Pays du Golfe

10 décembre 2013 10:27; Act: 10.12.2013 10:38 Print

Plus que jamais divisés sur l'union et l'Iran

Les six monarchies pétrolières du Golfe tiennent mardi à Koweït leur sommet annuel au milieu de divisions sur un projet d'union proposé par l'Arabie saoudite et sur l'attitude à adopter face à leur voisin iranien.

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Le sommet, qui s'ouvre en fin d'après-midi, a été précédé par un coup de tonnerre du sultanat d'Oman, qui a menacé de se retirer du Conseil de coopération du Golfe (CCG) si le projet saoudien d'union est adopté.

«Nous sommes contre l'union des pays du CCG», a déclaré le ministre omanais des Affaires étrangères, Youssef ben Alaoui, quatre jours avant le sommet, lors d'un forum sur la sécurité régionale à Bahreïn.

Il réagissait à un discours du ministre d'Etat saoudien pour les Affaires étrangères, Nizar Madani, qui a appelé les pays du CCG à s'unir pour faire face aux nombreux défis auxquels la région est confrontée.
Jamais un membre du CCG n'a été aussi clair dans son refus de ce projet défendu par Ryad qui s'inquiète d'une influence régionale grandissante de l'Iran, notamment après à son accord avec les puissances mondiales sur son programme nucléaire.

Crises internes

«Le CCG traverse des crises internes», a souligné à l'AFP Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, basé à Paris, en citant «les divisions entre ses membres et les divergences sur l'attitude à adopter face à l'Iran».

«Certains pays comme le Qatar craignent, même s'ils ont verbalement soutenu le projet saoudien, une hégémonie de Ryad», estime M. Basbous.
Selon les analystes, les relations sont en outre tendues entre l'Arabie saoudite et le Qatar, les deux pays sont aux antipodes sur les dossiers syrien et égyptien.

D'autres pays membres comme les Emirats arabes unis ne se montrent pas enthousiastes pour le projet saoudien.
Mardi, l'influent quotidien Al-Khaleej de Charjah, qui reflète les vues officielles des Emirats, a clairement souligné qu'il convenait avant d'envisager une telle union de mettre fin aux divergences au sein du CCG.
Le ministre d'Etat koweïtien au Conseil des ministre, cheikh Mohammad Abdallah Al-Sabah a laissé entendre à la veille du sommet que ce projet ne serait pas abordé à Koweït.
«Une fois le consensus obtenu, un sommet spécial serait convoqué à Ryad à ce sujet», a-t-il déclaré lundi à la presse.

L'offensive de charme lancée par l'Iran en direction de ses voisins arabes après la signature de l'accord sur le nucléaire en novembre à Genève divise en outre ses voisins du Golfe. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif s'est rendu récemment dans quatre des pays du CCG (Emirats arabes unis, Oman, Qatar et Koweït).

En dépit de ses appels du pied en direction de l'Arabie saoudite qu'il a invitée à ouvrir une nouvelle page dans les relations avec les deux pays, il n'a pas été reçu à Ryad et s'est abstenu de se rendre à Bahreïn, dont les autorités soupçonnent Téhéran de soutenir en sous-main la contestation chiite dans ce petit allié des Saoudiens.

«Très en colère»

«L'Arabie saoudite est très en colère à propos du rapprochement entre l'Iran et les Etats-Unis et y voit un coup de poignard dans le dos», selon M. Basbous.

Des responsables saoudiens ont publiquement exprimé leur déception des Etats-Unis auxquels ils reprochent en outre leur passivité en Syrie face au régime du président Bachar al-Assad.
«Les divergence sont réelles au sein du CCG mais le besoin de plus de rapprochement existe», tempère l'analyste Abdel Khaleq Abdallah des Emirats arabes unis.
«Le CCG connaît des hauts et des bas mais il est là pour perdurer», a-t-il ajouté.

Au plan économique, les pays du CCG qui contrôlent 40% des réserves pétrolières mondiales et le quart des réserves de gaz, vont remettre sur la table leur projet d'intégration qu'il peinent à concrétiser depuis la création de ce regroupement régional en 1981.

(ats)