Affaire Khashoggi

25 juin 2019 11:42; Act: 26.06.2019 16:28 Print

La fiancée de Khashoggi veut que Berne sanctionne Riyad

La compagne du journaliste assassiné en octobre 2018, a appelé mercredi la Suisse à prendre des sanctions contre l'Arabie saoudite.

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La fiancée du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi appelle la Suisse à prendre des «sanctions» contre Ryad. Après cette demande mercredi à Genève, Berne a exhorté l'Arabie saoudite à garantir des procès équitables aux suspects poursuivis pour ce meurtre.

«La Suisse pourrait jouer un rôle en exerçant des sanctions contre l'Arabie saoudite» pour atteindre des «résultats» dans les appels à Ryad à rendre des comptes, a estimé la fiancée de M. Khashoggi, une Turque trentenaire, devant les correspondants accrédités à l'ONU à Genève. Une demande qu'elle a ensuite élargie à tous les Etats, comme l'a recommandé la rapporteuse spéciale de l'ONU contre les exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard.

La Suisse pourrait aussi oeuvrer avec l'ONU pour accentuer les efforts même si elle «n'a aucun lien» avec cette affaire, ajoute la fiancée du journaliste assassiné en octobre dernier au consulat saoudien d'Istanbul. La jeune Turque n'a rencontré aucun représentant des autorités suisses.

Difficile pour la Suisse

Berne «est dans une position particulière sur ce dossier, en raison du mandat de puissance protectrice qu'elle assure pour l'Arabie saoudite et l'Iran», avait expliqué il y a quelques jours à Keystone-ATS l'ambassadeur suisse auprès de l'ONU à Genève Valentin Zellweger. Devant le Conseil des droits de l'homme, il a toutefois appelé mercredi l'Arabie saoudite à honorer «les garanties de procès équitables» à l'égard de la dizaine de suspects jugés actuellement.

Avant cette discussion mercredi, quarante ONG avaient dévoilé dans la matinée une lettre au conseiller fédéral Ignazio Cassis et 47 autres chefs de la diplomatie pour demander un mécanisme de suivi des droits de l'homme en Arabie saoudite. Dans ce courrier daté du 4 juin, les ONG, dont l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) établie à Genève, ciblaient des violations des standards internationaux dans ces procès contre les suspects de l'affaire Khashoggi.

L'UE a un rôle à apporter

Ces derniers mois, Mme Callamard et la Haute commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet avait appelé Ryad à suspendre ces audiences. Dans son rapport, la première, qui explique que le meurtre était «prémédité» par Ryad et met en cause le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane («MBS») et un de ses conseillers, demande au secrétaire général de l'ONU de lancer des investigations internationales.

Mais Antonio Guterres estime ne pas avoir l'autorité pour le faire sans l'intervention d'un Etat. Selon la fiancée turque, les Etats-Unis, où habitait Jamal Khashoggi, devraient oeuvrer pour satisfaire cette demande. L'UE a également un rôle à apporter, dit-elle. «Le moment de l'action est venu», a affirmé de son côté mercredi Mme Callamard au Conseil en présentant son rapport aux Etats.

L'Arabie saoudite lui a reproché de ne pas avoir honoré son mandat «en toute intégrité». Rejetant à nouveau un rapport établi selon elle sur des données «pas crédibles», elle a dénoncé une «position partiale» et annoncé qu'elle s'opposerait à toute tentative de contourner la justice saoudienne.

Pas de menaces lancées par Ryad

Très émue, la fiancée de M. Khashoggi a de son côté expliqué qu'elle n'avait pas cherché à accéder aux extraits sonores ou vidéos remises à Mme Callamard. Et elle n'a pas été contactée par Ryad qui n'a lancé contre elle ni menaces ni offre de compensation.

Outre l'affaire Khashoggi, M. Zellweger a demandé mercredi à l'Arabie saoudite de relâcher tous les détenus arrêtés pour avoir exercé leurs libertés fondamentales. En mars, la Suisse ne s'était pas associée à la déclaration conjointe de plus de 35 Etats qui demandaient au Conseil des droits de l'homme la relaxe de défenseuses des droits de l'homme et la collaboration saoudienne aux investigations de Mme Callamard.

La situation de ces femmes est aussi mentionnée par les ONG qui ont contacté M. Cassis. Outre une résolution du Conseil pour un mécanisme de surveillance, elles appellent à la libération de ces personnes. La Suisse ne pourrait voter une éventuelle action de l'instance onusienne étant donné qu'elle n'en est plus membre.

(nxp/ats)