Australie

23 novembre 2019 08:22; Act: 23.11.2019 08:33 Print

Révélations explosives d'un ex-espion chinois

L'homme a fourni au contre-espionnage australien des infos sur les méthodes d'infiltration et de manipulation de la Chine à Hong Kong, Taïwan ou en Australie.

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L'espion affirme avoir participé à des cyberattaques visant des dissidents, et recruté des étudiants de Chine continentale afin de noyauter les organisations étudiantes à Hong Kong. (Photo: AFP)

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Un espion chinois ayant fait défection a fait des révélations explosives à des responsables australiens sur certaines des méthodes d'infiltration et de manipulation de la Chine à Hong Kong, Taïwan ou en Australie, affirment samedi des médias australiens.

Selon le groupe de presse Nine, ce transfuge, identifié sous le nom de Wang Liqiang, a fourni au contre-espionnage australien l'identité d'officiers supérieurs du renseignement militaire chinois basés à Hong Kong, et des détails sur la façon dont ils opèrent.

Dans des entretiens avec plusieurs médias dont le quotidien «Sydney Morning Herald», le jeune homme affirme que Pékin contrôle secrètement des entreprises privées afin de financer de la collecte d'informations sur des dissidents ou encore l'infiltration de médias.

Asile politique demandé

L'ex-espion chinois est actuellement à Sydney avec sa femme et son enfant et a demandé l'asile politique à l'Australie, selon Nine. «Si je retourne (en Chine), je suis mort», affirme-t-il via un interprète dans un extrait de l'émission «60 Minutes», qui devrait être diffusée en intégralité dimanche.

A Taïwan, il dit être arrivé sous une fausse identité et avec un passeport sud-coréen falsifié. Son objectif: recruter des agents afin d'influencer les élections municipales de 2018 et la présidentielle de janvier prochain -- où la bête noire de Pékin, Tsai Ing-wen, brigue une réélection.

Il affirme également avoir sollicité de hauts responsables de médias locaux pour que leur couverture fasse perdre les candidats jugés hostiles à la Chine continentale. «Notre travail à Taïwan était le plus important de tous», déclare Wang Liqiang, qui dit avoir géré une équipe chargée d'influencer l'opinion publique sur les réseaux sociaux en vue des deux scrutins.

La Chine considère Taïwan comme une de ses provinces. L'île reste cependant dirigée par un gouvernement rival, après la prise du pouvoir des communistes sur le continent en 1949. Wang Liqiang justifie sa décision de faire défection par sa peur d'être découvert par les services de contrespionnage taïwanais.

A Hong Kong, il affirme avoir fait partie d'une opération secrète, dissimulée derrière les activités d'une entreprise privée chargée d'infiltrer des universités et des médias locaux, et dont l'objectif était de contrer le mouvement pro-démocratie qui secoue le territoire autonome depuis juin.

Dans l'ancienne colonie britannique rendue à la Chine en 1997, Wang Liqiang dit également avoir participé à des cyberattaques visant des dissidents, et recruté des étudiants de Chine continentale afin de noyauter les organisations étudiantes. «Ils ont trouvé des renseignements sur ces militants (...) et ont rendu publiques leurs informations personnelles», affirme l'ex-espion, précisant que le but était de les «terroriser».

Ingérence

Wang Liqiang dit également avoir aidé à l'enlèvement en 2015 d'un des cinq libraires hongkongais dissidents qui avaient mystérieusement disparu avant de réapparaître en détention en Chine continentale.

Parmi les puissants agents implantés à Hong Kong figurait un haut responsable d'une grande chaîne de télévision asiatique qui était en fait «un responsable militaire», affirme M. Wang. L'article ne s'étend pas sur les opérations d'espionnage qui auraient été menées sur le sol australien.

L'Australie s'efforce d'éviter les différends avec la Chine, son principal partenaire commercial. Mais les dirigeants australiens montent de plus en plus au créneau pour dénoncer l'influence chinoise supposée dans les affaires intérieures.

Dans un entretien publié vendredi, l'ex-chef du contrespionnage, Duncan Lewis, qui a démissionné en septembre, a accusé Pékin de vouloir «prendre le contrôle» des milieux politiques via «l'espionnage et l'ingérence».

(nxp/ats)