Ukraine

18 avril 2019 18:36; Act: 18.04.2019 18:36 Print

Porochenko dramatise la fin de campagne

Le président sortant, qui vise un second mandat, est largement devancé dans les sondages par le comédien Volodymyr Zelensky.

storybild

Petro Porochenko a demandé pardon à ses électeurs. (Photo: AFP)

Une faute?

Menacé d'une cinglante défaite à la présidentielle, le sortant Petro Porochenko a demandé jeudi le «pardon» des électeurs pour ses erreurs, et de lui confier un second mandat. Il a aussi mis en avant les risques pesant sur son pays.

Cinq ans après avoir été porté au pouvoir par la révolution pro-occidentale du Maïdan, le chef de l'Etat de 53 ans est largement devancé dans les sondages par le comédien Volodymyr Zelensky, un novice en politique de 41 ans qui a fait campagne sur les réseaux sociaux.

A trois jours du scrutin et à la veille d'un débat très attendu avec son rival, il s'est livré lors d'une allocution télévisée à une autocritique pour son incapacité à mettre fin au conflit avec des séparatistes prorusses qui a fait près de 13'000 morts depuis 2014 dans l'est de l'Ukraine, et à mener à bien la lutte contre la corruption.

«Je vous demande sincèrement pardon», a-t-il assuré. «Je sais comme il vous est difficile de me pardonner mes erreurs et de me croire. Oui, c'est de ma faute. Pour achever ce qui a été commencé et ne pas perdre ce qui a été fait, je demande votre soutien le 21 avril».

Lourde tâche

Malgré les efforts de Petro Porochenko, la tâche s'annonce titanesque pour rattraper son rival, qui, sans aucune expérience politique, est arrivé largement en tête du premier tour avec plus de 30% des voix.

Symbole pour ses partisans de bouffée d'air frais dans une classe politique incapable d'améliorer le niveau de vie et de mettre fin à la corruption qui ronge le pays, Volodymyr Zelensky est crédité de 73% des intentions de vote pour le second tour, contre 27% pour son rival, selon un sondage publié jeudi par l'institut Rating.

Il semble donc bien parti pour l'emporter dimanche, dans un nouveau soubresaut de la vague mondiale de rejet des élites.

L'inconnue Zelensky

Au-delà de sa promesse de maintenir le cap pro-occidental pris en 2014, la politique que mènerait M. Zelensky reste une grande inconnue même s'il a tenté entre les deux tours de renforcer sa crédibilité, s'entourant de conseillers plus expérimentés et se rendant à Paris pour rencontrer la semaine dernière le président Emmanuel Macron.

Face à l'humoriste, le président sortant ne cesse d'insister ces derniers jours sur son expérience de commandant en chef en temps de guerre et d'interlocuteur incontournable sur la scène diplomatique, à la tête d'un Etat à l'emplacement stratégique entre l'Union européenne et la Russie.

Il a une nouvelle fois jeudi brandi les menaces considérables qui pèsent sur son pays. Vladimir «Poutine compte sur le fait qu'il y aura un novice faible, non préparé et incompétent au poste de président ukrainien», a lancé M. Porochenko.

Jugement attaqué

Il s'en est pris aussi à un jugement annulant un sauvetage bancaire majeur de son mandat, dans l'un de ces revirements dont l'Ukraine a le secret mêlant justice, finance, politique et un sulfureux oligarque.

«Une telle aventure menace des dizaines de millions de clients d'une perte de leur argent, et le pays entier d'une faillite et d'une nouvelle crise économique», a insisté M. Porochenko.

La décision prononcée par un tribunal administratif de Kiev annule la nationalisation en catastrophe de PrivatBank fin 2016. Cette opération aux enjeux majeurs pour les économies des Ukrainiens est explosive politiquement en raison de l'identité du principal actionnaire de l'établissement au moment du sauvetage: Igor Kolomoïski, ennemi de Petro Porochenko accusé d'oeuvrer à l'élection de Volodymyr Zelensky.

Débat dans un stade

Vendredi les deux candidats doivent débattre devant les 70'000 spectateurs du plus grand stade du pays.

Dès le soir du premier tour, le président a défié son rival de participer à un face à face, comptant mettre en exergue le flou de son programme. Mais Volodymyr Zelensky a transformé cet appel en feuilleton rocambolesque en posant ses conditions, exigeant qu'il ait lieu dans le plus grand stade du pays ou encore que des tests de dépistage de drogue et d'alcoolémie soient conduits.

«Après ce qui a été fait ces cinq dernières années, je pense que je peux me contenter de ne rien dire du tout, et je dois gagner pour donner une chance au pays», a tranché le candidat dans un entretien publié jeudi par le site RBC-Ukraine.

(nxp/ats)