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21 mai 2010 07:21; Act: 21.05.2010 07:43 Print

Première cellule vivante avec un ADN de synthèse

La création de la première cellule vivante dotée d'un génome synthétique dévoilée jeudi représente une avancée dans la compréhension des mécanismes de la vie.

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La première cellule vivante avec un génome de synthèse ouvre de nouvelles voies de recherche. (Photo: Keystone)

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Cette recherche ouvre la voie à la fabrication d'organismes artificiels pouvant par exemple produire du carburant propre.

«Il s'agit de la création de la première cellule vivante synthétique, au sens où celle-ci est entièrement dérivée d'un chromosome synthétique», explique Craig Venter, créateur de l'Institut du même nom et coauteur du premier séquençage du génome humain rendu public en 2000.

«Ce chromosome - élément porteur de l'information génétique contenant un groupe de gènes de l'organisme, ndlr - a été produit à partir de quatre flacons de substances chimiques et d'un synthétiseur, et tout a commencé avec des informations dans un ordinateur», poursuit-il, qualifiant ce succès d'«étape importante scientifiquement et philosophiquement».

Cette percée «change ma vision de la définition de la vie et de son fonctionnement», ajoute ce chercheur, un des coauteurs de ces travaux parus dans la revue américaine Science datée du 21 mai.

«Cette approche est en effet un très puissant instrument pour tenter de concevoir ce que nous attendons de la biologie et nous pensons ainsi à une gamme étendue d'applications», précise-t-il.

Un génome de bactérie

Craig Venter avait annoncé en 2008 être parvenu avec son équipe à fabriquer un génome bactérien 100% synthétique en collant des séquences d'ADN synthétisées bout à bout, afin de reconstituer le génome complet de la bactérie Mycoplasmes genitalium. Ce génome avait ensuite été transplanté dans une autre bactérie, mais sans que celle-ci ne puisse fonctionner.

Pour créer une cellule contrôlée par un génome synthétique, les chercheurs ont repris ces deux techniques élaborées en 2008.

Le génome qu'ils ont fabriqué est la copie d'un génome existant, celui de la bactérie mycoplasme mycoïde, mais avec des séquences d'ADN supplémentaires pour l'en distinguer. Ils ont ensuite transplanté ce génome synthétique dans une autre bactérie, appelée microplasme capricolum, réussissant à «activer» les cellules de cette dernière.

Des algues dévoreuses de CO2

Malgré le fait que quatorze gènes aient été effacés dans la bactérie receveuse du génome synthétique, celle-ci ressemblait bien à une bactérie microplasme capricolum dont les gènes ne produisaient que ses protéines, précisent les auteurs de ces travaux.

«Si ces techniques peuvent être généralisées, la conception, la synthèse, l'assemblage et la transplantation de chromosomes synthétiques ne seront plus des obstacles aux progrès de la biologie synthétique», écrivent-ils dans un résumé de leur étude.

C'est ainsi que selon Craig Venter, ces chercheurs vont tenter de concevoir des algues capables de capturer le dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre, et de produire de nouveaux carburants propres.

Des travaux comme «boîte de Pandore»

Des recherches sont aussi en cours notamment pour accélérer la production de vaccins, fabriquer de nouvelles substances chimiques, des ingrédients alimentaires et des bactéries capables de purifier l'eau.

Qualifiant de «boîte de Pandore» ces travaux, Pat Mooney, directeur de l'ETC Group, organisme international privé de surveillance des technologies dont le siège est au Canada, estime que «la biologie synthétique est un champ d'activité à haut risque mal compris motivé par la quête du profit».

«Nous savons que les formes de vie créées en laboratoire peuvent devenir des armes biologiques et menacer aussi la biodiversité naturelle», ajoute-t-il dans un communiqué.

Le Craig Venter Institute a déposé des brevets recouvrant certaines des techniques décrites dans les travaux publiés jeudi.

(afp)