France

22 novembre 2019 21:42; Act: 22.11.2019 21:50 Print

En prison pour être partie en Syrie avec ses enfants

Une femme radicalisée avait quitté la France avec trois fillettes de 3 à 5 ans et un bébé de trois semaines. Elle a été condamnée à 14 ans de prison.

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La cour d'assises spéciale de Paris a condamnée une mère de famille partie en Syrie avec ses quatre jeunes enfants. (Photo: AFP/archive/photo d'illustration)

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Une «participation en connaissance de cause à une entreprise criminelle (...) sanguinaire»: la cour d'assises spéciale de Paris a condamné vendredi à 14 ans de prison une mère partie en Syrie en 2014 avec son compagnon et quatre jeunes enfants.

Face à des faits «d'une particulière gravité», «seule une peine ferme significative pouvait être prononcée», a estimé le président. Jihane M., 38 ans, était jugée depuis lundi pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, soustraction d'enfant et délaissement de mineur.

Les magistrats professionnels ont suivi les réquisitions de l'avocat général, qui avait décrit plus tôt l'accusée comme une personnalité d'un «égocentrisme effroyable», n'ayant montré «à aucun moment une capacité d'empathie».

Jihane M. est apparue visiblement choquée à l'annonce du verdict. «Nous considérons la peine comme totalement disproportionnée, et nous allons évidemment interjeter appel» ont déclaré ces deux avocats, Me Clémence Witt, et Me Florian Lastelle.

Présumé mort au combat

En août 2014, Jihane M. avait quitté l'Isère avec son compagnon Eddy L., radicalisé comme elle, et aujourd'hui présumé mort au combat en Syrie, en compagnie de trois fillettes nées de leurs précédentes unions - âgées alors de 3 à 5 ans - et de leur bébé de trois semaines. Ils avaient rejoint l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) à Raqa.

Elle avait été interpellée le 10 octobre 2016 à l'aéroport de Roissy alors qu'elle rentrait de Syrie avec ses trois enfants, mais sans la fille de son compagnon. Nul n'a de nouvelles de cette fillette, Jana, depuis plus de trois ans.

«Ce départ en Syrie, ce n'est absolument pas un accident de parcours, c'est l'aboutissement d'années de radicalisation», avait martelé l'avocat général, en ajoutant : «La vie de leurs propres enfants n'importe pas tant que ça, en comparaison de leur projet (de départ en Syrie).»

«Je ne discerne aucune réelle volonté de retour avant 2016», avait souligné le magistrat, qui avait évoqué un dossier «bouleversant» en raison de l'émotion autour de la disparition de Jana.

Pour l'avocate de la mère de Jana, partie civile, Me Samia Maktouf, cette peine était «nécessaire pour une prise de conscience», et pour que Jihane M. «serve d'exemple aux autres mamans parties avec des enfants.»

Pas de «haine de la France»

La défense avait de son côté déploré l'absence d'examen psychiatrique approfondi pour Jihane M. «Notre cliente, devant vous, elle a le regard vitreux (...) à cause de tous les médicaments qu'elle prend. Elle est malade et traverse une dépression extrêmement sévère», avait expliqué Me Clémence Witt.

Selon la défense, cette dépression n'était pas récente, et datait même d'avant la radicalisation de leur cliente en 2011. Me Witt avait même indiqué que sa cliente avait développé une «pharmaco-résistance» aux anti-dépresseurs classiques et suivait aujourd'hui «un traitement de cheval».

Sa vulnérabilité, avait-elle ajouté, en a fait «une cible parfaite pour la petite bande de voisines radicalisées», à l'origine de la radicalisation de Jihane M.

Me Lastelle, quant à lui, avait principalement attribué le départ du couple en Syrie aux choix d'Eddy L. Même s'il ne veut pas «rejeter la responsabilité sur un absent, sur un mort», l'avocat estime ainsi que «le poids de son absence ne doit pas être porté par Jihane M».

Profonds regrets

La défense s'était aussi attardée sur l'absence de ressentiment envers la France : «Jamais Jihane M. n'a émis la moindre idée d'une haine de la France» avait affirmé Me Lastelle, en parlant d'un «échec (...) à s'intégrer dans cette société».

Dans ses derniers mots à la cour, l'accusée avait dit: «Je regrette profondément tout ce qu'il s'est passé». Elle avait également demandé pardon à la famille de Jana, à son ex-mari, et à sa famille qu'elle a «profondément blessée».

L'ex-femme d'Eddy L, Zahia B., partie à la même période en Syrie et également recherchée, était, comme lui, jugée par défaut par la cour d'assises spéciale. Trente ans de réclusion ont été prononcés contre Eddy L., et 10 ans contre Zahia B.

Le chef de l'EI est mort

(nxp/afp)