiqué que le président Donald Trump avait l'intention d'évoquer les manifestations de Hong Kong avec son homologue chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 fin juin au Japon.

(nxp/afp)