Côte d'Ivoire

13 mars 2011 16:00; Act: 13.03.2011 22:34 Print

Ouattara à Abidjan et peuple choqué

Le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, est rentré au Golf hôtel d'Abidjan, où il vit retranché sous blocus des forces de son rival Laurent Gbagbo depuis fin 2010.

Sur ce sujet
Une faute?

Les habitants d'Abidjan étaient dimanche sous le choc des affrontements de samedi, qui ont fait une dizaine de morts, dans le quartier populaire d'Abobo entre les pro- Gbagbo et les forces favorables à son rival Alassane Ouattara. Ces dernières ont pris dimanche une nouvelle ville dans l'ouest.

Dans l'ouest, les «rebelles» des Forces nouvelles (FN) «ont pris la ville de Doké, entre Toulépleu et Bloléquin» à l'issue de combats, a affirmé à l'AFP un milicien pro-Gbagbo, joint par téléphone depuis Abidjan.

«Nos hommes sont actuellement stationnés à Doké», a confirmé un responsable FN basé à Man, principale ville du «Grand Ouest» ivoirien, frontalier du Liberia.

L'objectif des forces pro-Ouattara est de prendre la ville de Bloléquin, à une dizaine de kilomètres de Doké, qui leur ouvrirait un accès au centre-ouest et au port de San Pedro (sud-ouest), le plus grand port d'exportation de cacao au monde.

Ces développements militaires, les plus importants depuis le début de la crise post-électorale, interviennent après un sommet jeudi de l'Union africaine consacrant l'impasse politique, avec la confirmation de la victoire de M. Ouattara, rejetée par le président sortant Laurent Gbagbo.

Ils coïncident également avec le retour à Abidjan de M. Ouattara, fort des soutiens de l'UA, du Nigeria, le poids lourd de la région, et du Burkina Faso.

Offensive à Abobo

L'offensive des pro-Gbagbo à Abobo ne semblait pas pour l'heure avoir fait bouger les lignes, et Abobo demeurait un nid d'insurgés. Aucun bilan global n'a été fourni mais il atteint au moins une dizaine de morts, selon des constatations de journalistes de l'AFP et de témoins.

Une source au QG de l'armée a indiqué à Reuters que quelque 600 militaires des Forces de défense et de sécurité (FDS), proches de M. Gbagbo, avaient participé à l'assaut.

Au fil des jours, les opposants armés à M. Gbagbo, qui refuse de céder le pouvoir après le scrutin du 28 novembre, avancent toujours plus dans le sud d'Abobo et sont aujourd'hui tout près du quartier résidentiel de Cocody où se trouve notamment la radio-télévision publique.

Le camp Ouattara a dénoncé samedi des «tueries aveugles» de «civils innocents», qualifiant l'opération, la première d'envergure depuis le début de la crise post-électorale fin novembre, d'»offensive du désespoir» du pouvoir.

«Pendant six heures (samedi), on a entendu les balles siffler, on a eu la peur de notre vie», a raconté à l'AFP un cadre de banque habitant à Angré, au nord du quartier résidentiel de Cocody et à proximité immédiate des combats dans le sud du quartier d'Abobo.

Coupure d'électricité

Un important déploiement des forces de sécurité pro-Gbagbo était visible dimanche dans le quartier d'Angré. Les militaires pro-Gbagbo tenaient notamment un barrage sur un axe routier reliant Angré à Abobo.

Mais à Abobo comme à Angré, la vie reprenait progressivement, les commerces avaient rouvert, les minibus circulaient, des habitants se rendaient à l'église.

«La nuit, il n'y a pas eu des tirs, c'était calme», a confirmé une habitante d'Abobo, la commune la plus peuplée d'Abidjan avec 1,5 million d'habitants. «Ce (dimanche) matin, c'est toujours calme, les gens sont allés à l'église. Mais l'électricité était coupée par endroit», a-t-elle aussi affirmé.

Appel par Gbagbo auparavant

Pour l'instant, les violences dans la capitale économique sont limitées à Abobo et ses environs immédiats. Mais les activités sont fortement ralenties dans les autres quartiers.

Le président sortant a tenu samedi soir «à rassurer la population quant à l'issue certaine de cette crise» post-électorale, selon un communiqué lu à la télévision. Il «appelle toute la population à rester calme et l'informe qu'il s'adressera bientôt à toute la nation», ajoutait le document.

(afp)