Faux scandale d'espionnage

29 mars 2011 07:25; Act: 29.03.2011 07:59 Print

Renault accablé par un enregistrement

Le constructeur français Renault était conscient de s'être trompé dans l'affaire d'espionnage qui a secoué le groupe, avant que le scandale n'éclate.

Sur ce sujet
Une faute?

Renault avait conscience dès février de s'être fourvoyé dans un faux scandale d'espionnage, selon un document révélé lundi par L'Express.fr et France 2, qui montre de façon accablante que le groupe avait choisi de licencier sans preuves les cadres mis en cause dans l'affaire.

Le constructeur automobile français avait aussi délibérément opté pour masquer cette absence de preuves aux enquêteurs de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), alors qu'il doutait déjà de la source présumée du responsable de sa sécurité à l'origine des accusations, selon ce document.

Aucune trace écrite

Lors d'une réunion le 14 février, ce responsable, Dominique Gevrey, mis en examen et incarcéré depuis, se retrouve pressé de fournir des preuves par le directeur juridique de Renault, Christian Husson, atteste un enregistrement diffusé sur la chaîne de télévision publique France 2.

«Donne-nous des pistes, aide-nous à trouver la solution!», lui déclare M. Husson, appuyé par l'avocat de Renault, Me Jean Reinhart, selon le verbatim de la réunion publié par le site internet de l'hebdomadaire L'Express, L'Express.fr.

Les deux hommes s'inquiètent de n'avoir aucune trace écrite prouvant l'existence des comptes bancaires supposés en Suisse et au Liechtenstein, sur lesquels les trois cadres licenciés en janvier sont accusés par la source de M. Gevrey d'avoir touché des pots-de-vin.

«Si on regarde avec un peu de recul le dossier, tout tient en une personne (...) Est-ce que cette personne nous a baladés? (...) Le scénario catastrophe peut exister», constate Me Reinhart, dans les échanges retranscrits sur L'Express.fr.

«Nous étions convaincus»

Dominique Gevrey défend farouchement son informateur supposé, mais refuse de livrer son nom et le rapport écrit dont il assure disposer.

A plusieurs reprises, selon L'Express.fr, il accuse Renault d'avoir «voulu aller trop vite», ce que rejette son directeur juridique, invoquant «le principe de précaution».

«Le plus important, c'est qu'on retombe sur nos pattes sur la matérialité de l'existence de ces comptes», martèle Christian Husson, dans les échanges retranscrits sur le site.

«Si jamais la DCRI apprenait avant nous qu'il n'y a pas la soudure (ndlr, la preuve matérielle), c'est la fin des haricots pour la boîte, pour (Carlos) Ghosn (le PDG), pour tout le monde», déclare-t-il. «C'est la bombe atomique».

«Nous étions convaincus qu'il n'y avait certainement pas de source parce que le discours un peu vaseux que nous servait M. Gevrey nous donnait la conviction (...) qu'il n'était même pas certain que cette source existait», a déclaré à France 2 Me Reinhart.

Mea culpa effectué

Le document révélé lundi est d'autant plus embarrassant que le 10 février, quatre jours avant cette réunion, M. Ghosn avait publiquement déclaré que les accusations du groupe se fondaient sur la conviction de «dizaines de personnes».

M. Ghosn et Renault ont fait leur mea culpa et innocenté le 14 mars les cadres licenciés à tort, en reconnaissant que l'affaire était probablement montée de toutes pièces. Mais l'Etat, premier actionnaire du groupe (15%), a laissé entendre que des dirigeants devront tomber.

Selon le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, l'affaire d'espionnage présumée relève d'une «possible escroquerie au renseignement».

Les enquêteurs de la DCRI sont convaincus que Dominique Gevrey n'a «pas de source, pas plus aujourd'hui qu'hier», a affirmé récemment à l'AFP un proche de l'enquête.

(afp)