Maroc

06 avril 2019 01:31; Act: 06.04.2019 02:53 Print

Peines confirmées pour les militants du «Hirak»

Un jugement en appel a confirmé vendredi des peines allant jusqu'à 20 ans de prison pour les meneurs du mouvement de protestation du «Hirak».

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Un jugement en appel a confirmé vendredi des peines allant jusqu'à 20 ans de prison pour les meneurs du mouvement de protestation du «Hirak». (5 avril 2019) À l'occasion de l'Aïd al-Adha, Mohammed VI a gracié 188 personnes liées au mouvement de protestation «Hirak» condamnées en juin. Quatre des meneurs du mouvement de contestation sociale qui agité le Maroc en 2016-2017, dont Nasser Zefzafi, ont été condamnés lundi soir, à Casablanca, à 20 ans de prison pour «complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat». (Lundi 25 juin 2018 - Image d'archive) Al-Hoceïma a commémoré sous haute surveillance la mort, il y a un an, d'un vendeur de poison. Ce fut le début du mouvement de contestation. (Dimanche 29 octobre 2017) Le roi du Maroc a limogé trois ministres pour des dysfonctionnement dans la région du Rif, le jour même où s'ouvrait le procès de Nasser Zefzafi, leader du mouvement de contestation. (Mardi 24 octobre 2017) Le roi du Maroc Mohammed VI a gracié samedi soir une partie des détenus du mouvement de contestation qui agite la région du Rif, a indiqué le ministère de la justice. Leur nombre n'a pas été précisé. (Samedi 29 juillet 2017) Des heurts entre police et manifestants ont fait des dizaines de blessés à Al-Hoceïma. L'appel à une grande marche interdite avait été maintenu. (Jeudi 20 juillet 2017) Après huit mois de contestation populaire, les forces de l'ordre ont entamé un retrait « progressif » de lieux publics symboliques à Al-Hoceïma. (5 juillet 2017) Mohammed VI a tancé ses ministres pour le retard qu'accuse le programme de développement dédié à la ville d'Al-Hoceima. (Dimanche 25 juin 2017) Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche 11 juin à Rabat pour soutenir le mouvement de contestation dans le nord du Maroc. (dimanche 11 juin 2017) A l'appel de la manifestation de Rabat, dimanche, certains partis de gauche, de Justice et bienfaisance, des militants de la cause berbère, et d'activistes du «20 février», cette vague de protestation de 2011. (Image - dimanche 11 juin 2017) Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche 11 juin à Rabat pour soutenir le mouvement de contestation dans le nord du Maroc (dimanche 11 juin 2017). 'Liberté', 'non à la militarisation', réclament ces pancartes tenues par un manifestant à Rabat dimanche. Abus de pouvoir, cause berbère, lutte contre la corruption, les luttes et messages convergeaient, dans ce cortège (dimanche 11 juin 2017). Samedi 10 juin au soir, de nouvelles manifestations ont eu lieu à Al-Hoceïma et à Imzouren, sans incident. Au moins 4 personnes ainsi qu'une figure connue de la contestation, El Mortada Iamrachen, ont été arrêtés ces dernières 24 heures. (Samedi 10 juin 2017) Selon les derniers chiffres officiels, à la date de samedi 10 juin, 86 personnes avaient été présentées à la justice. Une trentaine d'entre elles ont été placées en détention préventive, accusées de lourdes charges, et notamment «d'atteinte à la sécurité intérieure». (Image - samedi 10 juin 2017) Selon la presse marocaine, l'Etat voit sa marge de manoeuvre se réduire pour calmer les manifestations dans le nord du Maroc. (Lundi 5 juin 2017) Des affrontements ont encore opposé vendredi après-midi manifestants et policiers dans une localité de la province d'Al-Hoceïma, dans le nord du Maroc, théâtre d'une vive contestation populaire depuis une semaine. (Vendredi 2 juin 2017) «Hirak», c'est le mouvement de contestation populaire qui agite depuis près de sept mois la province d'Al-Hoceïma. Il revendique le développement de cette région du Rif qu'il estime «marginalisé». (Mercredi 31 mai 2017) Nasser Zefzafi, son leader, ainsi que ses principaux animateurs ont été arrêtés en début de semaine par la police et sont accusés notamment «d'atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat». (Lundi 29 mai 2017) La province est depuis lors en ébullition. A l'exception de quelques heurts le week-end dernier, la contestation, avec manifestations nocturnes quotidiennes depuis une semaine, est restée pacifique dans la ville d'Al-Hoceïma, mais elle est nettement plus tendue à Imzouren. (Mercredi 31 mai 2017) Vendredi, plusieurs centaines de jeunes s'en prenaient à coups de pierres aux forces anti-émeutes, qui de leur côté ont fait usage d'un canon à eau, lançaient des pierres. (Vendredi 2 juin 2017) A Imzouren, la ville observe depuis vendredi un mouvement de grève générale, avec la quasi-totalité des commerces fermés, selon le même activiste. (Vendredi 2 juin 2017) La province est depuis lors en ébullition. A l'exception de quelques heurts le week-end dernier, la contestation, avec manifestations nocturnes quotidiennes depuis une semaine, est restée pacifique dans la ville d'Al-Hoceïma, mais elle est nettement plus tendue à Imzouren. (Jeudi 1er juin 2017) Alors que les manifestations se succèdent, Nasser Zefzafi, qui était en fuite depuis la fin du mois de mai, reste en détention. (Vendredi 2 juin 2017) Cette région pauvre du Rif s'estime oubliée du pouvoir marocain. (Jeudi 1er juin 2017)

Une faute?

La justice marocaine a confirmé vendredi à Casablanca les peines de prison allant jusqu'à 20 ans pour les meneurs du Hirak, mouvement de protestation qui a agité en 2016-2017 la région marocaine du Rif (nord).

Les proches des 42 prévenus ont accueilli par des cris de colère et des larmes le jugement de la Cour d'appel de Casablanca, prononcé après cinq heures de délibéré, au terme d'un procès ouvert en novembre. «Vive le peuple», «Etat corrompu», «vive le Rif», a crié la foule à la sortie de la salle d'audience.

Jugé pour «complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat», Nasser Zefzafi, le leader du Hirak (mouvance, nom donné localement au mouvement portant des revendications sociales et économiques), devra donc purger une peine de 20 ans de prison ferme, comme trois autres militants du noyau dur de la contestation. Les autres peines vont de 1 à 15 ans de réclusion.

Le journaliste Hamid el-Mahdaoui qui avait souhaité vendredi dans son ultime plaidoyer ne pas être puni pour un «crime imaginaire» a vu confirmée sa condamnation à trois ans de prison pour ne pas avoir alerté la police des appels d'un inconnu lui proposant des armes. «C'est une injustice», a lancé à la presse son épouse en pleurs, en décrivant comme un «journaliste libre» celui qui dirigeait un site internet fermé depuis.

«Aucun espoir»

«Il n'y a aucun espoir (...) ce procès a été une injustice depuis ses débuts et c'est ainsi qu'il s'est conclu», a déploré Souad Brahma, une avocate de la défense. «On ne peut pas commenter une décision de justice et personne n'a le droit de le faire», a pour sa part souligné Mohamed Kerrout, un avocat qui représente l'Etat.

Nasser Zefzafi, 39 ans, s'était imposé comme le visage de la contestation avec ses discours virulents contre l'Etat «corrompu» ou «l'arbitraire» du pouvoir. Il a boycotté son procès en appel, comme 37 autres prévenus en détention, après avoir dénoncé en première instance un procès «politique».

L'accusation avait requis d'alourdir en appel toutes les peines qui ne correspondaient pas au maximum prévu par le code pénal. Comme en première instance, les avocats de la défense ont refusé de plaider en réclamant un procès «équitable».

Pendant les délibérations, plusieurs dizaines de personnes - des familles, des militants du Hirak ou des droits humains - ont manifesté devant le tribunal sous une fine pluie pour demander la libération des «détenus politiques». «C'est la politique de la peur qui est opérée depuis pas mal de temps déjà, pour dire à tous ceux qui ont des revendications qu'il vaut mieux qu'ils se taisent», a regretté après le jugement Nabila Mounib, femme politique et figure de la gauche marocaine.

Procès-fleuve

Les 42 militants du Hirak, un mouvement accusé de visées séparatistes par le pouvoir, avaient été condamnés en première instance à Casablanca en juin dernier, au terme d'un procès-fleuve impliquant au total 53 accusés.

Les peines prononcées avaient à l'époque suscité des réactions d'incompréhension et d'indignation dans le royaume, des manifestations appelant à leur amnistie ou à leur libération, mais aussi des critiques de plusieurs organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch. Onze des condamnés de Casablanca avaient été graciés en août par le roi du Maroc Mohammed VI.

Cette semaine, un groupe de 24 eurodéputés (verts et gauche unitaire) ont appelé à la libération immédiate de tous les prisonniers du mouvement populaire« du Hirak. En réponse aux critiques, les autorités marocaines ont toujours assuré que le processus judiciaire était en tout point conforme aux normes internationales, en soulignant que la justice était indépendante.

»Certains ont dit que les sentences étaient sévères. Sur quel critère? D'un point de vue affectif, un jour en prison c'est beaucoup. Mais pas selon la loi. Tous les pays prévoient des peines lourdes pour la mise à feu volontaire«, a souligné Me Kerrout vendredi soir. »Pour le recours en cassation, cela va dépendre de la décision que vont prendre les intéressés", a indiqué Mohamed Aghennaj, un avocat de la défense.

La protestation populaire du Hirak a été déclenchée par la mort, en octobre 2016, d'un vendeur de poissons, broyé dans une benne à ordures en tentant de s'opposer à la saisie de sa marchandise.

(nxp/afp)