Médecine

27 février 2019 21:04; Act: 27.02.2019 21:33 Print

Nouvelles techniques contre le paludisme

Pour pallier au manque d'efficacité des insecticides sur les moustiques, des chercheurs proposent d'utiliser un médicament antipaludéen sur les moustiquaires.

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La méthode est «sans danger pour les personnes qui dorment sous ces moustiquaires et pour l'environnement». (Photo: AFP)

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Imprégner les moustiquaires d'un médicament antipaludéen fréquemment utilisé chez l'homme pourrait offrir une nouvelle arme dans la lutte contre le paludisme, montre une étude publiée mercredi. Les moustiques sont de plus en plus résistants aux insecticides.

L'utilisation d'insecticides sur les moustiquaires fait partie depuis des années de l'arsenal recommandé par l'OMS pour éviter les piqûres de moustiques infectés par le paludisme. Les deux tiers de la baisse des infections dans le monde depuis 2000 auraient été obtenus par ce biais, selon une étude datant de 2015.

Mais de plus en plus de moustiques développent des résistances aux insecticides utilisés, remettant en question l'efficacité de cette stratégie. L'OMS a mis en garde en novembre contre la stagnation ces dernières années d'une épidémie qui a touché 219 millions de personnes et fait 435'000 morts en 2017.

Eliminer le parasite

Une équipe de chercheurs de l'université de Harvard, à Boston (Etats-Unis), a fait émerger une piste alternative qui permet non pas de tuer les moustiques, mais d'éliminer le parasite Plasmodium - responsable de la maladie - dont ils sont porteurs.

Ils ont reproduit en laboratoire une situation comparable à ce qui se passe lorsqu'un moustique se pose sur une moustiquaire. Les insectes ont été nourris avec du sang contaminé par le parasite puis mis en contact pendant six minutes avec une surface couverte d'une faible dose d'atovaquone, ou ATQ.

Cet antipaludéen, utilisé chez l'homme en prévention et en traitement du paludisme, tue le parasite en inhibant ses fonctions mitochondriales. Les chercheurs sont parvenus au même résultat en exposant les moustiques à l'atovaquone, selon leur article publié dans la revue scientifique Nature.

«Nous avons testé deux types d'antipaludéens et cela a très bien marché avec l'ATQ: tous les parasites ont été tués!», a expliqué Flaminia Catteruccia, professeur d'infectiologie à Harvard et co-auteur de l'étude.

«Sans danger»

La méthode est «sans danger pour les personnes qui dorment sous ces moustiquaires et pour l'environnement», souligne la Pr Catteruccia. Elle s'est également montrée efficace en mettant en contact les moustiques avec le médicament 24 heures avant qu'ils n'ingèrent du sang infesté.

Selon une modélisation informatique effectuée par les chercheurs, cette approche permettrait de «contrebalancer de façon sensible les effets sanitaires de la résistance aux insecticides» dans la lutte contre le paludisme. Les recherches n'en sont toutefois qu'à un stade préliminaire et «l'apparition de résistances» à l'atovaquone chez les parasites «est toujours un risque», reconnaît Flaminia Catteruccia.

Pour éviter ce problème, les auteurs suggèrent de mener des recherches avec d'autres médicaments qui ont des mécanismes d'action différents pour éliminer le parasite, ou d'utiliser des médicaments différents chez l'homme et chez le moustique.

(nxp/ats)