Russie

07 mai 2012 10:11; Act: 07.05.2012 20:04 Print

Poutine investi à la présidence

Vladimir Poutine a prêté lundi serment pour un troisième mandat «déterminant pour le destin de la Russie» selon lui.

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Poutine a prêté serment au Kremlin. (Photo: Reuters)

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Quatre ans après avoir quitté le Kremlin, il retrouve la fonction présidentielle, confronté à un front d'oppositions hostile à son retour au Kremlin.

«Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour justifier la confiance de millions de nos concitoyens. C'est le sens de toute ma vie et mon devoir de servir mon pays et mon peuple», a dit le nouveau président lors d'une brève allocution.

M. Poutine, qui occupait le poste de Premier ministre après avoir été président de 2000 à 2008, a succédé officiellement à Dmitri Medvedev lors d'une cérémonie dans la fastueuse salle Saint-Georges du Kremlin, devant quelque 3000 invités.

Après avoir défilé sur un long tapis rouge sous les applaudissements, M. Poutine a prêté serment sur la Constitution, promettant «de respecter et protéger les droits et les libertés des citoyens». Une trentaine de salves de canon ont été tirées à l'extérieur et les cloches des églises du Kremlin ont sonné à toute volée.

Dans l'assistance se trouvaient le Patriarche de l'Eglise orthodoxe russe Kirill, le grand rabbin Berl Lazar, l'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi, le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev et l'ex-chancelier allemand Gerhard Schroeder.

Bénédiction et valise nucléaire

Peu après, M. Poutine s'est vu remettre la valise contenant le dispositif de communication permettant de déclencher une attaque nucléaire.

Il a ensuite assisté avec son épouse Lioudmilla, qui n'apparaît que très rarement en public, à une bénédiction prononcée par le Patriarche Kirill.

Comme prévu, M. Poutine a présenté lundi la candidature de M. Medvedev pour lui succéder en tant que Premier ministre. Ce dernier rencontrera lundi les chefs des groupes parlementaires à la Douma (chambre basse) entamant ainsi le processus de sa confirmation par cette assemblée mardi.

Vladimir Poutine n'a pas manqué de rendre hommage à son second. «Aujourd'hui, nous avons tout pour aller de l'avant et créer un Etat dynamique et en expansion : une base économique et sociale stable, une société civile active et responsable. Je vois en cela un grand service rendu par Dmitri Anatolievitch Medvedev.»

Nouvelles arrestations

Un impressionnant dispositif de sécurité avait été installé lundi aux abords du Kremlin et dans le centre de Moscou où des milliers de policiers ont été déployés.

Des opposants ont néanmoins essayé de se rassembler, sans autorisation, près du Kremlin pour dénoncer la nouvelle présidence Poutine. La police a annoncé avoir interpellé quelque 300 personnes, dont Boris Nemtsov, un ex-vice-Premier ministre.

Dimanche, une manifestation de l'opposition réunissant de 8000 à plusieurs dizaines de milliers de participants à Moscou avait été réprimée violemment par la police. La police a indiqué avoir interpellé 436 personnes, dont le leader du Front de Gauche, Sergueï Oudaltsov et le blogueur anti-corruption Alexeï Navalny.

Jeu de chaises musicales

Elu le 4 mars avec près de 64% des voix lors d'un scrutin entaché de fraudes selon l'opposition, M. Poutine retourne au Kremlin qu'il avait quitté en 2008 pour devenir Premier ministre faute de pouvoir effectuer plus de deux mandats consécutifs, selon la Constitution.

L'ex-agent du KGB avait laissé la place à un subordonné, Dmitri Medvedev. Ce «tandem» semble, avec la permutation des postes en cours, installé durablement au pouvoir.

Si les huit premières années de la présidence Poutine ont été marquées par une reprise en main du pays et une certaine stabilité, après les années libérales mais chaotiques sous Boris Eltsine, ce troisième mandat, passé à six ans, s'annonce plus difficile dans une société qui subit de plein fouet la crise économique et où parallèlement la soif de changements n'a jamais été aussi grande.
Décrets tous azimuts

Le président russe, Vladimir Poutine, a signé quelques heures après son retour au Kremlin lundi une série de décrets concernant aussi bien la modernisation des forces armées, le climat d'investissement que la durée dans les files d'attente des administrations.

Ces décrets, publiés in extenso sur le site du Kremlin, fixent les objectifs de M. Poutine d'ici à 2018, date de la fin de son mandat, voire au-delà, dans les domaines économiques, sociaux et militaires.

Il ordonne notamment de multiplier «d'ici à 2018 les salaires réels par 1,4-1,5%», d'équiper l'armée à 70% de systèmes militaires modernes, ou encore de créer «25 millions d'emplois à haute valeur ajoutée d'ici à 2020».

Il a aussi signé un décret ordonnant que tout soit fait pour que la Russie passe de la 120e place à la 20e dans le classement de la Banque mondiale du climat des affaires.

M. Poutine réclame également la mise en place dès le mois de septembre d'examens de langue et de culture russe pour les immigrés, exceptés pour les «spécialistes hautement qualifiés».

L'homme fort de la Russie s'engage même à ce que personne ne passe plus de 15 minutes dans les files d'attente d'administrations publiques dès 2014, et que le niveau de satisfaction dans la population vis-à-vis de la qualité du service public atteigne 90% en 2018.

(ats/afp)