Crise

05 avril 2019 14:00; Act: 06.04.2019 01:23 Print

Qui est ce «sauveur» de la Libye?

Le maréchal libyen Khalifa Haftar, dont les forces sont engagées dans une offensive pour prendre Tripoli, est considéré comme un va-t-en-guerre.

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Khalifa Haftar a lancé son énième opération militaire, cette fois-ci pour la conquête de Tripoli. (Photo: AFP)

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Cheveux blancs contrastant avec ses sourcils noirs et sa fine moustache, Khalifa Haftar, 75 ans, se présente comme un «sauveur» de la Libye. Mais ses rivaux l'accusent de fomenter des coups d'État et de vouloir instaurer une nouvelle dictature militaire en Libye.

Homme fort de la Cyrénaïque (est) et acteur incontournable de la crise libyenne, il accuse tous ses opposants de «terroristes» ou «mercenaires».

Peu loquace, le maréchal à la politique controversée ne rate pas une occasion de faire parler de lui.

Jeudi, il lance son énième opération militaire, cette fois-ci pour la conquête de Tripoli, où siège le gouvernement d'union nationale (GNA) dirigé par son rival Fayez al-Sarraj et reconnu par la communauté internationale.

Bête noire des islamistes, il a réussi en 2017 à mettre la main sur la région orientale après une opération déclenchée en 2014 et baptisée «Dignité», contre les groupes djihadistes à Benghazi, la grande ville de l'est.

Homme fort

Plusieurs officiers de la région orientale rallient sa force paramilitaire, autoproclamée «Armée nationale libyenne» (ANL), qui réussit à prendre le contrôle de Benghazi.

Pour réaffirmer son statut d'homme fort, il annonce une offensive contre Derna, seule ville qui échappait à son contrôle en Cyrénaïque. À la fin de juin 2018, il annonce sa «libération» des groupes radicaux.

Et en janvier dernier, il lance une opération pour conquérir le sud désertique riche en pétrole et s'empare sans combats de Sebha, chef-lieu du Sud, et d'un important champ pétrolier.

Énigme

Après une hospitalisation de deux semaines à Paris, ayant nourri des spéculations sur son état de santé avec certains médias libyens annonçant même sa mort, le maréchal est accueilli en avril 2018 en grande pompe à Benghazi.

Originaire de Cyrénaïque, Khalifa Haftar est sorti de l'ombre au début de la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi, en 2011, à laquelle il a pris part.

Quatre décennies plus tôt, ce soldat formé dans l'ancienne Union soviétique avait adhéré au coup d'État militaire de 1969 qui avait renversé la monarchie des Senoussi et mené Kadhafi au pouvoir.

Il participe à la guerre tchado-libyenne (1978-1987) à la tête d'une unité mais est fait prisonnier à Ouadi Doum, sur la bande d'Aouzou, à la frontière du Tchad. Il est alors lâché par Kadhafi, qui affirme que le général ne fait pas partie de son armée.

Les Américains parviennent à le libérer de prison, lors d'une opération qui reste aujourd'hui encore une énigme, et lui accordent l'asile politique. Aux États-Unis, il rejoint le mouvement de l'opposition libyenne.

Ses rivaux à Tripoli ont tenu à lui rappeler cet épisode, en donnant le nom de «Ouadi Doum 2» à leur contre-offensive lancée pour tenter de stopper l'avancée des pro-Haftar en direction de la capitale.

Après plus de vingt ans d'exil, M. Haftar retourne en mars 2011 à Benghazi. Peu après la chute de Kadhafi, tué en octobre 2011, environ 150 officiers et sous-officiers le proclament chef d'état-major, une nomination jamais officialisée.

Soutiens

Selon ses détracteurs, M. Haftar doit ses succès militaires au soutien, non déclaré, de pays étrangers, comme les Émirats arabes unis, l'Égypte, ou encore la France et, plus récemment, l'Arabie saoudite.

La France avait dû annoncer la mort de trois de ses militaires dans un accident d'hélicoptère en Libye, où ils menaient une mission de renseignement auprès de forces de M. Haftar.

Cette présence a été jugée comme une «ingérence inacceptable» par M. Sarraj, dont le gouvernement s'est implanté à Tripoli en 2016 avec le soutien de l'ONU et des pays occidentaux, dont la France.

Mais le GNA, soutenu par des milices de l'ouest du pays, n'est pas reconnu par les autorités de l'Est, en particulier le parlement élu en 2014, qui a donné la légitimité à Khalifa Haftar et l'a promu maréchal.

(nxp/afp)