Etats-Unis

24 juillet 2019 10:03; Act: 24.07.2019 23:49 Print

Le procureur Mueller ne blanchit pas Trump

L'ex-procureur spécial était convoqué mercredi au Congrès américain pour une audition sur son rapport. Celui-ci n'exonère pas le président, affirme-t-il.

Robert Mueller était sur la sellette devant la Congrès ce mercredi.
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Interrogé par le congrès, l'ex-procureur en charge de l'enquête russe Robert Mueller a nié mercredi avoir blanchi le président américain Donald Trump des soupçons d'entrave à la justice, contrairement aux affirmations de ce dernier. L'audition a duré sept heures.

Juste avant ce témoignage très attendu, le président américain, impatient de se consacrer pleinement à sa campagne de réélection, avait encore assuré avoir été totalement exonéré par le rapport de cet ancien chef de la police fédérale (FBI).

«Pas de collusion, pas d'obstruction», avait-il tweeté en se présentant comme la victime de «la pire chasse aux sorcières de l'histoire des Etats-Unis». «Le président n'a pas été disculpé des actes qu'il était accusé d'avoir commis», a toutefois déclaré Robert Mueller, 74 ans, qui a été entendu par deux commissions de la chambre des représentants.

Quant à ses 22 mois d'enquête, ce n'était «pas une chasse aux sorcières», a-t-il ajouté. Insistant sur la «gravité» des ingérences russes dans la campagne présidentielle de 2016, il a martelé: «Ce n'était pas un canular», en référence à un autre terme longtemps répété par le président américain.

«Ils le font encore»

«Ils le font encore, alors que nous sommes assis ici», a-t-il encore mis en garde. Pour le reste, Robert Mueller, qui aurait voulu éviter ce témoignage, est resté très en retrait. D'une voix hésitante, faisant répéter des dizaines de questions, il a sans cesse renvoyé à son rapport d'enquête remis en mars.

Face à ce témoin effacé, les parlementaires démocrates et républicains ont déroulé tour à tour leurs argumentaires, livrant des lectures aux antipodes de ses conclusions. Dans ce ping pong verbal, le procureur a joué un rôle d'arbitre a minima, se contentant de valider ou d'invalider leurs déclarations par des «oui», «non», «correct» ou «je ne partage pas cette analyse».

Dans les quelque 450 pages de son rapport, le procureur spécial décrit les efforts russes pour aider Donald Trump en 2016, mais ajoute ne pas avoir rassemblé de preuves d'un complot entre Moscou et son équipe de campagne, malgré des contacts réguliers.

Possible inculpation

Il détaille par ailleurs une série de pressions troublantes exercées ensuite par le locataire de la Maison-Blanche sur son enquête. Il se dit, cette fois, incapable de le blanchir des soupçons d'entrave à la justice. Mais le prudent Robert Mueller ne se prononce pas sur les suites à donner sur ce point, se contentant de souligner qu'un président en exercice ne peut pas être inculpé pendant son mandat.

Mercredi, il a campé sur cette ligne: «Dans nos conclusions, nous avons décidé que nous ne nous dirions pas si le président avait commis un délit. C'était notre décision et cela le reste». Il a toutefois dit que, «oui», le président pourrait être inculpé une fois qu'il aurait quitté la Maison-Blanche. Le gouvernement de Donald Trump a, lui, estimé qu'il n'y avait pas matière à poursuivre.

«Catastrophe»

Les démocrates estiment que le rapport Mueller contient des faits accablants pour le président et qu'il pourrait appuyer l'ouverture d'une procédure de destitution au congrès. Ils se divisent toutefois sur l'opportunité politique de lancer cette procédure d'«impeachment» vouée à l'échec, compte tenu de la majorité républicaine au Sénat, et susceptible d'occulter les débats de fond de la campagne de 2020.

En attendant, les démocrates espéraient que le témoignage de Robert Mueller, retransmis en direct à la télévision, marque les esprits des électeurs. Ils ont donc consacré leur temps à résumer les éléments troublants du rapport, sans parvenir à arracher de nouveaux éléments à Robert Mueller.

Dans un tweet rempli d'ironie, Donald Trump les a remerciés d'avoir organisé cette audition, que la Maison-Blanche a qualifiée de «catastrophe pour les démocrates».

Les républicains ont eux essayé de décrédibiliser l'enquête. Ils ont notamment posé des questions sur l'équipe du procureur spécial et mis en doute certaines de ses décisions. Si Robert Mueller a globalement fait le gros dos, il a vivement défendu «les compétences» et «l'intégrité» de son équipe.

Selon un sondage de l'institut YouGov, 50% des Américains déclarent avoir consulté des pans du rapport Mueller, mais, preuve de son ambiguïté, ils en tirent des conclusions différentes selon leur affiliation politique.

(nxp/afp)