Birmanie

09 juillet 2018 06:49; Act: 09.07.2018 07:22 Print

Reporters jugés pour avoir enquêté sur les Rohingyas

Deux journalistes birmans risquent 14 ans de prison. Ils vont être jugés pour «atteinte au secret d'Etat» pour avoir osé enquêter sur les Rohingyas.

storybild

Le journaliste Wa Lone affirme ne «rien avoir fait de mal». (Photo: AFP)

Sur ce sujet
Une faute?

Deux reporters birmans de l'agence de presse Reuters accusés d'«atteinte au secret d'Etat» pour avoir enquêté sur le drame des Rohingyas se sont vu refuser lundi un non-lieu par la justice birmane. Le juge birman en charge de leur affaire a annoncé lundi avoir décidé d'ouvrir leur procès, «en vertu de la loi sur le secret d'Etat», devant une salle d'audience bondée, de proches et de nombreux journalistes dont l'AFP.

Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, sont accusés par la police de détention de documents relatifs aux opérations des forces de sécurité dans l'ouest du pays, en Etat Rakhine, théâtre du drame rohingya, qui relève de «l'épuration ethnique» selon l'ONU. Mis en examen pour «atteinte au secret d'Etat», les deux reporters sont en détention préventive depuis décembre 2017, soit sept mois.

Ils risquent une peine de 14 ans, au terme du procès qui doit s'ouvrir le 16 juillet, dans ce pays où les militaires, au pouvoir pendant des décennies, continuent de tirer de nombreuses ficelles, malgré l'arrivée au pouvoir en 2016 du gouvernement civil de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. «Nous n'avons rien commis de mal», s'est indigné Wa Lone devant la presse, après l'énoncé de la décision du juge. «Le tribunal ne nous a pas jugés coupables. Nous avons le droit de nous défendre», a ajouté le jeune journaliste, combatif, assurant «ne pas abandonner», avant son retour à la prison. Semblant très affaibli, Kyaw Soe Oo, de son côté, n'a rien dit.

Soldats condamnés après leur enquête

Les deux reporters birmans enquêtaient sur un massacre dans le village de Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l'armée avait reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas le 2 septembre 2017. Sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre. «Nous avons révélé cette affaire en enquêtant dans le respect de l'éthique journalistique», s'est défendu Wa Lone lundi.

En dépit des pressions internationales, avec l'avocate Amal Clooney, épouse de l'acteur américain George Clooney, rejoignant la défense, sans se rendre en Birmanie, la justice a maintenu les poursuites.

L'armée et les milices bouddhistes sont accusées d'épuration ethnique des Rohingyas dans l'ouest de la Birmanie par les Nations unies, ce qui a poussé à l'exil au Bangladesh plus de 700' 000 membres de cette minorité.

Aveux d'un policier

Les nombreuses audiences préliminaires organisées ces deniers mois ont été marquées par le revirement d'un policier. Moe Yan Naing, qui était au départ un témoin à charge, avait en effet surpris le 20 avril en expliquant à l'audience le piège que la police avait tendu un piège aux reporters. Les avocats de la défense avait tout de suite salué son courage et les risques qu'il prenait à témoigner ainsi.

Il avait peu après été condamné à un an de prison, officiellement pour avoir donné des informations aux journalistes. La police avait nié tout lien entre les deux événements, affirmant que c'était une «coïncidence».

Quelques jours après l'arrestation des journalistes, l'armée a reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas le 2 septembre 2017 dans le village objet de l'enquête de Reuters. Depuis, sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre.

(nxp/afp)