Lituanie

25 mai 2019 07:58; Act: 25.05.2019 08:03 Print

Présidentielle: une ex-ministre contre un novice

Au 2e tour dimanche s'affrontent une ex-ministre des Finances et un érudit novice en politique, à l'issue d'une campagne dominée par la question des inégalités en Lituanie.

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Ingrida Simonyte a remporté le premier tour de la présidentielle, le 12 mai. (Photo: AFP)

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Ingrida Simonyte, députée indépendante proche des conservateurs, a remporté le premier tour le 12 mai par une petite marge, avec 31,13% des voix, contre 30,95% à Gitanas Nauseda, candidat indépendant. Les analystes pensent que M. Nauseda devrait l'emporter à l'issue du deuxième tour qui se déroule en même temps que les élections pour le Parlement européen.

Les programmes des deux concurrents ne sont pas très différents. «Nauseda est mieux placé parce qu'il attire un électorat plus vaste à travers le spectre idéologique», pense Ramunas Vilpisauskas, directeur de l'Institut des relations internationales et des sciences politiques.

«La Lituanie a une forte tradition de présidents indépendants au-dessus des partis politiques et Nauseda y puise sa force», dit Linas Kojala, chef du Centre d'études est-européennes à Vilnius.

Contre les eurosceptiques

Avec des candidats pro-Europe de centre-droit, la Lituanie résiste au courant eurosceptique qui se fait jour en Europe, la plupart des électeurs étant convaincus que l'UE leur a apporté prospérité et sécurité.

Le vainqueur remplacera la populaire présidente actuelle Dalia Grybauskaite, qui termine son deuxième mandat consécutif, le dernier aux termes de la loi. La «Dame d'Acier», connue pour son langage de fermeté face à la Russie, est citée comme candidate à la présidence du Conseil européen.

Fracture entre riches et pauvres

Des questions de vie quotidienne ont dominé la campagne électorale. La Lituanie souffre d'une démographie déclinante à cause notamment de la migration vers l'ouest de l'Europe. Les deux candidats ont promis de réduire la fracture entre riches et pauvres dans ce pays de la zone euro de 2,8 millions d'habitants dont près de 30% risquent la pauvreté ou l'exclusion sociale, surtout à la campagne.

La croissance devrait atteindre 2,7% du PIB cette année, bien au-dessus de la moyenne de 1,1% dans les 19 pays de la zone euro. Les présidentiables, économistes solides, se sont engagés à distribuer ses fruits de manière plus équilibrée.

Vidéo virale

Conseiller dans une banque privée, âgé de 55 ans, Gitanas Nauseda s'est présenté comme un sans parti, «candidat national», au-dessus des querelles politiques et attaches régionales. Ses partisans, dont l'ancien président Valdas Adamkus, voient en lui un nouveau visage et un intellectuel pouvant apporter de l'harmonie dans la vie politique.

Ses critiques trouvent sa plateforme vague et relèvent son manque d'expérience politique.

Mme Simonyte, 44 ans, a promis de «résister au populisme» et insisté sur son expérience politique. En 2009, en tant que ministre des Finances, elle a piloté de dures mesures d'austérité pour faire face à la crise qui a vu l'économie se contracter de près de 15%. Libérale sur les enjeux sociétaux, elle soutient les partenariats entre personnes de même sexe, objet de divergences dans un pays à majorité catholique.

Une vidéo de la candidate dansant, après sa victoire au premier tour, sur l'air «Whiskey in the jar» de Metallica, est devenue virale, montrant sa popularité parmi les jeunes. Mais son rôle dans la politique d'austérité n'est pas oublié.

«Je suis contre Simonyte à cause des coupes dans les retraites pendant la crise», a dit une retraitée, Anele Lijuniene. Pour elle, M. Nauseda est «une personne honnête, élégante et un bon économiste».

Droit de veto

Le président lituanien dirige la diplomatie et la défense, il a le droit de veto, mais doit consulter le gouvernement ou le Premier ministre pour nommer les plus hauts responsables.

Tant Gitanas Nauseda qu'Ingrida Simonyte soutiennent fermement l'appartenance de la Lituanie à l'UE et à l'Otan, vues comme des bastions protecteurs face à la Russie, surtout depuis l'occupation de la Crimée en 2014.

Selon Linas Kojala, le nouveau président devra gérer des problèmes tels que la position du pays face aux tensions entre l'UE et les Etats-Unis, les questions de sécurité liés aux investissements chinois et les relations avec le Belarus voisin.

(nxp/ats)