France

19 novembre 2019 04:13; Act: 19.11.2019 18:04 Print

Pont effondré: le camion était beaucoup trop lourd

Le camion ayant emprunté le pont suspendu qui s'est effondré lundi à Mirepoix-sur-Tarn pesait avec son chargement «plus de 50 tonnes», soit plus du double du poids maximal autorisé.

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Le camion ayant emprunté le pont suspendu qui s'est effondré lundi à Mirepoix-sur-Tarn (Haute-Garonne) pesait «plus de 50 tonnes» et semble être «la cause immédiate» de l'accident ayant fait deux morts, a indiqué mardi le procureur de Toulouse.

«Le fait que ce véhicule lourd ait emprunté ce pont (...) semble être, en l'état des investigations, la cause immédiate et apparente de l'accident», a déclaré Dominique Alzeari lors d'une conférence de presse, précisant que le véhicule pesait «plus de 50 tonnes». Le pont datant de 1931 avait une capacité maximale de 19 tonnes.

L'ouvrage, une structure métallique datant de 1931 surplombant la rivière Tarn, pouvait supporter une charge maximale de 19 tonnes, et un panneau à son entrée interdisait l'accès aux véhicules excédant ce tonnage.

L'effondrement a été spectaculaire: le tablier du pont s'est quasiment entièrement affaissé et sa chaussée a été presque coupée en deux, plongeant dans la rivière, profonde de plus de 20 mètres et large de 100 mètres à cet endroit.

Effondrement d'un pont près de Toulouse

Le pont avait été contrôlé

«Si c'était le chauffeur d'une entreprise d'ailleurs, j'aurais compris, mais le chauffeur du camion était d'ici, ça m'étonne qu'il se soit engagé avec un tonnage de 50 tonnes ou plus», a ajouté l'élu de ce village d'un millier d'habitants à 30 minutes de Toulouse.

Le pont de structure métallique «avait fait, semble-t-il, l'objet d'un suivi correct», selon le procureur de Toulouse. L'ouvrage, qui mesurait 155 mètres de long et 6,50 mètres de large, ne présentait «aucun problème de structure» lors de sa dernière inspection détaillée en 2017, et le dernier contrôle a eu lieu en décembre 2018.

Son tablier s'est pourtant presque totalement effondré dans le Tarn, profond de plus de 20 mètres et large de 100 mètres dans cette zone, précipitant dans l'eau les deux véhicules qui s'y trouvaient: la voiture où prenait place l'adolescente, conduite par sa mère, et le poids lourd.

Les habitants, qui empruntent régulièrement cette desserte, majeure pour leur localité, ont été d'autant plus choqués que des bus scolaires venaient d'y passer, selon un témoin. «Ça aurait pu être moi, ce pont je le prends tous les jours», s'effrayait rétrospectivement Emilie Mulero, une infirmière de 37 ans.

Enquête administrative aussi

Deux personnes ont trouvé la mort dans l'accident: une adolescente de 15 ans et le conducteur du camion. Le corps de la jeune fille, élève en première dans un lycée privé d'enseignement professionnel des environs, a été rapidement repêché, tandis que sa mère a pu être secourue par des témoins.

Celui du chauffeur n'a été retrouvé que plus tard dans l'après-midi. Il a été repêché dans la nuit, après de longues opérations compliquées par le courant pour l'extraire de la cabine du camion, compactée sous le choc.

Selon Éric Oget, le maire de cette localité, le poids lourds était un «porte-char de transport de grue». Il appartenait à une entreprise locale de forage, qui a été perquisitionnée.

Selon le président de la communauté de communes, Jean-Marc Dumoulin, le passage de camions en surpoids n'y était pas exceptionnel, ce qui aurait pu le fragiliser. Alors que l'accident a relancé les inquiétudes sur l'état des ponts en France, le Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) a été chargé par le gouvernement de mener ses propres investigations.

Une dangerosité généralisée ?

L'ouvrage, rénové en 2003, «n'était pas classé à surveillance renforcée ou en état critique», selon Georges Tempez, du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema).

Cet organisme public en avait réalisé en 2017 une inspection détaillée pour le compte du Conseil départemental. Un dernier contrôle avait aussi été mené en décembre 2018. Mais si un pont non recensé comme dangereux s'effondre, «qu'en est-il des ponts qui sont clairement identifiés comme présentant un risque?», s'est inquiété le sénateur PS Michel Dagbert.

Ce drame «illustre malheureusement» les conclusions de la mission d'information sénatoriale sur la sécurité des ponts, à savoir qu'il y a «une vraie dangerosité de l'état de nos ponts», a pour sa part déclaré son président Hervé Maurey.

Mise en place après l'effondrement du viaduc autoroutier de Gênes (Italie), qui a fait 43 morts en août 2018, la mission d'information avait appelé fin juin à «un plan Marshall pour éviter un drame», réclamant un audit des ponts.

Selon ses conclusions, au moins 25'000 ponts français «sont en mauvais état structurel», sur les 200'000 à 250'000 ouvrages que compte le pays, leur nombre exact n'étant pas connu. D'autres ponts suspendus desservent aussi la région, construits après les crues du Tarn de 1930 qui avaient endommagé les ponts anciens.

(nxp/afp)