France

01 mars 2019 17:07; Act: 01.03.2019 17:44 Print

Possible procès pour Marine Le Pen

La politicienne d'extrême droite risque de passer devant la justice pour avoir diffusé des images violentes de Daech sur Twitter.

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Mme Le Pen est inculpée dans un autre dossier, celui d'emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires européens du FN, pour «détournements de fonds publics». (Photo: AFP)

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La cheffe de l'extrême droite française, Marine Le Pen, risque de devoir s'expliquer devant un tribunal pour des tweets datant de 2015. Elle avait diffusé des photographies d'exactions du groupe Etat islamique.

Le parquet de Nanterre, près de Paris, a requis le renvoi devant un tribunal correctionnel de la présidente du Rassemblement national (RN), finaliste de la dernière présidentielle en 2017, ainsi que du député RN Gilbert Collard, pour «diffusion d'images violentes», ont indiqué à l'AFP vendredi des sources concordantes, confirmant une information du quotidien Le Parisien.

Après ce réquisitoire, daté du 19 décembre, il revient désormais à la juge d'instruction d'ordonner, ou non, un procès pour les deux élus.

Le 16 décembre 2015, en réponse à un journaliste, Jean-Jacques Bourdin, qu'elle accusait d'avoir «fait un parallèle» entre l'EI et le FN (Front national, devenu depuis RN), Marine Le Pen avait relayé sur Twitter trois photos d'exactions en y ajoutant les mots: «Daech, c'est ça!».

Ces clichés montraient un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et une photo du journaliste américain James Foley, le corps décapité et la tête posée sur le dos.

Tollé provoqué

Quelques semaines après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, près de la capitale, la publication de ces images très violentes avait immédiatement soulevé un tollé au sein de la classe politique et au-delà. Le parquet de Nanterre avait lancé le jour même une enquête après un signalement des clichés par le ministre de l'Intérieur.

Après trois ans d'instruction, le parquet a requis la tenue d'un procès pour les deux élus d'extrême droite, sur la base d'un article du code pénal punissant la diffusion de messages violents susceptibles d'être vus par un mineur, ont indiqué à l'AFP leurs avocats ainsi que le parquet de Nanterre.

«On a détourné totalement ce texte pour l'instrumentaliser contre Marine le Pen, à des fins de persécution politique», a réagi son conseil, Me David Dassa-Le Deist. «Il n'y a jamais eu d'application de ce texte pour la diffusion de photos d'actualité», a-t-il assuré.

«C'est un acharnement», a estimé Me Jean-Marc Descoubes, avocat de Gilbert Collard, selon lequel l'article invoqué n'est pas «applicable» aux faits. L'avocat a indiqué qu'il avait déposé, il y a plusieurs mois, une demande d'annulation de la levée de l'immunité parlementaire de M. Collard devant la justice administrative, qui n'a pas encore tranché.

Une deuxième enquête

M. Collard avait quant à lui relayé la photo d'un homme gisant au sol, le crâne défoncé, avec ce commentaire: «Bourdin compare le FN à Daech: le poids des mots et le choc des bobos!».

Après s'être vu retirer son immunité parlementaire, d'abord en tant qu'eurodéputée puis en tant que députée, Mme Le Pen avait été inculpée le 1er mars 2018, deux mois après M. Collard.

En septembre, elle s'était insurgée contre une expertise psychiatrique ordonnée dans le cadre de cette instruction - un examen pourtant prévu par la procédure pénale. Dénonçant une «méthode» utilisée «dans les régimes totalitaires», elle avait déclaré qu'elle ne s'y rendrait «bien sûr» pas.

Mme Le Pen avait alors publié sur Twitter, in extenso, le document ordonnant cette expertise, signé par la juge d'instruction : dans la foulée, une nouvelle enquête a été ouverte - la loi interdisant la publication d'un acte de procédure judiciaire avant une audience publique.

Mme Le Pen est inculpée dans un autre dossier, celui d'emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires européens du FN, pour «détournements de fonds publics».

(nxp/ats)