Diplomatie

28 janvier 2020 04:50; Act: 28.01.2020 04:50 Print

Proche-Orient: Trump dévoile son plan de paix

Le plan pour le Proche-Orient concocté par Jared Kushner est d'ores et déjà salué par Israël mais rejeté par les Palestiniens.

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En 1897, le journaliste et écrivain Theodor Herzl réunit à Bâle qui aspire à créer, pour le peuple juif, un foyer en Palestine garanti par le droit public. Du côté arabe, après des protestations de notables de Jérusalem, les premières organisations politiques sont créées en 1911 à Haïfa et à Jaffa pour lutter contre le sionisme. Il y a 100 ans, la déclaration Balfour a ouvert la voie à la création de l'Etat d'Israël. Le 2 novembre 1917, ce texte signé par le chef de la diplomatie britannique Arthur Balfour affirme que En 1919, le premier congrès palestinien qui s'est tenu à Jérusalem Lors du 3e congrès qui a eu lieu à Haïfa (voir image), les délégués déclarent illégale administration britannique. En 1922 , , qui se heurte alors à une grande révolte arabe de 1936 à 1939. Ici, des Palestiniens manifestent contre l'augmentation de l'immigration des Juifs européens à Jérusalem. Le 29 novembre 1947, Jérusalem est placé sous contrôle international. Ce plan est accepté par les dirigeants sionistes mais rejeté par les leaders arabes et provoque une éruption de violences entre Arabes et juifs. Mai 1948, David Ben Gourion proclame la aussitôt après la fin du mandat britannique sur la Palestine. Le premier conflit israélo-arabe éclate le lendemain. Jusqu'au cessez-le-feu en janvier 1949, plus de 760'000 Palestiniens sont poussés à l'exode. Près de 400 villages sont rasés. La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, revient à la Jordanie et la bande de Gaza à l'Egypte. Juin 1967, contre l'Egypte, la Syrie et la Jordanie, s'emparant de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du plateau syrien du Golan et de la péninsule égyptienne du Sinaï. La colonisation commence peu après la guerre dans les territoires occupés. Le 6 octobre 1973, dans le Sinaï et sur le Golan, au cours de la Guerre du Kippour. Après une surprise initiale et de graves revers, l'armée israélienne reprend le dessus au prix de pertes sévères. Grâce à un traité de paix en 1979 avec Israël, l'Egypte récupérera la totalité du Sinaï. Juin 1982: le 6 juin 1982, L'Organisation de libération de la Palestine (OLP), créée en 1964, doit alors quitter le Liban. En septembre, des massacres sont perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth par des miliciens chrétiens libanais qui avaient été acheminées par l'armée israélienne. Le 13 septembre 1993: Yitzhak Rabin et Yasser Arafat signent, à Washington en présence de Bill Clinton, une «Déclaration de principes». Elle instaure un mode de négociations pour régler le problème et pose une base pour une autonomie palestinienne temporaire de 5 ans pour progresser vers la paix. En juillet 1994, le chef de l'OLP retourne dans les Territoires palestiniens, après 27 ans d'exil. Il y établit l'Autorité palestinienne. Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin est touché par deux balles tirées à bout portant par Yigal Amir, un étudiant israélien opposé aux accords d'Oslo. Le processus de paix israélo-palestinien a été grandement freiné après cet assassinat. Le 28 septembre 2000, une visite controversée du chef de la droite israélienne à Jérusalem-Est entraîne le début de la deuxième intifada, après celle qui avait embrasé les villes palestiniennes de 1987 à 1993. Après la seconde Intifada, l'armée israélienne réoccupe les principales villes autonomes de Cisjordanie, puis lance en mars 2002 sa plus vaste offensive depuis 1967. A l'été 2002, Israël construit la barrière de séparation en Cisjordanie pour La construction du mur, long de plus de 700 km, a été condamné par l'ONU et la Cour internationale de justice. 2005: après le décès de Yasser Arafat. En septembre de la même année, l'armée israélienne retire son dernier soldat de la bande de Gaza dans le cadre d'un plan de désengagement unilatéral. En juin 2007, le mouvement islamiste Hamas, vainqueur des élections palestiniennes en 2006, prend le à l'issue d'une lutte meurtrière avec le Fatah de Mahmoud Abbas. Celui-ci ne contrôle plus qu'une partie de la Cisjordanie. Le 8 juillet 2014, Israël lance une nouvelle opération contre Gaza pour faire cesser les tirs de roquette et détruire des tunnels creusés depuis l'enclave palestinienne. Le 1 novembre 2017, le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir depuis une décennie à Gaza, a cédé à l'Autorité palestinienne le contrôle des points de passage vers l'Egypte et Israël. Ce transfert est perçu comme un L'inquiétude grandit à l'échelle mondiale avant la déclaration de Donald Trump qui s'apprête à prendre une décision historique en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d'Israël. (6 décembre 2017) «Il est temps d'officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël», a -t-il lancé Donald Trump lors d'une brève allocution depuis la Maison Blanche au cours de laquelle il a insisté sur sa volonté de simplement reconnaître «une réalité». (Mercredi 6 décembre 2017) Donald Trump prolonge d'au moins six mois la présence de l'ambassade des États-Unis en Israël à Tel-Aviv en signant ce texte qui reconnaît officiellement Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreux. (Mercredi 6 décembre 2017) Pour le président palestinien Mahmoud Abbas, la décision de Donald Trump «ne change rien à la réalité de Jérusalem... ville palestinienne arabe chrétienne et musulmane». (Mercredi 6 décembre 2017)

Une faute?

Donald Trump dévoile mardi son plan de paix pour le Proche-Orient, salué comme «historique» par Israël mais qui n'a que peu de chances d'aboutir tant il est rejeté d'avance, avec force, par les Palestiniens.

Après plus de deux ans de travail discret et plusieurs reports, le président des États-Unis a donné rendez-vous à 12H00 (18H00 en Suisse) pour son «très grand plan». Il ne sera pas seul. Comme pour mieux souligner à quel point Washington s'est rapproché de l'État hébreu sous sa présidence, il sera flanqué, pour cette annonce solennelle depuis la Maison Blanche, du Premier ministre israélien, son «grand ami» Benjamin Netanyahu, reçu dès lundi dans le Bureau ovale.

L'objectif, l'ex-homme d'affaires new-yorkais qui se targue d'être un négociateur hors pair l'avait fixé en confiant à son gendre et conseiller Jared Kushner, au printemps 2017, l'épineuse tâche de concocter une proposition susceptible d'aboutir à «l'accord ultime» entre Israéliens et Palestiniens : réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

«Des décennies et des siècles»

«Cela fait de nombreuses, nombreuses, nombreuses années, des décennies et des siècles, que l'on recherche la paix au Proche-Orient. Et ça, c'est une opportunité d'y parvenir», a-t-il réaffirmé lundi avec Benjamin Netanyahu.

«Je pense qu'il a une chance» de favoriser la paix, a-t-il ajouté, affichant un optimisme à toute épreuve malgré le «non» catégorique de l'Autorité palestinienne qui juge que Washington n'a plus la crédibilité nécessaire pour agir en médiateur après une série de décisions favorables à Israël.

«Nous pensons qu'in fine, nous aurons le soutien des Palestiniens», s'est-il même risqué à prédire, misant sur l'appui, loin d'être acquis, des autres pays arabes.

«Déjà mort»

Selon de hauts responsables palestiniens, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a refusé au cours des derniers mois les offres de dialogue du président américain et juge son plan «déjà mort».

Et le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a appelé par avance la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international. «Ce n'est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient», a-t-il martelé, jugeant que l'initiative visait avant tout à protéger «Trump de la destitution» et «Netanyahu de la prison».

Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël où Benjamin Netanyahu est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz. Mais c'est avec «Bibi» qu'il a choisi d'apparaître devant les caméras. Et comme à chaque fois qu'il se trouve en présence de Donald Trump, le Premier ministre israélien n'a pas dissimulé son enthousiasme.

«Merci pour tout ce que vous avez fait pour Israël», a-t-il lancé, citant la ligne dure adoptée contre l'Iran, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'État hébreu ou encore la décision de ne plus considérer les colonies israéliennes en Cisjordanie comme «contraires au droit international» - autant de virages diplomatiques qui ont braqué les Palestiniens.

50 milliards

Dimanche, Saëb Erekat, secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), a indiqué à l'AFP qu'il se réservait le droit de se retirer des accords d'Oslo, qui encadrent leurs relations avec Israël.

Aux termes de l'accord intérimaire dit d'Oslo II de septembre 1995 entre l'OLP et Israël, la Cisjordanie avait été partagée en trois zones: A, sous contrôle civil et sécuritaire palestinien, B, sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien, et C, sous contrôle civil et sécuritaire israélien. Or le plan de Donald Trump «va transformer l'occupation temporaire en occupation permanente», a dénoncé Saëb Erekat.

Le projet américain a aussi été rejeté par le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d'habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, où se limite l'autorité de Mahmoud Abbas. Le chef du mouvement islamiste Ismaïl Haniyeh a mis en garde contre une «nouvelle phase» de la lutte palestinienne contre l'occupation israélienne.

Les États-Unis ont présenté en juin le volet économique de leur plan, qui prévoit environ 50 milliards de dollars d'investissements internationaux dans les Territoires palestiniens et les pays arabes voisins sur dix ans. Mais les détails concrets de ce projet restent l'objet de spéculations.

Selon les Palestiniens, le plan américain comprend l'annexion par Israël de la Vallée du Jourdain, vaste zone stratégique de la Cisjordanie, et des colonies en Territoires palestiniens, ainsi que la reconnaissance officielle de Jérusalem comme seule capitale d'Israël.

Y aura-t-il un État palestinien dans la proposition américaine? Le mystère demeure. Mais Donald Trump et Jared Kushner ont refusé jusqu'ici d'utiliser le terme, rompant avec la position traditionnelle de la communauté internationale en faveur d'une solution «à deux États».

(nxp/afp)