États-Unis

16 septembre 2019 07:44; Act: 16.09.2019 12:29 Print

En faillite pour régler la crise des opiacés

Confronté à des milliers de plaintes, le groupe pharmaceutique Purdue Pharma annonce qu'il va se déclarer en faillite dans la cadre d'un accord à l'amiable.

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Purdue Pharma est le fabricant d'un des principaux médicaments anti-douleur aux opiacés, l'OxyContin. (Photo: Keystone)

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Le groupe pharmaceutique américain Purdue Pharma, devenu emblématique de la crise des opiacés aux Etats-Unis, a annoncé lundi une série de mesures, dont sa mise en faillite et le retrait de ses propriétaires, la famille Sackler, espérant ainsi solder l'avalanche de litiges qui le menacent.

En vertu d'un accord passé avec notamment 24 procureurs d'Etat, mais qui reste soumis à l'approbation d'un tribunal, les Sackler vont transférer «la totalité de (leurs) actifs à un trust ou à une autre entité établie au bénéfice des plaignants et de la population américaine», selon le communiqué du groupe.

Ce montage doit permettre de dégager quelque 10 milliards de dollars que le laboratoire s'engage à consacrer à la lutte contre la crise des opiacés. Purdue Pharma, fabricant d'un des principaux médicaments anti-douleur aux opiacés, l'OxyContin, fait l'objet de plus de 2000 plaintes.

Si le montage annoncé lundi était accepté, toutes les plaintes seraient «résolues», y compris celles émanant de municipalités ou d'Etats, et Purdue se verrait «déchargé de manière pleine et permanente» de tout litige, explique le groupe sur son site.

Traitement contre les overdoses

Le laboratoire est accusé d'avoir poussé le corps médical à sur-prescrire son médicament phare, alors qu'il connaissait ses effets addictifs, et ainsi d'avoir participé à la dépendance croissante des Américains aux opiacés, poussant ces consommateurs vers des drogues plus fortes comme le fentanyl et l'héroïne.

Le président de Purdue, Steve Miller, a précisé dans le communiqué que cet accord permettrait de débloquer «des ressources essentielles aux collectivités de tout le pays qui tentent de faire face à la crise des opiacés».

Le groupe a déclaré être contraint, pour tourner la page de cette crise, de se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites - «Chapitre 11» - et a précisé que le conseil d'administration d'une nouvelle entreprise serait choisi par les plaignants avant d'être approuvé par le tribunal des faillites.

Cette nouvelle société s'engagerait, concrètement, à distribuer, gratuitement ou à très faible coût, des médicaments permettant de traiter les overdoses dues aux opiacés, ainsi que les addictions. Elle s'engagerait également à respecter des restrictions sur la vente et la publicité de traitements aux opiacés.

«Au moins 3 milliards de dollars»

M. Miller a indiqué que cette restructuration éviterait de «gaspiller des centaines de millions de dollars et des années en litiges prolongés».

En plus de l'abandon du contrôle de Purdue, la famille Sackler, dont la fortune a été estimée à 13 milliards de dollars par le magazine Forbes, versera, à titre privé, «au moins 3 milliards de dollars» (quasiment autant en francs).

Vendredi, la procureure de l'Etat de New York a affirmé que la famille Sackler essayait de dissimuler l'étendue de sa fortune, en transférant notamment un milliard de dollars en Suisse.

Ces transferts ont été révélés dans le cadre d'une enquête contre Purdue Pharma et des membres de la famille Sackler menée par la procureure Letitia James. Mme James a sommé en août une trentaine d'institutions financières ayant fait des affaires avec les Sackler de lui fournir des informations, pour arriver à évaluer leurs avoirs.

Une aura ternie

Très influents au sein du gotha new-yorkais, les Sackler ont bâti leur fortune sur l'OxyContin, ce puissant antidouleur accusé d'être au coeur de la crise des opiacés à l'origine de 47'000 morts par overdose aux Etats-Unis en 2017.

La réputation des Sackler a été ternie ces derniers mois par leur rôle dans cette affaire des opiacés et des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du monde contre leur rôle dans la crise des opiacés.

La National Portrait Gallery, la Tate Gallery de Londres, le Metropolitan Museum ou encore le Guggenheim de New York ont renoncé aux dons des Sackler face à cette polémique.

En juillet, le musée du Louvre à Paris a même débaptisé l'«aile Sackler», consacrée aux Antiquités orientales et qui arborait le nom de la famille américaine depuis un don de sa part en 1996.

Menée par la photographe Nancy Goldin, ancienne accro aux antidouleurs, l'organisation milite pour inciter les institutions culturelles à s'éloigner de la famille Sackler.

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Abcd le 16.09.2019 09:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Triste monde

    La famille Sackler proprio de Purdue Pharma a une fortune de 13 milliards. Elle ferme cette firme mais a ouvert Mundipharma en Europe. Fentanyl et autres opioïdes ont commencé à débarquer en Europe. Donc n'applaudissez pas trop vite.

  • R. Huiné le 16.09.2019 08:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Destruction de valeur

    Faillite, mais où sont les pigeons de cette comédie?

  • abdel le 16.09.2019 08:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    a l'américaine

    Les américains sont assez "handicapés" pour pas dire plus.... Ils ne savent pas se contrôler... Font des erreurs.. Et ensuite réclament des millions pour des dommages qu'ils peuvent éviter eux mêmes tout seul comme des grands. Pourquoi en Europe on a pas ce problème ? Ils sont tous c.... Ou quoi ?

Les derniers commentaires

  • Toi,moi,tous le 16.09.2019 23:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Drogue sous ordonnance

    En France, le tramadol, (tramal) à remplacé un anti-douleurs qui a été retiré du marché. conséquence, les patients sont devenus accro à ce produit opioïde. La dépendance survient assez vite, car le ressenti de bien-être et les performances qu'il permet sont réellement bluffantes. On se retrouve donc à demander des prolongations d'ordonnances, et puis un jour plus d'ordonnance...Et les gens sont tentés de se fournir en marché parallèle (donc illégal) pour retrouver leur performances, leur bien-être et combler leur état de manque, car ils sont devenus accro à leur médicament. Attention avec ces produits prescrits pour un oui ou un non. Les anti-douleurs non-opioïdes font très bien le job pour ce qui comcerne la douleur. Pour la sensation de bien-être, les performances intellectuelles, la créativité, l'enthousiasme, il y a pas photo, les médicaments opiacés l'emportent haut la main.

  • Peter Heidi le 16.09.2019 18:51 Report dénoncer ce commentaire

    Pour une politique réaliste

    Légalisons l'héroine, ça coutera moins cher et on évitera les overdoses.marre des nazinours et de leurs politiques inéfficaces et coûteuses.

  • Jean Peuplus le 16.09.2019 16:18 Report dénoncer ce commentaire

    Vive les Pigeons !

    Quand allez-vous comprendre que la Pharma n'est pas là pour vous soigner mais pour faire le max de fric sur votre dos ?

    • Jean Connais le 16.09.2019 18:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Jean Peuplus

      C'est compris depuis longtemps. Et moins j'y touche et mieux je me porte.

  • Jeff le 16.09.2019 14:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ben voyons

    Où sont les valideurs de l'autorisation de mise sur le marché ? Quid des essais cliniques ! Bénéfice ~ 10 milliards, dédommagement 3 milliards, solde 7 milliards. Je suis preneur. Trop facile.

  • souffrance le 16.09.2019 11:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    qui sont les fautifs?

    personne ne parle des médecins qi prescrivent créés médicaments et rendent leurs patients accros? pourtant ce sont eux qu'on devrait punir en premier car ce sont eux qui savent les dégâts que ça créé... Mais de cela, chut...