Législatives en Russie

05 décembre 2011 07:15; Act: 05.12.2011 18:11 Print

Russie Unie obtient la majorité absolue

Le parti de Poutine, en forte baisse malgré des fraudes en sa faveur, a tout de même réussi à décrocher la majorité absolue des sièges à la Douma, la chambre basse du Parlement.

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La majorité absolue à la Douma est de 226 députés sur 450. (Photo: Keystone)

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Le parti Russie unie de Vladimir Poutine obtient la majorité absolue à la chambre basse du Parlement (Douma) avec 238 députés sur 450, selon les chiffres «de la répartition préliminaires des mandats» annoncés lundi par la commission électorale.
Les observateurs de l'OSCE ont dénoncé des bourrages d'urnes. Washington, Paris et Berlin, eux, ont exprimé leur inquiétude et leurs doutes.

Le Parti communiste, deuxième des législatives de dimanche, aura 92 députés, le parti Russie juste (centre-gauche) 64 et le parti libéral-démocrate (nationaliste) 56, en vertu des règles de répartition des sièges de ce scrutin à la proportionnelle, a indiqué Vladimir Tchourov, le président de la commission électorale centrale.

La majorité absolue à la Douma est de 226 députés sur 450.

La répartition des mandats de députés a été calculée sur la base du dépouillement dans 96% des bureaux de vote. Russie unie recueille 49,54% des voix, un niveau toujours très élevé mais qui représente une baisse d'environ 15 point comparé au scrutin en 2007 (64,3%).

Le parti de Poutine avait obtenu 315 sièges à la Douma aux élections de 2007, et perd donc la majorité des deux tiers qui lui a permis de modifier la Constitution.


«Particularités de la loi électorale»

Surtout, «Russie unie perd la majorité constitutionnelle» des deux-tiers des sièges, écrit le quotidien «Kommersant», soulignant que le parti au pouvoir «va devoir chercher des partenaires» à la chambre basse du Parlement, la Douma.

Russie unie, «le parti de la minorité», renchérit le quotidien «Vedomosti» en Une, observant que si la formation de Vladimir Poutine obtient la majorité absolue à la Douma, ce sera «seulement grâce aux particularités de la loi électorale» sur la répartition des mandats de députés.

Et la presse souligne que ce résultat peu reluisant a été atteint en dépit d'une machine administrative au service du régime de M. Poutine, organisant des fraudes et des pressions contre les ONG et médias indépendants.

«Si la société avait besoin d'une confirmation que les élections sont bricolées, la confirmation est là: la nervosité et la réaction hystérique des autorités face aux tentatives légales et pacifiques de contrôler le déroulement du scrutin», note «Vedomosti».


Critiques

Le chef de l'Etat a également jugé que le scrutin avait été «équitable, honnête et démocratique». Un avis que ne partagent pas les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et les Occidentaux.

«Le vote était bien organisé mais la qualité du processus s'est considérablement détériorée durant le décompte des voix, qui a été caractérisé par des violations fréquentes de la procédure, notamment avec de sérieuses indications de bourrage des urnes», a relevé la mission d'observation de l'OSCE.

Comme en 2007, elle a aussi constaté que «la concurrence politique (avait été) limitée et pas équitable» durant la campagne et a souligné «le manque d'indépendance» des autorités électorales, des médias et la trop grande proximité de l'Etat et de Russie Unie.

La France a demandé que «toute la lumière soit faite» sur ces violations et l'Allemagne s'est dite «très inquiète». La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a pour sa part dit nourrir de «sérieuses inquiétudes» quant à la régularité des élections.


Plaintes du PC


Le Parti communiste a indiqué préparer «une plainte à la Cour suprême de Russie» et plusieurs autres auprès de tribunaux régionaux après avoir constaté des infractions dans 1600 bureaux de vote. Selon son chef Guennadi Ziouganov, le pays n'a «jamais connu une élection aussi sale».

Plus d'un millier de personnes ont d'ailleurs manifesté dans le centre de Moscou, à l'appel du PC. Un autre rassemblement a réuni 3000 personnes, pour la plupart des jeunes, dans la capitale. A Saint-Pétersbourg, plus de 200 personnes se sont retrouvées pour une manifestation non-autorisée. Une centaine d'entre elles ont été interpellées, selon la police.


Cyber-attaques

La presse russe notait lundi que le résultat du scrutin est peu reluisant pour Russie Unie, estimant que l'appareil administratif avait été mis au service du régime, avait organisé des fraudes en sa faveur et était à l'origine de pressions contre des ONG et médias indépendants.

«Si la société avait besoin d'une confirmation que les élections sont 'bricolées', la confirmation est là: la nervosité et la réaction hystérique des autorités face aux tentatives légales et pacifiques de contrôler le déroulement du scrutin», notait lundi le journal «Vedomosti».

Le quotidien relève en particulier les cyber-attaques qui ont paralysé les sites de l'ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des scrutins, et de médias indépendants comme le journal «Kommersant» ou la radio «Echo de Moscou». Plusieurs d'entre eux (kommersant.ru, golos.ru et slon.ru notamment) ne fonctionnaient toujours pas lundi.

«Nombreux sont ceux qui refuseront de reconnaître les résultats de telles élections », observe enfin «Vedomosti».

(afp)