Législatives russes

15 décembre 2011 16:14; Act: 15.12.2011 16:19 Print

Poutine ironise sur la contestation

Vladimir Poutine s'est moqué jeudi de la contestation née suite aux résultats des législatives russes.

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Le premier ministre russe Vladimir Poutine a exclu jeudi de remettre en cause les résultats des législatives et a ironisé sur l'opposition. A trois mois de la présidentielle, il a assuré qu'il tiendrait le pays face à la crise et aux menaces de déstabilisation étrangères.

Cinq jours après des manifestations sans précédent de l'opposition qui conteste la victoire du parti au pouvoir Russie unie aux élections du 4 décembre, l'homme fort du pays a répondu pendant plus de quatre heures aux questions généralement sans aspérités de journalistes, personnalités, et à celles, sélectionnées, de ses concitoyens.

Une séance de communication télévisée à laquelle il se livre tous les ans depuis une décennie, sur un ton volontiers paternaliste, en présence de nombreuses personnalités comme le cinéaste Nikita Mikhalkov et le chef d'orchestre Valeri Guerguiev.

«Le fait que les gens s'expriment sur ce qui se passe dans le pays, c'est une chose absolument normale. Tant que cela reste dans le cadre de la loi», a déclaré M. Poutine. «A mon avis, le résultat de ces élections reflète indéniablement l'état des forces dans le pays», a-t-il ajouté.

Humour «poutinien»

Quelques minutes plus tard, il a toutefois dénoncé à nouveau des tentatives de «déstabilisation» ourdies à partir de l'étranger. Il a affirmé que l'opposition avait payé des jeunes gens pour manifester.

«Franchement, quand j'ai vu à l'écran ce que certains avaient sur la poitrine, ce n'est peut-être pas très correct, mais j'ai cru que c'était pour la propagande de la lutte contre le sida, que c'étaient, disons, des contraceptifs», a également ironisé M. Poutine à propos du ruban blanc devenu le symbole de la contestation.

Malgré un net recul, Russie unie, son parti, est arrivé en tête des législatives avec 49 % des voix. Mais ces résultats sont contestés par l'opposition.

Des «vassaux»

Selon lui, le véritable objectif de l'opposition, dont un des principaux slogans est «La Russie sans Poutine !», est l'élection présidentielle de mars à l'occasion de laquelle il a annoncé son intention de revenir au Kremlin.

Président de 2000 à 2008, M. Poutine est depuis lors chef du gouvernement faute d'avoir pu enchaîner plus de deux mandats consécutifs, mais il est resté le véritable homme fort du pays.

L'ex-agent du KGB a réitéré ses accusations contre un «plan mis au point à l'étranger pour déstabiliser la société». «Nous aimerions être alliés aux Etats-Unis, mais (...) parfois j'ai l'impression que l'Amérique ne veut pas d'alliés, qu'elle veut des vassaux», a déclaré M. Poutine.

Il avait accusé Washington la semaine dernière d'avoir encouragé un scénario du «chaos» en Russie et d'y consacrer des «centaines de milliers de dollars». «Il faut couper court à tout cela, totalement», a dit M. Poutine.

Préoccupation européenne

De son côté, le président de l'Union européenne (UE), Herman Van Rompuy, a réitéré jeudi la préoccupation des Européens sur les résultats des élections russes tout en estimant que les dernières manifestations de protestation avaient été «très bien gérées» par les autorités.

Nostalgique affiché de la puissance soviétique, M. Poutine a répété ses regrets à l'égard de l'explosion de l'URSS, intervenue en décembre 1991. «Il aurait fallu constamment et courageusement, sans rester la tête dans le sable et le cul en l'air, lutter pour l'intégrité territoriale de notre Etat», a-t-il dit, avec le langage volontiers populaire qu'il affectionne.

Vingt ans après, la Russie est toujours menacée, a affirmé M.'Poutine, se positionnant clairement en leader providentiel, à trois mois de son retour annoncé au Kremlin. Il s'est en revanche refusé à dire «que tout est réglé et que tout est stable».

M. Poutine a également vanté son bilan économique et a mis en garde contre le risque de répercussion de la crise mondiale sur la Russie. Quand il ne sentira plus le soutien populaire, «je ne resterai pas un jour de plus», a assuré M. Poutine, qui pourrait se maintenir au pouvoir pour deux nouveaux mandats, allongés dernièrement à six ans, soit jusqu'en 2024.

(ats/afp)