Présidentielle de 2012

28 février 2011 19:49; Act: 28.02.2011 19:53 Print

Sarkozy grille une de ses dernières cartes

Nicolas Sarkozy a grillé une de ses dernières cartouches dans sa tentative de reconquête de l'opinion en remaniant son gouvernement pour la deuxième fois en trois mois.

Une faute?

Le chef de l'Etat se devait de réagir rapidement après des sondages montrant une érosion du noyau dur de son électorat du fait de sa gestion de la crise tunisienne et de la poussée de la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen.

A l'heure où il affûte ses armes pour 2012, il peut espérer que la maison sera bien tenue avec Alain Juppé aux Affaires étrangères et Claude Guéant à l'Intérieur, après les faux pas de leurs prédécesseurs, Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux.

La première a payé ses vacances et ses amitiés tunisiennes et la réaction tardive de la diplomatie française sur la crise qui a emporté le régime de Zine El Abidine Ben Ali. L'autre, sous le coup d'un procès en appel pour propos jugés racistes, s'est illustré par sa gestion jugée désinvolte lors des tempêtes de neige du début de l'hiver et ses résultats en termes de lutte contre la délinquance sont mitigés.


Leviers minces

Rien ne dit cependant que M. Sarkozy en a fini avec les révélations ou les polémiques embarrassantes. Après avoir refermé la page de l'ouverture à gauche, renoncé à changer de premier ministre et ouvert les portes du gouvernement aux fidèles de Jacques Chirac, il ne lui reste guère de recours pour incarner un nouveau souffle.

«Les leviers de Sarkozy sont minces», souligne Gaël Sliman, dirigeant de l'institut BVA. «Les portes possibles se referment les unes après les autres.»

Ce remaniement dans l'urgence est d'abord un aveu d'échec de la séquence ouverte le 14 novembre avec la reconduction de François Fillon à Matignon. «L'événement refondateur qu'était sensé être ce remaniement a échoué. L'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy le 10 février n'a rien permis d'améliorer non plus», estime le président de l'institut Viavoice, François Miquet-Marty.


«Eteindre les incendies»

Pour Gaël Sliman, la raison fondamentale des derniers changements «n'est pas de créer un choc dans l'opinion mais d'éteindre des incendies», dont une grogne croissante des diplomates, après la fronde des magistrats contre l'Elysée. «Claude Guéant est un illustre inconnu dans l'opinion et Alain Juppé reste extrêmement impopulaire. Mais il est en revanche jugé très compétent», dit-il.

Selon lui, si les grands événements internationaux ont souvent favorisé la popularité de l'exécutif, celle de M. Sarkozy, déjà au plus bas, a souffert de la gestion de la crise tunisienne. «Il perd encore du terrain alors qu'il comptait sur la politique extérieure et (la présidence française) du G20 pour redorer son blason», dit Gaël Sliman.

La cote de Nicolas Sarkozy est tombée à un niveau «dangereux» en termes d'intentions de vote au premier tour de la présidentielle (22% dans la dernière enquête BVA), estime-t-il. «Pour la première fois, son socle dur électoral a été entamé», explique-t-il.


Juppé, l'homme fort ?

Dans le même temps, ni le remaniement de novembre, ni le débat proposé par l'UMP avec son aval sur la place de l'islam n'ont enrayé la montée de Marine Le Pen.

Dans son intervention de dimanche, M. Sarkozy a évoqué la menace de «flux migratoires incontrôlables» et du terrorisme si les événements du monde arabe tournaient mal - thèmes porteurs dans l'électorat de droite - tout en accussant implicitement le FN de jouer sur les peurs des Français.

La promotion contrainte d'Alain Juppé, qui apparaît aujourd'hui comme l'homme fort du gouvernement, pourrait cependant changer la donne dans ses tentatives de séduction de l'électorat du Front national. Le nouveau ministre des Affaires étrangères a ainsi insisté pour que le débat sur la place de l'islam en France soit «maîtrisé et encadré», afin d'éviter les dérapages.

(ats)