Inde-Pakistan

09 novembre 2019 11:33; Act: 09.11.2019 14:51 Print

Quand la religion adoucit les moeurs

La révocation de l'autonomie du Cachemire avait accru les tensions entre l'Inde et le Pakistan. Mais ces deux Etats font un compromis pour les 550 ans du sikhisme.

Kartarpur est un des lieux les plus sacrés au monde pour les fidèles sikhs, dont le nombre est estimé à quelque 30 millions dans le monde.
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Des centaines de sikhs indiens ont franchi samedi la frontière indo-pakistanaise pour se rendre dans un des lieux les plus saints de leur religion, situé au Pakistan, en un puissant symbole de coopération entre deux nations à couteaux tirés depuis des décennies.

L'ouverture d'un corridor spécialement conçu à l'intention des pèlerins sikhs, réclamée de longue date par New Delhi, va permettre à des milliers d'entre eux de participer sans visa aux célébrations du 550e anniversaire du fondateur de la religion Gourou Nanak dans les prochains jours.

Son mausolée se trouve dans la petite ville pakistanaise de Kartarpur, dans la province du Pendjab, à seulement 4 km de la frontière indienne. Les fidèles se rendent vers le gurdwara Darbar Sahib Kartarpur, que vous pouvez admirer dans la vidéo ci-dessous.

L'Inde remercie le Pakistan

Parmi les premières personnes à passer le portail figurait l'ancien Premier ministre indien Manmohan Singh qui a salué un «grand moment». «J'espère que les relations entre le Pakistan et l'Inde vont s'améliorer après l'ouverture de Kartarpur», a-t-il affirmé à la chaîne PTV.

«L'ouverture du corridor de Kartarpur Sahib avant le 550e anniversaire de Gourou Nanak nous a comblés de joie», avait auparavant lancé le Premier ministre indien Narendra Modi lors d'un discours depuis la ville frontalière de Dera Baba Nanak.

«Je voudrais remercier le Premier ministre du Pakistan Imran Khan pour son respect des sentiments de l'Inde. Je le remercie pour sa coopération», a-t-il ajouté. Imran Khan devrait à son tour s'exprimer lors d'une cérémonie à Kartarpur.

Dès l'aube de samedi, des centaines de personnes dont de nombreux hommes arborant des barbes et les turbans colorés caractéristiques du sikhisme, avaient commencé à affluer en direction du site de chaque côté de la frontière.

Restrictions de visa

Kartarpur est un des lieux les plus sacrés au monde pour les fidèles sikhs, dont le nombre est estimé à quelque 30 millions dans le monde, dont plusieurs millions en Inde et environ 20'000 au Pakistan.

Le site n'était jusqu'ici que très difficilement accessible aux sikhs indiens, soumis comme la plupart de leurs compatriotes à des restrictions de visa en raison des tensions géopolitiques qui opposent les deux pays depuis leur indépendance de la couronne britannique en 1947.

La violente partition entre Inde et Pakistan qui avait immédiatement suivi la décolonisation s'était traduite par la plus importante migration de masse de l'Histoire et avait causé la mort d'au moins un million de personnes.

Nombre de familles sikhes, musulmanes ou hindoues s'étaient retrouvées brutalement divisées dans le chaos de la partition et restent dans l'incapacité de se retrouver depuis en raison des difficultés à obtenir un visa.

Manque de dialogue

Le projet de corridor sikh vers Kartarpur est longtemps demeuré gelé faute de dialogue entre les deux pays voisins. Paradoxalement, il se réalise à un moment où les relations entre les deux puissances nucléaires sont particulièrement difficiles.

Inde et Pakistan se disputent le territoire du Cachemire et se sont livré trois guerres en l'espace de 72 ans. Ils ont frôlé une nouvelle confrontation militaire en février et tentent chacun de gagner la communauté internationale à leur cause.

Un accord indo-pakistanais pour la création du corridor a malgré tout vu le jour fin octobre après plusieurs mois de discussions parfois houleuses.

«Notre souhait d'une vie»

Le site de Kartarpur, désormais embelli et agrandi, doté d'un nouveau pont et d'un point de contrôle pour l'immigration, pourra accueillir quelque 5000 pèlerins chaque jour.

Nombre de sikhs venus du monde entier - munis de visas - sont déjà arrivés au Pakistan ces derniers jours en vue des célébrations, a constaté l'AFP.

«C'est notre souhait d'une vie entière qui se réalise, nous n'avions jamais imaginé cela» s'émeut Manees Kaur Wadha, une pèlerine indienne près du site samedi.

«Depuis l'enfance, nos anciens nous ont raconté tant d'histoires sur le Pakistan, comment ils venaient de là, mais nous n'aurions jamais imaginé que nous pourrions le voir et éprouver de tels sentiments», lance-t-elle.

(nxp/ats)